La voie est libre pour que Boris Johnson finalise le Brexit

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La victoire écrasante du parti tory garantit la validation de l’accord sur la sortie britannique de l’Union européenne d’ici le 31 janvier, et permet à Boris Johnson de faire le vide autour de lui pour plusieurs années.

Depuis des semaines, il ne faisait guère de doute que Boris Johnson serait toujours le Premier ministre en ce 13 décembre 2019. Mais l’ampleur de la victoire – 364 sièges contre 203 pour le Labour, soit une majorité de 76 sièges – n’était pas envisagée dans les scénarios les plus optimistes.

Sa victoire est, de fait, la plus spectaculaire depuis les heures de gloire du thatchérisme, en 1987. Le pourcentage de votes pour le parti tory, établi à 44%, est le plus élevé depuis 1979 et l'arrivée au pouvoir de la Dame de Fer.

La participation (67,1%) est moins élevée que dans les années 70-80. Mais elle se maintien par rapport aux deux précédents scrutins, et est même supérieure à ceux de 2001, 2005 et 2010. Ceci représente un autre succès réel pour Johnson, surtout en plein milieu du mois de décembre, dans une journée froide et pluvieuse.

 Au-delà de son caractère massif, c’est bien sa capacité à avoir affirmé haut et fort qu’il accomplirait le Brexit, et à y être parvenu, qui signe son entrée dans l’histoire.

La validation de l'accord du Brexit

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En plus de ce chèque en blanc pour les cinq prochaines années, Boris Johnson va pouvoir accomplir d’ici six semaines l’acte britannique le plus important depuis plusieurs décennies: la validation de l’accord du Brexit. Peut-être est-ce avant tout pour cette raison qu’il a remporté cette élection: le risque de persistance du blocage du processus parlementaire et du Brexit était réel, et il est désormais clair que le peuple britannique était éreinté par cette aventure initiée il y a trois ans et demi.

A quelques minutes du résultat du sondage à la sortie des bureaux de vote, hier soir, les observateurs étaient convaincus qu’aucune conclusion ne devrait être tirée des premières estimations. “Les conservateurs doivent avoir une avance de 5 ou 6 points sur le Labour pour être sûr d’avoir une majorité effective", estimait Patrick Dunleavey, professeur de sciences politiques à la London School of Economics.

Le résultat le plus probable, établi à partir des résultats des sondages de la semaine écoulée, était de 340 sièges pour le parti conservateur contre 230 pour le parti travailliste. Une victoire du parti tory avec 320 sièges, contre 245 pour le Labour, allait aboutir à un hung parliament, et à des difficultés potentielles pour valider le Brexit. Les 368 sièges annoncés sur le coup de 22h ont été le fin mot de l’histoire, même si une correction à 364 sièges a été faite.

Risque existentiel pour le Labour

L’objectif de cette élection générale anticipée était de renforcer la majorité pour finaliser le Brexit, resté bloqué en seconde lecture au Parlement. Le résultat spectaculaire de ce cinquième scrutin majeur en moins de cinq ans peut être interprété au-delà de ce feu vert: il s’agissait bien d’un second référendum qui ne disait pas son nom. Et le doute, né le 24 juin 2016, suite à une campagne toxique où les mensonges avaient fortement influencé les électeurs, n’est plus permis: après quasiment un demi-siècle d’appartenance à l’Union européenne, les Britanniques ne veulent décidément plus en faire partie.

L’histoire retiendra que le pays est sorti beaucoup plus prospère, ouvert sur le monde qu’il ne l’était avant l’adhésion. Mais qu’il n’a, finalement, jamais voulu vraiment jouer le jeu, que ce soit celui de la monnaie unique, de Schengen ou du budget européen. Difficile de ne pas faire le lien, au moins symbolique, entre la robustesse commune des majorités conservatrices de 1987 et de 2019, obtenues par celle qui a demandé le rabais britannique sur le budget, et celui qui a réussi à convaincre tant de Britanniques que le système de santé national (NHS) bénéficierait des économies faites sur le budget européen. Le triomphe de Boris Johnson, aujourd'hui, a été construit sur un mensonge éhonté, tout comme son charisme d'homme d'Etat est né de sa capacité à assumer les énormités.

Plus que la quatrième défaite de suite du parti travailliste à une élection générale, cette déroute signe la fin de l’ère Corbyn, marquée par un retour à des recettes éculées du socialisme que Tony Blair avait su moderniser, une absence de courage politique, une opacité stratégique et des dérives antisémites chroniques.

La plaie est béante. Le fameux "mur rouge", constitué de ces bastions historiquement acquis au Labour, a volé en éclats. Blyth Valley était détenue par le Labour depuis 1950. Sedgefield depuis plus longtemps encore: 1935. Elle n’est autre que la circonscription dans laquelle s’imposait jadis Tony Blair, bien avant qu’il devienne Premier ministre.

Le malaise est profond

Une électrice tory m'a dit qu'elle ne faisait pas confiance à Johnson, mais qu’elle aimait l’homme. Je pense que cette réponse permet de comprendre une partie de la vérité de ce scrutin
Tony Travers
doyen associé de la London School of Economics

Cette défaite sèche dépasse le cadre d’une élection générale. Jamais le parti travailliste n’a subi une telle déroute depuis la Seconde Guerre mondiale… Pour beaucoup d’électeurs traditionnels de gauche, l’avenir du Labour compte désormais moins que la sortie britannique de l’Union européenne. Cela signifie aussi que l’avenir du Labour compte désormais moins que beaucoup d’autres priorités. L’appartenance à l’UE était un problème. Mais le malaise est évidemment beaucoup plus profond.

Un destin comparable au Parti socialiste français semble être cousu de fil blanc, à moins d’une révolution idéologique que personne, au sein de l’appareil corbyniste, ne semble pour l’instant en mesure d’incarner. Jeremy Corbyn a confirmé dès le milieu de la nuit qu’il ne mènerait plus le parti travailliste à un autre scrutin, sans donner plus de précision sur son calendrier de sortie.

Quel que soit son successeur, récupérer les circonscriptions perdues lors de la prochaine élection dans cinq ans, ne sera pas évident. Certains imaginent que Boris Johnson est parti pour rester au pouvoir pendant dix ans. Au-delà d’une victoire des idées, ce succès est la victoire d’une personnalité. Tony Travers, doyen associé de la London School of Economics, faisait cette analyse hier soir dans la foulée du résultat : "Je demandais il y a quelque temps à une électrice tory si elle faisait confiance à Boris Johnson. Elle m’a répondu que non, elle ne le lui faisait pas confiance, mais qu’elle aimait l’homme. Je pense que cette réponse permet de comprendre une partie de la vérité de ce scrutin."

Les prochaines étapes du Brexit

Voici les dates clés des étapes à venir dans le long et tortueux processus de Brexit.

  • 13 décembre: un nouveau gouvernement. Boris Johnson se rendra à Buckingham Palace pour être renommé Premier ministre par la reine Elizabeth II.
  • 17 décembre: nouvelle session au Parlement. Les députés nouvellement élus à la Chambre des communes choisiront leur "speaker" (président). Les 650 députés prêteront serment.
  • 19 décembre: discours de la reine. Elle devrait dévoiler le calendrier législatif de Boris Johnson. 
  • 31 janvier: Brexit. Boris Johnson va chercher d'ici là à faire adopter par le Parlement l'accord de divorce qu'il a négocié avec l'UE.
  • 1er juillet: date butoir pour prolonger la période de transition. Après le départ de l'UE, le pays entrera dans une phase de transition dans laquelle ses relations resteront inchangées avec les 27 jusqu'au 31 décembre 2020. Ce délai doit permettre aux deux parties de nouer une nouvelle relation en termes de commerce et de sécurité. Le Royaume-Uni peut aussi vouloir prolonger cette période pour un ou deux ans, mais doit informer l'UE de sa demande avant le 1er juillet. 
  • 31 décembre 2020: fin de la période de transition. C'est en l'état la fin des liens entre l'Union européenne et le Royaume-Uni tels qu'ils auront existé pendant 47 ans. Sans nouvel accord ou extension de la période de transition, commerce et transports, entre autres, risquent des perturbations majeures. 

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