analyse

Le Parlement britannique fait un pas de plus vers le "hard Brexit"

©AFP

Theresa May a subi un nouveau camouflet majeur aux Communes. Sa motion sur la négociation du filet de sécurité avec l’Union européenne a été rejetée par les députés.

Un pas de plus vers un Brexit sans accord. C’est la première lecture qui peut être faite du rejet de la motion du gouvernement de Theresa May par les Communes. Cette motion demandait au Parlement de réaffirmer son soutien à Theresa May dans ses négociations avec la Commission européenne sur la partie de l’accord relative à la frontière irlandaise.

La conclusion est claire : les députés britanniques renoncent à vouloir convaincre l’Union européenne qu’un accord sans filet de sécurité en Irlande est possible, et ils envoient un signal clair sur le verdict qu’ils réserveront à l’accord actuel, s’il leur est à nouveau demandé de voter.

L’European Research Group, mouvement eurosceptique principal du parti tory, n’avait pas fait mystère de sa décision de s’abstenir de voter. Cette dixième défaite parlementaire du gouvernement de Theresa May était anticipée, elle n’était d’ailleurs pas présente au moment du verdict délivré par John Bercow.

Les députés britanniques renoncent à vouloir convaincre l’Union européenne qu’un accord sans filet de sécurité en Irlande est possible.

Dans les faits, le rejet de la motion du gouvernement n’empêche pas Theresa May de continuer de négocier avec l’Union européenne dans les jours à venir. Mais le rapport de forces semble définitivement rompu.

Le leader du parti travailliste Jeremy Corbyn a eu le champ libre pour prendre immédiatement la parole: "Le vote de ce (jeudi) soir montre qu’il n’y a pas de majorité pour accompagner la Première ministre, et encore une fois son gouvernement a été défait. Le gouvernement ne peut pas continuer d’ignorer le Parlement ou persévérer jusqu’au 29 mars sans un plan cohérent. Theresa May ne peut pas continuer à jouer la montre et espérer que quelque chose va tourner en sa faveur et lui permettre de sauver la face."

Malgré ce rejet lourd de sens, exactement un mois après la pire défaite parlementaire de l’histoire contemporaine britannique sur la première mouture de l’accord, la Première ministre a limité les dégâts. Elle garde encore une certaine marge de manœuvre sur le processus. Deux amendements significatifs, proposés par le Labour et le SNP, ont en effet été rejetés.

Ultimatum

L’amendement travailliste posait un ultimatum à May, en prévoyant la prise en main du processus du Brexit par les parlementaires à partir du 27 février. L’amendement était similaire à celui proposé le 29 janvier dernier, et a obtenu dix voix de plus cette fois (306 voix contre 322).

L’autre amendement, déposé par le Scottish National Party, demandait un report de trois mois de l’entrée en vigueur de l’article 50 du Traité de Lisbonne, repoussant de fait la date de sortie au 30 juin. Largement rejeté par 315 voix contre 93.

Les conservateurs ont décidé au dernier moment de retirer l’amendement proposé par Anna Soubry, qui demandait un rapport gouvernemental officiel sur les conséquences d’un Brexit sans accord.

Le Brexit avec accord étant désormais quasiment impossible, la voie par défaut mène à un Brexit sans accord. Celui-ci sera effectif le 30 mars à minuit si les députés britanniques ne trouvent pas une autre solution. Les débats parlementaires des dernières semaines ne laissent guère de doute sur le fait qu’ils vont tout mettre en œuvre pour le reporter. La majorité existe, elle a déjà voté en ce sens dans l’amendement Spelman du 29 janvier, qui était non contraignant.

La suite du processus devrait être définie le 27 février, jour prévu initialement pour le second vote sur l’accord du 25 novembre, mais qui devrait plutôt être consacré à de nouveaux débats sur les solutions restantes pour éviter un Brexit sans accord.

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