Le Brexit ne fait pas peur aux entreprises wallonnes

Pascale Delcomminette, administratrice générale de l'Awex. ©Laurie Dieffembacq

Les exportateurs wallons s’attendent généralement à ce que leur chiffre d’affaires avec le Royaume-Uni augmente ou stagne dans les années qui viennent, selon une enquête de l'Awex.

Les entreprises wallonnes qui commercent avec le Royaume-Uni ne sont en général pas impressionnées par l’imminence du Brexit. Alors que les Britanniques quittent l’Union dans à peine plus d’un an, la plupart des entreprises du sud du pays s’attendent à ce que leur chiffre d’affaires avec ce pays stagne ou augmente dans les prochaines années. Conséquence logique: une écrasante majorité d’entre elles n’élabore pas de stratégie pour compenser d’éventuelles pertes.

41%
Croissance en vue
41% des entreprises sondées considèrent que leur chiffre d’affaires avec le Royaume-Uni va augmenter dans les prochaines années.

Sur 181 entreprises qui ont répondu au questionnaire de L’Agence wallonne des exportations et des investissements étrangers (Awex), 71,5% sont des exportateurs directs vers l’outre-Manche. Sur cet échantillon représentatif, 41% des entreprises considèrent que leur chiffre d’affaires avec le Royaume-Uni va augmenter dans les prochaines années, et 39% tablent sur un statu quo. Moins d’une entreprise intéressée sur cinq craint donc de voir ses échanges avec les îles britanniques se tarir.

Ce sang-froid s’explique: "La petite taille des entreprises wallonnes est parfois une faiblesse, mais ici on voit que ce peut être une force: nous avons des entreprises souples. On réussit à produire des produits de niche qui répondent précisément aux besoins de leurs clients", observe l’Administratrice générale de l’Awex, Pascale Delcomminette. Une observation renforcée par le fait que les entreprises wallonnes, comme le montre l’enquête, craignent plus l’arrivée de formalités liées à des réglementations parallèles que la perte de compétitivité de leur produit ou la concurrence locale ou extra-européenne.

"Effet bénéfique"

Les répondants sont pour la plupart des PME de moins de 50 personnes, dont la majorité réalise moins de 5% de son chiffre d’affaires avec le Royaume-Uni. "Comme elles ne sont pas inquiètes, les entreprises ne se préparent pas activement. Par contre, elles envisagent de se tourner vers d’autres marchés", inique Pascale Delcomminette: 82,9% déclarent qu’elles n’ont pas encore pensé à une stratégie pour compenser des pertes éventuelles liées au Brexit.

"C’est une préparation utile pour tout pays d’exportation hors Union: ça pourrait aider les entreprises à professionnaliser leur commerce extérieur."
Pascale Delcomminette
Administratrice générale de l’Awex

Même si le Brexit est un jeu "perdant perdant", il pourrait avoir au moins cet effet positif, poursuit l’administratrice générale: les entreprises vont devoir se former aux règles du commerce hors Union (douanes, homologations, etc.) – "C’est bénéfique, puisque c’est une préparation utile pour tout pays d’exportation hors Union: ça pourrait aider les entreprises à professionnaliser leur commerce extérieur". Et cette plongée dans le grand bain, l’Awex est là pour l’accompagner.

En attendant d’être fixées sur l’après-Brexit les entreprises wallonnes ont donc opté pour un certain optimisme. Reste à voir à quoi ressemblera la future relation commerciale entre l’Union et le Royaume. Pour le négociateur en chef de l’Union, Michel Barnier, elle devrait ressembler furieusement à l’accord avec le Canada, le Ceta – ce qui ne serait évidemment pas sans frictions.

L’Awex a calculé que s’il fallait appliquer les règles du commerce mondial (OMC) à la future relation entre l’Union et son ancien membre, cela coûterait en droits d’imports/exports quelque 120 millions d’euros aux Wallons. Dans le scénario théorique extrême d’un arrêt des ventes et en ne tenant compte que des exportations de biens, 20.000 emplois seraient en jeu, dont 5.000 indirectement – dans les secteurs 'matériel de navigation spatiale et aéronautique', 'agroalimentaire', 'instruments d'optique et de précision'. Un millier de sociétés wallonnes environ échangent directement avec le Royaume-Uni, 5e partenaire de la Wallonie.

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