La logistique et le transport pourraient profiter du Brexit

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Pour les entreprises, le Brexit n’est pas porteur de création de valeur. Mais certaines niches d’activité - transport, logistique, services douaniers - pourraient en tirer quelque bénéfice.

Les entreprises européennes, pour qui le Royaume-Uni reste un marché très attractif, se seraient volontiers passées du Brexit et des incertitudes qu’il entraîne. Le pronostic global oscille entre une stabilité des flux commerciaux, mâtinée de tracasseries administratives, et une baisse des exportations.

"Le commerce entre l’Union européenne et le Royaume-Uni sera immanquablement plus compliqué. Globalement, ce n’est pas le Brexit qui va créer de la valeur", estime Jean-Christophe Dehalu, économiste à l’Union wallonne des entreprises (UWE).

Les relations commerciales belgo-britanniques concernent surtout l’agroalimentaire, la chimie-pharma et le textile, essentiellement présent en Flandre. Pour la Wallonie, le Royaume-Uni représente près d’un milliard d’euros de recettes.

L’agroalimentaire est un gros exportateur. La Grande-Bretagne rapporte aux entreprises du secteur des aliments et boissons 2,2 milliards d’euros de recettes d’exportations, soit 8,3% du total des exportations belges. Pour elles, l’enjeu, c’est d’éviter au maximum les incertitudes liées notamment aux formalités douanières, qui seront nettement plus lourdes.

"Certaines entreprises, notamment celles qui exportent en abondance des légumes et pommes de terre surgelés vers le Royaume Uni, sont déjà bien préparées, y compris pour les formalités douanières. On note aussi un surcroît de stockages de marchandises", indique Nicholas Courant, porte-parole de la Fevia.

Ceux qui sont bien préparés auront un avantage, même s’ils ne sont pas les moins chers.
Daan De Vlieger
Expert chez Deloitte

Food n’Joy, une PME familiale basée à Dottignies qui produit des fonds de tartelettes et des verrines d’apéritif, se sent prête à gérer le Brexit. "Nous exportons déjà vers l’Amérique du Nord, le Japon et le Moyen- Orient. Nous connaissons donc déjà très bien la gestion administrative du commerce avec les pays tiers", souligne son CEO, Arnaud Bonnel. Pas négligeable quand on sait que le Royaume-Uni, son troisième marché, lui rapporte 15% de ses revenus.

Le monde pharmaceutique se cantonne lui aussi dans une prudente expectative. Tout juste un expert du secteur décèle-t-il de petites opportunités liées notamment à la délocalisation de l’Agence européenne du médicament de Londres à Amsterdam. "L’Agence européenne n’ayant pas toutes les compétences nécessaires en interne, elle se tourne régulièrement vers les autorités nationales. Auparavant, c’était presque systématiquement l’agence britannique, considérée comme la plus expérimentée. Ce ne sera plus le cas dans le futur. La Belgique a donc tenté de se profiler en faisant valoir ses compétences dans le domaine", précise-t-il.

La force du secteur logistique

La sortie d’Albion de l’Union européenne pourrait toutefois apporter quelques menus avantages à certains créneaux d’activité bien spécifiques. Les experts interrogés évoquent notamment la logistique, le transport, les services douaniers, voire les services financiers. Mais là, tout dépendra de ce qui arrivera à Londres, une des places fortes financières européennes.

Vu sous l’angle belge, la force du secteur logistique pourrait lui permettre de tirer quelques marrons du feu. "Le secteur logistique pourrait tirer quelque bénéfice du Brexit dans la mesure où la demande de services est appelée à augmenter de la part des entreprises qui devront séparer leurs stocks entre le Royaume-Uni et le continent", explique Daan De Vlieger, expert en commerce international chez le consultant Deloitte.

L’enjeu, selon lui, c’est la rapidité de fourniture. Qui sera tributaire d’une offre de services douaniers efficaces. "Les formalités douanières vont fortement augmenter, ce qui devrait profiter aux entreprises spécialisées qui remplissent toutes les formalités pour d’autres, qui assurent le transport et collectent toutes les données nécessaires", précise Daan De Vlieger.

Du côté de la FEB, on relativise. "Aucun secteur ne nous a parlé d’opportunité engendrée par le Brexit. Le stockage pourrait en bénéficier dans un premier temps, mais ce ne sera qu’un effet d’aubaine marginal", soutient Olivier Joris, directeur exécutif de la FEB en charge de l’Europe et de l’International.

Activité connexe à la logistique, le transport pourrait lui aussi trouver un avantage au divorce euro-britannique. Vendredi, le trafic des camions s’est fortement densifié aux alentours du port de Zeebrugge. Mais on parlera plutôt d’un vent de panique, les chauffeurs préférant embarquer à la veille du Brexit plutôt qu’à la date fatidique.

Il n’empêche: depuis quelques mois, les flux transportés entre le Royaume-Uni et le continent sont en augmentation. Mais tout le monde n’en profitera pas. "Ceux qui sont bien préparés auront un avantage, même s’ils ne sont pas les moins chers, parce que d’autres ne seront pas en mesure d’assurer le service pour l’accès au marché intérieur britannique", estime Daan De Vlieger.

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