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La vie dissolue de Boris Johnson insinue le doute chez les Tories

©REUTERS

La seconde phase de l'élection du leader tory et futur Premier ministre (22 juillet) a déjà pris un mauvais pli, avec une focalisation générale sur la personnalité et la vie désordonnée de Boris Johnson. Celles-ci ne sont pas condamnables en soi, mais interrogent sur sa capacité à assumer le premier rôle politique du pays.

Johnson luttait déjà pour entrer dans la campagne, en refusant par exemple de participer au tout premier débat avec les autres candidats et en étant très approximatif dans le second. Les récentes révélations sur sa vie privée, après une dispute dans la nuit de jeudi à vendredi avec son actuelle compagne, pourraient l’orienter vers une pente glissante.

Surtout au sein d’un parti qui a souvent voté pour le candidat que personne n’attendait – Thatcher en 1975, Major en 1990, Cameron en 2005. Jusqu’à présent, l’impétuosité de l’ancien maire de Londres (2008-2016) participait de son charisme. A l’approche du number 10, où il devra résoudre le blocage politique le plus important depuis plusieurs décennies, elle pourrait devenir un peu trop voyante. 

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L’importance de ces révélations est toutefois très relative. Il ne s’agit, d’après les témoignages de voisins inquiets, que d’une violente querelle conjugale. Aucune plainte n’a été déposée et la police a indiqué avoir parlé à tous les occupants de l’adresse, "qui se portaient tous bien", n’avoir constaté "aucune infraction ni source d'inquiétude". Pour elle, "il n'y avait aucune raison [d’agir]."

Malaise

Ce scandale intervient toutefois après une série de faits malaisants, comme une photo de l’intérieur de la voiture de l’ancien ministre des Affaires étrangères, incroyablement sale et désordonnée, et, il y a un peu plus longtemps, son refus de reconnaître un enfant né dans une relation extra-maritale avant que la justice ne donne raison à la mère.

Plus généralement, cela fait déjà plusieurs années, dans les couloirs de la Greater London Authority, du Parlement ou de Downing Street, que l’évocation du nom de Boris Johnson est accompagnée d’une moue gênée de celles et ceux qui ont travaillé à ses côtés, voire de reproches sur l’image superficielle et sympathique que les médias ont trop longtemps complaisamment diffusée.

Les membres chargés de la communication de Johnson se sont déjà chargés de nettoyer les entrailles du net des déclarations que celui-ci pouvait faire jusqu’à ce qu’il devienne ministre des Affaires étrangères (2016-2018).

Plus c’est gros, plus ça passe 

Sur le mariage gay: "Si le mariage gay était validé, je ne verrais plus aucun obstacle à la possibilité d’une telle union entre trois hommes, autant que deux, ou encore entre trois hommes et un chien". Sur la présentatrice de télévision Catrina Skepper, à l’époque mariée et mère de trois enfants: "Sa petite jupe argentée est tellement courte qu’il serait vraiment impoli de ne pas vouloir aller y jeter un œil."

Celui qui se dit aujourd’hui "féministe" et qui affirme trouver le mouvement #MeToo "extraordinaire et nécessaire", a également affirmé que les femmes allaient à l’université avant tout "pour trouver un mari". Il s’est également décrit, sur le ton de l’humour (?), comme un "pervers polymorphe".

Perte de crédit

Johnson compte toujours une certaine avance sur Jeremy Hunt dans les sondages auprès des sympathisants tory, mais son crédit a fondu depuis le scandale médiatique de la semaine dernière. Il reste toutefois favori en raison de la composition du corps électoral relativement limité (160.000 membres du parti conservateur) appelé à prendre part au vote, et qui, d'un point de vue sociologique, présente beaucoup de points communs avec l'électorat de Donald Trump aux Etats-Unis. 

Jeremy Hunt joue la transparence absolue et pousse son adversaire à accepter un débat dès cette semaine pour mettre en évidence sa plus grande aisance sur les dossiers techniques. Mais la précision n’est peut-être plus le principal atout dans la société politico-médiatico-réseautique moderne.

 

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