analyse

Le Labour se positionne sur un second référendum

Jeremy Corbyn, leader des travaillistes ©REUTERS

Longtemps opposé aux velléités pro-européennes d’une partie de ses députés, le leader travailliste Jeremy Corbyn devrait bientôt appeler clairement à un nouveau vote sur le Brexit.

L’horizon d’un compromis au centre des Communes, entre les députés europhiles ou eurosceptiques modérés des deux principaux partis, a volé en éclats depuis l’annonce de la démission de la Première ministre Theresa May.

Le Labour doit désormais assumer une position contraire à la fuite en avant du parti tory.

La majorité tory a vu le piège se refermer, et compte désormais exécuter le Brexit coûte que coûte le 31 octobre, même sans accord, plutôt que voir le parti du Brexit récupérer la majeure partie de ses électeurs eurosceptiques.

De l’autre côté, le Labour doit désormais assumer une position contraire à la fuite en avant du parti tory en affirmant beaucoup plus clairement sa préférence pour le maintien dans l’Union européenne.

Les élections européennes ont mis en évidence le danger majeur qui plane sur le parti travailliste: le score du parti centriste LibDem (20,3%), très pro-européen, qui a récupéré 37% d’électeurs travaillistes des élections générales de 2017, et la poussée des écologistes (12,1%) ont pris en tenaille le parti travailliste (14,1%). Celui-ci n’incarne désormais rien d’autre qu’un socialisme à la britannique, très ambigu sur le Brexit, dépassé sur les questions écologiques, et ce dans un pays qui n’a jamais compté aussi peu de chômeurs (3,8%).

Meilleur score

Après avoir systématiquement résisté aux pressions pour un second référendum, l’eurosceptique Jeremy Corbyn est donc sur le point de céder, sinon par conviction, au moins par réalisme politique.

Celui-ci a exigé des élections générales dans la foulée de la démission de May, mais les chances du Labour n’existeront qu’avec une opposition claire face à la doctrine tory, qui est partie pour être celle d’un Brexit dur.

La victoire nette du parti du Brexit a en grande partie caché le score cumulé des pro-européens, disséminés dans différents partis, justement en raison du non-positionnement de Corbyn.

La victoire nette du parti du Brexit a en grande partie caché le score cumulé des pro-européens, disséminés dans différents partis, justement en raison du non-positionnement de Corbyn.

Celui-ci a déjà indiqué son soutien à un second référendum pour valider tout accord sur le Brexit. Les principales personnalités du Labour, y compris ses proches soutiens, l’appellent à aller plus loin et à demander un second référendum tout court. Certains continuent de résister. Le président du Labour Ian Lavery, allié de Corbyn, a ainsi qualifié les partisans d’un second référendum "d’intellectuels de gauche", qui ne comprennent pas ceux qu’il a appelés les "gens ordinaires".

L’ennemi historique de Corbyn au sein du parti, l’ancien Premier ministre Tony Blair, persiste dans son analyse formulée depuis plusieurs mois et appelle le parti à sortir de l’ambiguïté: "Les deux partis ont fait la même erreur, en se positionnant sur la même ligne de crête et en pensant qu’ils pouvaient lancer des appels aux deux côtés. Les élections européennes ont montré que c’était impossible."

La repolarisation des Communes, avec des europhiles d’un côté, des Brexiters durs de l’autre, pourrait être la clé pour sortir du blocage.

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