Le Brexit serait une procédure longue et "désastreuse"

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Des analystes expliquent les risques qui pèsent sur l'Europe sur la scène internationale si le Royaume-Uni déclarait le divorce d'avec l'Union. Donald Tusk a d'ailleurs ajouté, ce dimanche, que la procédure prendrait environ sept ans, sans garantie de succès.

Un départ du Royaume-Uni de l'UE serait "désastreux" pour le rayonnement de l'UE sur la scène internationale, affaiblissant encore une Union déjà secouée par des crises en cascade, selon des analystes interrogés par l'AFP.

Le divorce avec cette puissance nucléaire, seul pays européen ayant un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU avec la France, "pourrait avoir un effet désastreux sur la politique étrangère et de sécurité de l'UE", estime Rosa Balfour, analyste du German Marshall Fund.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a chiffré dimanche à environ sept années le temps nécessaire pour concrètement mettre en oeuvre une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne si les Britanniques votaient en faveur du Brexit.

La dissolution seule des différents contrats liant le Royaume-Uni à l'Europe serait "triste, mais simple en comparaison", a-t-il expliqué, dans un entretien au journal populaire Bild. Cela prendrait tout de même deux ans, selon son estimation.

Mais ensuite "chacun des 27 Etats membres restants ainsi que le Parlement européen devront approuver le résultat final (des nouvelles relations entre le Royaume-Uni et l'UE). Cela prendra au moins cinq ans et je le crains, sans garantie de succès à chaque fois", a compté Donald Tusk.

Les habitants du Royaume-Uni sont appelés lors d'un référendum le 23 juin à se prononcer sur son maintien ou non dans l'Union européenne.

D'autant plus qu'il ponctuerait une période agitée. Le continent a été frappé par le terrorisme à Paris, Copenhague et Bruxelles, depuis début 2015, il affronte dans le désordre un afflux migratoire sans précédent depuis 1945, doit gérer le refroidissement de ses relations avec Moscou et a failli voir la Grèce sortir de la zone euro à l'été 2015.

Dans ce contexte, le Brexit apparaîtrait comme un nouveau coup dur. Car même si "aucun changement abrupt" n'est attendu en matière de politique étrangère européenne après le référendum britannique du 23 juin, la "perte en termes d'image" serait bien réelle, note Janis Emmanouilidis, directeur du European Policy Center (EPC) à Bruxelles.

Nombril

Ce départ montrerait que "les Européens sont absorbés par leurs nombreux problèmes comme la crise migratoire ou financière, qu'ils se regardent le nombril. Cela ne donne pas une image de force, mais de faiblesse" qui pourrait être exploitée par la Russie de Vladimir Poutine ou les dirigeants chinois, avides d'étendre leur influence, affirme M. Emmanouilidis.

"Cela dégraderait encore son image si l'Union rétrécit pour la première fois dans son histoire", poursuit-il, alors qu'elle n'est dotée d'un service diplomatique que depuis 2010.

Des acquis sur le fil

Ses dirigeants, dont l'actuelle Haute représentante Federica Mogherini, ont chapeauté les négociations ayant mené à un accord historique avec l'Iran sur son programme nucléaire, se sont imposés comme médiateur entre la Serbie et le Kosovo et font partie du Quartet pour le Proche-Orient.

L'Union a aussi développé au fil des ans ses missions militaires et civiles à l'étranger, contre le piratage au large de la Somalie, en République centrafricaine et, plus récemment, l'opération navale Sophia contre les passeurs de migrants au large de la Libye.

"Ils ne comprendraient pas. Ils ne comprennent déjà pas qu'il puisse y avoir un débat sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE"
Vivien Pertusot
Correspondant à Bruxelles de l'Ifri

"De grandes puissances comme les Etats-Unis, la Chine, l'Inde... verraient l'UE affaiblie politiquement et géopolitiquement s'il y a un Brexit. Ils ne comprendraient pas. Ils ne comprennent déjà pas qu'il puisse y avoir un débat sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE", observe Vivien Pertusot, correspondant à Bruxelles de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

David Cameron, lors d'un débat, le 10 juin. ©AFP

Le départ du Royaume-Uni risquerait aussi de provoquer un recentrage stratégique vers les pays de son voisinage immédiat, au sud et à l'est, au détriment notamment de l'Asie et à contrecourant des Etats-Unis, relève-t-il.

Car en affaires étrangères, les décisions sont prises par les pays membres, et en l'absence de Londres, seul Paris a aujourd'hui un "regard stratégique global" parmi les 28.

Selon le chercheur, le couple franco-allemand ne pourrait compenser à lui seul cet affaiblissement, en raison des "divergences fondamentales" entre Paris et Berlin sur la question de l'engagement militaire.

Sanctions

Dans ce domaine, Londres s'est toujours opposé à l'essor d'une politique commune en matière de défense, et s'est montré très sélectif quand il s'agissait de fournir des troupes ou équipements pour des missions européennes.

Mais son départ ne permettra pas pour autant d'avancer dans ce domaine car d'autres capitales tiennent à jalousement conserver leur souveraineté, rejetant tout ce qui, de près ou de loin, pourrait ressembler à une "armée européenne", souligne Mme Balfour.

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A leurs yeux, l'Otan, qui compte 22 membres faisant partie de l'UE, reste l'instance privilégiée de coopération en la matière.

En revanche, en ce qui concerne les sanctions internationales, véritable bras armé de la diplomatie européenne, la Grande-Bretagne a souvent été un facteur d'unité, voire un moteur, relève Stefani Weiss, de la fondation Bertelsmann.

Londres s'est notamment rangé avec force derrière les lourdes sanctions économiques décrétées en 2014 contre la Russie pour son rôle dans le conflit ukrainien, alors que d'autres capitales comme Rome, Budapest ou Athènes ne cachaient pas leur manque d'entrain.

"Le risque existe que ceux qui ne soutiennent pas les sanctions avec autant d'enthousiasme se renforceront sans le Royaume-Uni", prédit-elle.

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