La Flandre risque de très mal digérer un Brexit "dur"

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Le discours mardi de la Première ministre britannique a affiché la couleur: Londres se dirige vers un Brexit "dur", avec une sortie du marché unique européen et de l’union douanière. Pour les entreprises belges, c’est une mauvaise nouvelle, sachant que le Royaume-Uni est le quatrième partenaire commercial de la Belgique. C’est surtout en Flandre que l’on est en droit d’être inquiet, plus particulièrement dans la province de Flandre-Occidentale, qui héberge le port de Zeebruges et un important cluster textile.

L’annonce par la Première ministre Theresa May d’un Brexit "dur" a fait l’effet d’une douche froide auprès de nos entreprises exportatrices, surtout au nord du pays. Le Royaume-Uni est le quatrième partenaire commercial de la Belgique. En 2015, la Belgique a exporté pour 18,3 milliards d’euros Outre-Manche, dont 15,2 milliards rien que pour la Flandre. Quelque 60.000 emplois belges sont directement concernés par ce flux commercial.

• Retrouvez les points essentiels du discours de Theresa May ici

Au total, la Belgique serait davantage touchée que la plupart des autres pays européens. Seuls les Pays-Bas, l’Irlande et Malte ont encore davantage de soucis à se faire. En juillet dernier, ING avait estimé la perte de croissance consécutive au Brexit à 0,5% du PIB ou 2,1 milliards d’euros sur la période 2016-2017.

Tapis et fauteuils

Si la Flandre risque davantage que la Wallonie de faire les frais du Brexit, ce n’est pas seulement parce qu’elle exporte beaucoup. C’est aussi en raison de sa spécialisation dans certains secteurs. "Le constat vaut en particulier pour la Flandre-Occidentale qui risque de subir une très grosse saignée", prévient Hans Maertens, administrateur délégué du Voka, le patronat flamand. D’une part, il y a le port de Zeebruges dont 30% de l’activité est de l’import/export vers la Grande-Bretagne. D’autre part, le sud de la Flandre-Occidentale (l’axe Courtrai-Waregem) héberge une myriade de PME actives dans le textile et dont 30% de la production traverse le "Channel". Il s’agit surtout de textile d’intérieur (tapis, rideaux, revêtement de fauteuils, etc.).

Le secteur alimentaire est également fort exposé, en particulier les aliments congelés, dont certaines entreprises flamandes se sont fait une spécialité. Enfin, il y a toujours la chimie et l’automobile, qui sont des poids lourds de l’économie flamande et qui dès lors subiront immanquablement un gros impact.

En décembre dernier, le gouvernement flamand a évalué à 2,6% la perte de PIB pour la Flandre d’ici 2030 en cas de divorce sans traité commercial. Dans un tel scénario en effet, le Royaume-Uni appliquerait les tarifs douaniers habituels de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui reviendrait à imposer 1,6 milliard d’euros par an de droits de douane aux entreprises belges. Les entreprises britanniques devraient également s’acquitter de droits de douane, mais beaucoup moins puisque la balance commerciale est favorable à la Belgique.

La livre faible

En attendant, les entreprises britanniques peuvent compter depuis juin dernier sur la faiblesse de la livre sterling pour soutenir leurs exportations vers la zone euro. "Et je ne vois pas la livre remonter de sitôt, car ce sera la seule façon pour Londres de se positionner efficacement dans une négociation commerciale avec les Européens", prévient Bernard Keppenne, chef économiste chez CBC Banque.

Enfin, la place belge a peu de chances de profiter des délocalisations de sièges de grands groupes de Londres vers le continent. "Il faut être réaliste: Bruxelles ne peut offrir la structure suffisante par rapport à Paris ou Francfort", observe Bernard Keppenne.

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