Le Brexit sera un désastre économique dans tous les cas

©REUTERS

Le Brexit aura un coût pour l’économie britannique, quel que soit le scénario de sortie de l’Union européenne, a averti ce mercredi le gouvernement britannique dans un rapport qui met en avant que l’accord négocié par Theresa May limitera, lui, les dégâts.

Une contraction du PIB de 3,9% en 15 ans en cas de Brexit avec accord, et un effondrement de 9,3% en cas de rejet définitif de l’accord. Quelle que soit l’issue du vote parlementaire du 11 décembre prochain sur l’accord signé entre le gouvernement britannique et l’Union européenne, le pays peut se préparer à vivre des années difficiles, selon les prévisions du Treasury, détaillées dans un document de 83 pages.

3,9%
Une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne selon les termes de l’accord négocié par Theresa May avec les 27 amputerait le produit intérieur brut britannique de 3,9% en 15 ans.

De telles contractions sur une durée aussi longue seraient inédites en temps de paix dans l’histoire contemporaine de l’économie britannique. Même la crise financière de 2008, qui a sévèrement touché les classes les plus pauvres, n’a pas fondamentalement fissuré les structures économiques, puisque le PIB de 2018 est supérieur à celui de 2007 et que le pays est quasiment au plein-emploi. Ces estimations du Treasury sont en ligne avec d’autres estimations de la Banque d’Angleterre, également publiées ce mercredi, selon lesquelles le PIB se contractera de 8% dès 2019 en cas de Brexit sans accord.

Le scénario le plus optimiste d’un Brexit avec accord coûterait quelque 100 milliards de livres par an. Theresa May s’est immédiatement empressée de rejeter ce chiffre lors des Questions au Premier ministre, aux Communes, avant de poursuivre sa grande tournée de promotion de "son" accord, en Écosse, où l’accueil de la cheffe du gouvernement Nicola Sturgeon a été glacial. "Cette analyse ne montre pas que nous serons plus pauvres à l’avenir", a déclaré Mme May.

En parallèle au débat en cours sur le vote parlementaire, tous les partis préparent "le jour d’après". Et c’est bien le référendum qui est au cœur des réflexions, plus exactement le moyen le plus sûr de le déclencher. Le shadow chancellor du Labour, John McDonnell, ne semble pas douter de cette issue, comme il l’a montré dans une interview à la BBC: "Le mieux serait des élections générales, mais c’est très compliqué… Si ce n’est pas possible, nous demanderons au gouvernement de nous donner satisfaction avec un vote public. Je pense que cette séquence sera inévitable."

Brexit dur?

L’élément déterminant sera, une nouvelle fois, la capacité de Theresa May à résister aux appels à la démission en cas de rejet de son accord et d’une nouvelle vague de départs dans son gouvernement. L’accession d’un eurosceptique dur à Downing Street, inévitable en cas de départ de May, éloignerait en effet la perspective d’un référendum ou d’élections générales, au profit d’une opposition frontale avec l’UE, avec ou sans réouverture des négociations.

Mais cette éventualité ne fait clairement plus recette chez les Brexiters tories les plus convaincus, comme l’a démontré l’échec piteux de la motion de défiance contre May. Son initiateur, Jacob Rees-Mogg, est même devenu persona non grata dans certains rassemblements du parti conservateur.

Le nouvel élément de langage de Theresa May, qui a introduit l’hypothèse du "no brexit at all" ("pas du tout de Brexit") dans sa rhétorique, en parallèle aux deux autres hypothèses d’un Brexit avec accord et d’un Brexit sans accord, n’en finit plus d’alimenter les spéculations sur ses arrière-pensées et sur la façon dont elle entend gérer le chaos probable du 11 décembre.

Lire également

Publicité
Publicité