analyse

Le Labour au bord de l'implosion

Le parti de Jeremy Corbyn est au bord de l'implosion. ©AFP

Poussés à accepter une élection générale anticipée, les travaillistes peinent à trouver leurs repères dans une campagne axée sur le Brexit. Le parti historique de centre gauche fait face à un risque existentiel.

Le numéro 2 du Labour, Tom Watson, a finalement attendu que la campagne de la prochaine élection générale soit officiellement lancée pour annoncer sa démission.

Mercredi soir, celui qui était aussi depuis plusieurs années le principal opposant de Jeremy Corbyn au sein du parti travailliste a indiqué qu’il abandonnait ses fonctions de leader adjoint et qu’il ne défendrait pas son siège de député le 12 décembre. Cette figure majeure du camp du Remain siégeait depuis près de vingt ans dans la circonscription de West Bromwich East, qui avait voté pour le Leave à 66% en 2016, tout en étant un bastion du Labour depuis quarante-cinq ans.

La logique aurait voulu qu’il démissionne fin septembre, au moment du congrès annuel au cours duquel l’appareil du parti travailliste a clarifié sa position en vue des prochaines élections. Cette position a déçu une bonne moitié de l’électorat travailliste puisqu’elle fait passer au second plan la possibilité d’un second référendum et vise à accomplir un Brexit soft qui devra être renégocié avec l’Union européenne.

Travaillistes en tenaille

La stratégie tout en ambiguïté de Jeremy Corbyn paie beaucoup moins que celle beaucoup plus volontariste de Boris Johnson. Ce n’est pas un hasard si les intentions de vote pour le Labour ont baissé d’un tiers depuis que BoJo est officiellement entré en piste pour le leadership du parti tory et pour Downing Street, en juin dernier. Le Labour, qui est censé incarner la principale force d’opposition, est pris en tenaille entre un parti tory qui s’est considérablement droitisé et un LibDem qui a une position très tranchée contre le Brexit, au point de vouloir l’annuler unilatéralement.

Trop flou sur le Brexit, le Labour de Jeremy Corbyn a également mis en sourdine les sensibilités de centre gauche au profit d’une posture essentiellement contestataire et revendicatrice.

Pas de programme

Le parti travailliste n’a pas saisi l’occasion historique de placer la lutte contre le changement climatique au cœur de son logiciel idéologique. L’environnement ne figure pas dans les douze principaux points du programme présenté sur le site internet du parti, qui promet plutôt une "Grande-Bretagne mondiale", "une société plus égalitaire", "une démocratie renforcée", "des vies plus riches", "une sécurité sociale", "un travail plus juste", "des communautés plus sûres", "une maison pour tous"… et "une renégociation du Brexit".

La stratégie ambiguë de Jeremy Corbyn paie bien moins que le volontarisme de Boris Johnson.

Le programme électoral n’est pas encore prêt, indique le site, qui propose en attendant aux visiteurs de… relire celui de la campagne perdue de 2017.

Les travaillistes pouvaient espérer un sursaut après l’annonce de l’organisation de l’élection anticipée. C’est le contraire qui s’est produit: Boris Johnson continue de siphonner l’électorat du Parti du Brexit, qui sait que l’accomplissement de la sortie britannique de l’UE sera beaucoup plus rapide en allant du côté de Johnson qu’en restant avec Nigel Farage.

Débacle en vue

Le Labour est en danger sur quelques-unes de ses terres historiques du nord-est de l’Angleterre, où le Leave s’est imposé en 2016. L’appel d’Ian Austin, ancien ministre du gouvernement socialiste de Gordon Brown, à voter pour Boris Johnson, apparaît comme la dernière preuve du rejet de Corbyn.

Une deuxième défaite du leader du Labour en deux ans et demi – trois défaites en comptant les européennes – serait cinglante et rendrait sa démission nécessaire pour relancer une gauche britannique totalement déboussolée.

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