analyse

La fusée à trois étages de Boris Johnson sur le pas de tir

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La stratégie du Premier ministre d'ici au 31 octobre ne lui permettra sans doute pas d’accomplir le Brexit à cette échéance. Mais devrait le placer en position de force pour les élections…

Il y a deux semaines, les retrouvailles de Boris Johnson avec les députés de l’opposition, après la réouverture du Parlement ordonnée par la Cour suprême, avaient donné lieu à des joutes verbales d’une violence inouïe et inédite depuis plusieurs décennies.

À neuf jours du sommet européen, des tensions similaires sont maintenant prévisibles entre le Premier ministre britannique et les principaux leaders européens.

Chaque partie de cette "fusée" est vouée à être appuyée puis abandonnée au fil de l’ascension.

Afin de se mettre en position de force pour les prochaines élections générales, Boris Johnson a imaginé une stratégie en forme de fusée à trois étages, où chaque partie est vouée à être appuyée puis abandonnée au fil de l’ascension. En l’occurrence, Johnson va d’abord renoncer à sa proposition pour l’Irlande du Nord, puis au Brexit sans accord, puis, potentiellement, à sa fonction à Downing Street. Pour mieux revenir, nettement renforcé, quelques semaines plus tard.

→ Cette semaine: poursuite des négociations sur une Irlande du Nord "à deux frontières"

Sans surprise, l’"offre finale" transmise la semaine dernière par Downing Street à l’Union européenne ne fera pas bouger les lignes. Certaines conditions, comme l’approbation du parlement fantôme nord-irlandais, sont si farfelues qu’il est quasiment acquis qu’aucun accord ne sera trouvé avant la deadline fixée à vendredi par l’Union européenne.

→ La semaine prochaine: forcing pour obtenir le no deal 

Les deux parties se diront prêtes au no deal… sans avoir les moyens de le déclencher. Boris Johnson est légalement tenu d’envoyer une lettre de demande de report le 19 octobre si aucun accord n’est trouvé, alors que l’Union européenne mettrait en danger l’un de ses membres historiques, la République d’Irlande, si elle accepte le no deal.

88
%
Le gouvernement britannique a révisé le régime provisoire de droits de douane qui entrerait en vigueur si le Royaume-Uni quittait l'Union européenne sans accord, exemptant de taxes 88% du total des importations en valeur. De quoi éviter une flambée des prix tout en préservant les intérêts des entreprises outre-Manche.

De fortes tensions sont à prévoir lors du sommet européen des 17 et 18 octobre. Face à l’agressivité surjouée de BoJo, qui fera tout pour obtenir le no deal, l’UE devrait faire preuve de maîtrise, refuser de faire le moindre geste (ni accord, ni non-accord) et fermer progressivement la porte à toute discussion. Il est tout à fait possible que les deux parties se séparent sans avoir trouvé de solution sur le Brexit le 18 octobre au soir. Johnson aura alors atteint son objectif, qui est moins d’accomplir le Brexit sans accord que de prouver aux Brexiters durs qu’il est aussi combatif que Nigel Farage.

→ À partir du 19: lancement théâtral de la campagne électorale 

Après avoir combattu jusqu’au bout contre l’Union européenne pour obtenir un deal, puis un no deal, Johnson devrait accepter de "tomber avec les honneurs" et envoyer, contraint et forcé par le Benn Act, la lettre de demande d’extension juste avant la deadline. Il choisira alors de démissionner, à moins que le Parlement vote très rapidement sur des élections générales, voire organise un vote de défiance. Dans tous les cas, Boris Johnson sera bien en position de force pour les prochaines élections puisque les sondages lui sont déjà très favorables.

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Boris Johnson a de grandes chances de mener au succès cette stratégie qui repose sur un froid réalisme. À ce jour, le pouvoir du Parlement britannique et de l’Union européenne sur le processus du Brexit est donc très relatif, et il le sera jusqu’aux élections. 

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