analyse

Le Brexit tourne au cauchemar pour les exportateurs belges

Le port de Douvres est au ralenti en ce mois de janvier. En cause? La pandémie de coronavirus, mais aussi les nouvelles règles post-Brexit. ©AFP

Les nouvelles règles de TVA et les formalités administratives aux douanes ralentissent considérablement les flux entre la Belgique et le Royaume-Uni, qui sont déjà sévèrement impactés par la crise sanitaire.

Le premier mois de l’ère post-Brexit, commencée le 1er janvier, a déjà livré ses vérités concrètes sur l’impact véritable du divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE). Depuis le début de l’année, des dizaines de milliers de consommateurs européens et britanniques ont été pris de court par les nouvelles règles liées à la TVA, qui les obligent à payer quelques dizaines d’euros supplémentaires, lorsqu'ils reçoivent un produit commandé en ligne de l'autre côté de la Manche, et non pas au moment où ils effectuent l'achat en ligne.

"Il y a plein de petits problèmes. Même les autorités britanniques n’ont pas toujours les réponses."
Michel Vanhoonacker
Président de la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise de Grande-Bretagne

La sortie britannique de l’UE rend automatique le paiement de la TVA à la livraison pour les produits d’une valeur de plus de 150 euros. Pour les produits d’une valeur inférieure, l’acheteur paie cette TVA dès la transaction... si le marchand s’est bien immatriculé auprès des autorités du pays de l’acheteur. Mais beaucoup de marchands en ligne n’ont pas fait cette démarche, notamment ceux qui craignent de perdre outre-Manche la franchise dont ils bénéficient dans leur pays d’origine, et qui seraient ainsi obligés de verser au fisc britannique les sommes perçues.

"Il y a plein de petits problèmes", affirme Michel Vanhoonacker, président de la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise de Grande-Bretagne. "Même les autorités britanniques n’ont pas toujours les réponses. Il faut partir du principe que les Britanniques ne veulent pas que les sociétés étrangères puissent avoir des avantages compétitifs.”

Le cas Beer on Web

Des entreprises européennes ont décidé de mettre fin à la vente de produits vers les consommateurs britanniques, c'est le cas, par exemple, de l'entreprise belge Beer on Web, basée à Zedelgem. Fondée en 2018, cette vitrine web internationale de Drankencentrale Rotsaert (1934), a suspendu les ventes vers le Royaume-Uni. Cette information a été reprise dans beaucoup de grands médias britanniques, et a été perçue comme l’un des premiers effets tangibles de la brutale réalité du Brexit.

Des marchands britanniques, eux aussi contrariés par le refus des clients à la réception, ont préféré brûler les produits restés bloqués dans des entrepôts belges, allemands, hollandais ou français.

"Les consommateurs anglais doivent maintenant payer 20% de TVA sur les commandes de moins de 135 livres", explique le PDG Filip Rotsaert à L’Echo. "Ce problème n’existait pas avant. Nous avons suspendu depuis le 23 décembre les livraisons vers le Royaume-Uni, où nous comptons environ un millier de clients. Nous travaillons avec nos fournisseurs et les autorités britanniques pour trouver une solution."

Brûler plutôt que réimporter

Acheter un produit en ligne entre le Royaume-Uni et l'Union européenne peut désormais coûter aussi cher en taxes payables à la livraison que pour les produits commandés aux États-Unis ou en Asie. Les consommateurs pris de surprise choisissent souvent le renvoi vers l'expéditeur. Cela a contribué à un très fort allongement des délais, avec des douanes débordées.

Des marchands britanniques, eux aussi contrariés par le refus des clients à la réception, ont préféré brûler les produits restés bloqués dans des entrepôts belges, allemands, hollandais ou français. "Cela leur coûte moins cher de déprécier le coût de ces biens que de les faire revenir, en les abandonnant, voire en les brûlant", a confirmé le patron de la UK Fashion & Textile Association, Adam Mansell, à la BBC.

"Les outils ne sont probablement pas prêts"

Des entreprises qui s’étaient préparées bien en amont du Brexit ont également été impactées par les blocages aux douanes. C’est le cas notamment de Marie’s Corner, qui a subi des retards importants à l’importation du Royaume-Uni. "On est sur trois ou quatre semaines de retards", indique Serge Silber, co-fondateur de ce fabricant des sièges et des canapés, basé à Wavre.

La Royal Mail applique un tarif forfaitaire de 8 livres pour "prendre en compte le coût de la vérification des objets aux douanes et à la police de frontières".

"Les complications administratives ne devraient pourtant pas être un problème pour les prestataires, qui font face aux mêmes difficultés lorsqu’ils importent en dehors du marché commun. Les outils ne sont probablement pas prêts, pas définis, pas clairs. J’ai été surpris. Et je m’attendais à une période de tolérance d’un ou deux mois", regrette-t-il.

Les excuses avancées par les prestataires sont souvent floues. "C’est l’explication Brexit + Covid. Mais quand on gratte un petit peu, on se rend compte que les marchandises ont réellement été expédiées, mais sont restées coincées chez un agent de douanes."

Le poids de l'administratif

Les tarifs liés au traitement administratif se sont également alourdis. La Royal Mail applique un tarif forfaitaire de 8 livres pour "prendre en compte le coût de la vérification des objets aux douanes et à la police de frontières". DHL demande un supplément de 2,5% supplémentaire pour passer les douanes, avec un montant minimum de 11 livres.

"Avant", poursuit Serge Silber, "quand vous envoyiez un Fedex avec un échantillon sans valeur de 50 grammes, cela coûtait dix euros. Aujourd’hui, il faut ajouter 41 euros pour des frais administratifs. Les coûts sont disproportionnés. Ils revoient tous leurs tarifs parce qu’ils se rendent compte que c’est un peu plus compliqué que prévu."

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