Le Labour a les moyens d'immobiliser Johnson

Boris Johnson ©EPA

Le Labour est fracturé entre deux stratégies opposées. La première, portée par le leader Jeremy Corbyn, vise à accepter des élections dès que possible. La seconde, défendue par le numéro 2 du parti, réclame l’organisation d’un second référendum.

"Sont-ils assez stupides pour accepter une élection générale anticipée?" Telle est la question qui court ces derniers jours en tête des messages échangés par des groupes de députés travaillistes sur WhatsApp, et dirigés contre les dirigeants du parti. Le mois dernier, lors du congrès annuel, le Labour s’était fracturé entre deux stratégies opposées.

La première, portée par le leader Jeremy Corbyn et l’appareil du parti, visait à accepter des élections dès que possible, puis renégocier l’accord sur le Brexit après la victoire, et enfin le soumettre au référendum.

La seconde, défendue par le numéro 2 du parti Tom Watson et une bonne moitié de députés, réclamait l’organisation d’un second référendum dès que l’opportunité apparaîtrait.

La seule possibilité qu’il reste aux travaillistes: refuser coûte que coûte des élections.

Depuis, Boris Johnson a conclu un Brexit dur avec l’Union européenne, dont les députés ont validé le principe général mardi soir en seconde lecture du projet de loi. Celui-ci a encore besoin d’une majorité renforcée pour passer, d’où la demande du Premier ministre d’organiser des élections le 12 décembre. Il a besoin du vote favorable des deux tiers du Parlement, donc des députés travaillistes.

Au vu des rapports de forces au Parlement, l’accord sur le Brexit ne semble pas pouvoir être validé sans être vidé de sa substance, notamment sur l’union douanière. C’est la raison pour laquelle Johnson ne veut pas aller plus loin, pour le moment, et a même menacé de mettre en pause toutes les activités parlementaires non urgentes tant que les élections ne seront pas acceptées. Les travaillistes voteront très certainement contre l’élection générale anticipée, lundi. Ce sera leur troisième refus depuis la rentrée, toujours avec le même prétexte fallacieux: attendre que la possibilité du no deal soit évacuée.

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Accepter une élection anticipée donnerait un boulevard à Boris Johnson pour rester au pouvoir jusqu’en 2025 et valider son Brexit dur. Ce serait une double sanction pour les travaillistes, qui n’ont plus occupé Downing Street depuis 2010. La seule possibilité qui leur reste n’est pas conventionnelle: refuser coûte que coûte des élections, aussi longtemps que possible, c’est-à-dire jusqu’en 2022 au plus tard, peut permettre de réduire le Premier ministre à un immobilisme total.

Un long enlisement est tout à fait possible dans les semaines, voire les mois à venir. Un véritable duel psychologique devrait prendre place, dans lequel Johnson attendra que l’opposition et les rebelles tory soient prêts à valider son accord en renonçant à des amendements trop importants, et dans lequel Jeremy Corbyn attendra de voir les intentions de vote pour le parti tory s’effondrer inexorablement.

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