La stratégie électorale de Boris Johnson fonctionne

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Le Premier ministre britannique a récupéré les électeurs qui avaient brièvement rejoint le Parti du Brexit, et a vu l’opposition se diviser entre centristes et socialistes.

Les sondages sur les intentions de vote envoient un message limpide: dès son accession à Downing Street, Boris Johnson a boosté la confiance des électeurs dans le parti conservateur, au détriment du parti du Brexit. Cette confiance est même revenue dès le tout début de la campagne pour le leadership du parti tory, dominée de la tête et (surtout) des épaules par l’ancien maire de Londres. Il lui avait suffi de faire acte de présence lors des débats.

Le vrai objectif de Johnson: être en position de force pour les prochaines élections générales.

À l’annonce de la démission de Theresa May, début juin, le parti du Brexit arrivait en tête des intentions de vote, avec 26%, devant le parti tory, le Labour et le LibDem, tous trois autour de 20%. Si les élections générales avaient lieu aujourd’hui, le parti conservateur obtiendrait entre 32% et 38% des voix, alors que le parti du Brexit se situerait autour de 10-14%. Dans le dernier sondage YouGov pour le Times, le Labour (21%) vient d’être dépassé par le Libdem (23%), qui a récupéré quelques tories et travaillistes rebelles.

Tout indique que Boris Johnson va perdre son pari sur le Brexit et que le Royaume-Uni sera toujours membre de l’Union européenne le 1er novembre. Mais depuis le départ, son vrai objectif se situe ailleurs: être en position de force pour les prochaines élections générales, qui auront lieu cet hiver, et qui lui permettront, peut-être, de retrouver une majorité robuste pour réussir un "meilleur Brexit", plus tard.

Limites démocratiques

En suspendant le Parlement pour cinq semaines et en conflictualisant les relations avec l’UE (menace d’un no deal si le backstop n’est pas levé), Boris Johnson a certainement atteint les limites démocratiques de sa stratégie et ne devrait pas aller au-delà.

Son positionnement sur une sortie britannique de l’UE sans accord évolue très doucement: il s’agit toujours de montrer aux Vingt-Sept que le Royaume-Uni est prêt à en assumer les conséquences, tout en introduisant subrepticement l’idée qu’un délai ne sera pas de refus.

Le secrétaire d’Etat au Brexit, Stephen Barclay, a profité d’un discours à Madrid, jeudi matin, pour glisser une petite réflexion lourde de sens: "L’alternative au backstop n’est pas nécessaire d’ici la fin de la période de transition, en décembre 2020 (…). Pourquoi prendre le risque de cristalliser un résultat indésirable dès ce mois de novembre, sachant que les deux parties peuvent travailler ensemble jusqu’en décembre 2020 (…). Nous risquons de tomber dans le piège d’un jeu à somme nulle."

Obtenir le report du Brexit sans s’abaisser à le demander, tel est l’objectif de Downing Street pour les six semaines à venir. Pas sûr que les 27 soient vraiment à l’aise dans une telle inversion des rôles, où ils devraient assumer de précipiter leur pays membre, l’Irlande, dans la fournaise du no deal.

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