La phase finale des négociations post-Brexit tourne au vinaigre

Les doutes sur l'intention de Londres de respecter l'accord de retrait jettent un froid sur la huitième session de négociation. ©AFP

Boris Johnson fixe le 15 octobre comme date butoir aux négociations, mais des révélations de la presse jettent le doute sur son intention de respecter le traité de divorce.

L’ambiance est délétère pour dire le moins à l’aube de la huitième session de négociation entre les équipes européenne et britannique qui s’ouvre ce mardi. Après les déclarations matamoresques du négociateur britannique David Frost, selon lesquelles le Royaume-Uni ne deviendra pas un "État vassal de l’UE", le Financial Times a jeté un pavé dans la mare en révélant le contenu de l’"Internal Market Bill", la loi sur le marché intérieur britannique qui doit être publiée mercredi.

Selon le quotidien d’affaires, qui cite plusieurs témoignages anonymes corroborés par l'agence Bloomberg, le texte tordrait certains aspects du traité de divorce passé entre Londres et l’Union européenne - ce fameux accord de retrait du 17 octobre 2019, qui devait être le socle d’une relation nouvelle, d’une confiance retrouvée entre Londres et ses voisins de l'Union.

Edito | Brovid

À Londres, le cabinet de Boris Johnson a indiqué prendre «des mesures limitées et raisonnables afin de clarifier des points spécifiques» pour «lever toute ambiguïté». Mais la loi en question, qui vise à assurer un commerce sans entrave entre les quatre nations britanniques après le 31 décembre 2020, contournerait entre autres certains éléments du protocole sur l’Irlande du Nord, qui vise à éviter l’instauration d’une frontière physique à travers l'île sur laquelle risqueraient de prospérer les vieux sectarismes.

"Si nous ne pouvons pas nous entendre d'ici là, je ne crois pas qu'il y aura un accord de libre-échange entre nous, et nous devons à la fois l'accepter et passer à autre chose."
Boris Johnson
Premier ministre britannique

"La crainte que le Royaume-Uni ne mette pas en œuvre loyalement l'accord de retrait, nous l'avons depuis le premier jour", observe une source européenne, tandis que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, indiquait faire confiance au gouvernement britannique pour mettre en œuvre l’accord, «une obligation en vertu du droit international».

Le gardien de foot

Parallèlement, Boris Johnson a répété lundi l’air bien connu du "no deal is better than bad deal", fixant le 15 octobre comme date butoir pour trouver un accord: "Si nous ne pouvons pas nous entendre d'ici là, je ne crois pas qu'il y aura un accord de libre-échange entre nous, et nous devons à la fois l'accepter et passer à autre chose."

C'est la date choisie par le Conseil européen qui pourrait sceller l'accord final. Les responsables de l'UE avaient déjà souligné qu'un accord en octobre était nécessaire pour permettre une entrée en vigueur au 1er janvier 2021.

"En juin, on a eu l'impression que Boris Johnson n'était pas vraiment impliqué. C'était peut-être une stratégie."
Source européenne

Une fois n'est pas coutume, Boris Johnson a pris la posture de celui qui ne cillera pas des yeux le premier face au péril du "no deal": "Je veux être absolument clair sur le fait que, comme nous l'avons dit depuis le début, ce serait une bonne issue pour le Royaume-Uni." Le discours n'est pas nouveau, mais cette fois, le Premier ministre le tient à un (bon) mois de l’échéance et sans la moindre sortie de secours en vue.

"En juin, on a eu l'impression que Boris Johnson n'était pas vraiment impliqué. C'était peut-être une stratégie. On pensait avoir plus de clarté fin août sur la direction dans laquelle on pourrait atterrir, mais ça ne s'est pas passé", observe une source européenne. Ne rien concéder au message souverainiste ou accepter des concessions inévitables pour accéder au marché européen, "c'est un peu comme un gardien de but qui hésite à partir à gauche ou à droite", observe-t-elle encore.

Alors que les équipes de David Frost et de son homologue Michel Barnier reprennent leurs négociations, les sherpas des chefs d’État et de gouvernement européens se sont lancés dans un état des lieux détaillé de la négociation. Une phase d’implication des dirigeants de l’Union en vue de leur sommet des 15 et 16 octobre, dans l'espoir d'un ultime sursaut.

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