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Le Parlement britannique prend Johnson de vitesse

©AFP

Les députés britanniques ont voté la motion leur permettant de présenter ce mercredi un texte de loi pour demander le report du Brexit. La convocation d'élections générales est imminente.

C'est un nouveau coup de théâtre dans le processus du Brexit, qui en a connu bien d'autres depuis plus de trois ans. 328 députés contre 301 - une majorité de 27, plus large que prévu - ont voté ce mardi soir en faveur de la motion leur permettant de présenter un texte de loi pour reporter le Brexit en cas de risque imminent de no deal. Il s'agit de la première lourde défaite pour Boris Johnson, à peine six semaines après son arrivée à Downing Street, qui n'a pas réussi à convaincre la vingtaine de tory rebelles de le suivre, au moins jusqu'au conseil européen du 17-18 octobre.

Selon le texte de loi qui sera probablement voté ce mercredi, la date de sortie britannique de l’Union européenne sera décalée du 31 octobre 2019 au 31 janvier 2020, si, d’ici le 19 octobre, aucun nouvel accord n’est conclu avec l’Union européenne ou si le Parlement britannique n’est pas consulté sur un Brexit sans accord.

Une défaite d'autant plus fâcheuse qu'elle était évitable. Elle découle directement de sa décision de suspendre le Parlement pour cinq semaines, du 9 septembre au 14 octobre, qu'il avait jugée nécessaire afin d'avoir plus de crédibilité face à l'Union européenne. Cette suspension a galvanisé les remainers et les brexiters modérés, qui ont décidé d'accélérer leur calendrier, et de faire dès cette "fausse" rentrée parlementaire ce qu'ils comptaient faire dans la deuxième quinzaine d'octobre, dans un trou de souris, entre le conseil européen et la deadline du 31 octobre.

Selon le texte de loi qui sera très probablement voté ce mercredi, la date de sortie britannique de l’Union européenne sera décalée du 31 octobre 2019 au 31 janvier 2020, si, d’ici le 19 octobre, aucun nouvel accord n’est conclu avec l’Union européenne ou si le Parlement britannique n’est pas consulté sur un Brexit sans accord. Le leader des conservateurs à la Chambre des Communes, Jacob Rees-Mogg, a assuré que le gouvernement respecterait cette loi et demanderait à l'UE le report du Brexit si les conditions du texte sont réunies.

"Ce pays est un pays qui respecte les règles du droit", a-t-il indiqué. Les menaces d'exclusion ouvertes de Boris Johnson, accompagnées de la promesse de convoquer très vite de nouvelles élections semblent avoir eu raison de ces velléités. Après avoir reçu les rebelles à Downing Street - parmi lesquels des poids lourds comme l'ancien ministre de l'économie Philip Hammond ou l'ancien candidat au leadership tory Rory Steward -, Boris Johnson a également répondu aux questions des députés pendant près de deux heures.

"C'est une proposition de loi qui, si elle passe, va me forcer à aller à Bruxelles quémander une extension. Elle me forcerait à accepter tous les termes proposés. Elle détruirait toute chance de négociation ou de nouvel accord. Et elle permettrait à nos amis de Bruxelles de dicter les termes de notre négociation."
Boris Johnson

Il a insisté sur l'idée qu'une telle motion allait dangereusement fragiliser la position britannique dans les négociations avec l'Union européenne. "Cela n'a rien à voir avec une proposition de loi, au sens strict du terme. C'est sans précédent dans notre histoire. C'est une proposition de loi qui, si elle passe, va me forcer à aller à Bruxelles quémander une extension. Elle me forcerait à accepter tous les termes proposés. Elle détruirait toute chance de négociation ou de nouvel accord. Et elle permettrait à nos amis de Bruxelles de dicter les termes de notre négociation."

Des arguments qui n'ont pas convaincu. L'échec n'a surpris personne, puisque Boris Johnson avait perdu sa majorité le même jour, avec le départ spectaculaire de Phillip Lee dans le camp du LibDem. Le Premier ministre va très probablement mettre sa menace à exécution et convoquer très rapidement de nouvelles élections, comme il l'a lui même affirmé après le résultat de ce vote. Il devra pour cela obtenir le vote des deux tiers du Parlement.

Dossier Brexit

Comment s'y retrouver dans l'imbroglio du Brexit? Toutes les infos et analyses dans notre dossier spécial >

Une surprise n'est pas à exclure. Le Labour, dont le leader Jeremy Corbyn est officiellement favorable à un tel scrutin, a beaucoup à perdre. Les sondages sont très défavorables, et dans le meilleur des cas, il limitera le pouvoir conservateur au Parlement. Or, un Parlement sans majorité nette, c'est-à-dire comparable à l'actuelle Parlement, aboutirait à un blocage total du processus du Brexit, voire de la politique gouvernementale. Ce n'est pas un hasard si l'ancien Premier ministre travailliste Tony Blair a comparé ce scrutin à "un piège à éléphant".

La date du scrutin - avant ou après le 31 octobre - sera déterminante. Le Labour souhaite voir ce scrutin organisé après le 31 octobre afin que Johnson n'essaie pas d'en profiter pour faire passer le no deal. Corbyn a d'ailleurs conditionné le vote censé déclencher de nouvelles élections à la promulgation préalable de la loi sur le report. Mais organiser ce scrutin avant la deadline serait très dangereux politiquement, puisque le nouveau pouvoir ne pourra plus utiliser cette botte magique des élections pour sortir de l'enlisement du processus du Brexit. Cette motion pour reporter le Brexit, qui semble éloigner un danger - celui du no deal - en crée un autre: celui de la paralysie totale du pays.

C'est un nouveau coup de théâtre dans le processus du Brexit, qui en a connu bien d'autres depuis plus de trois ans.
328 députés contre 301 - une majorité de 27, plus large que prévu - ont voté mardi soir en faveur de la motion leur permettant de présenter un texte de loi pour reporter le Brexit en cas de risque imminent de no deal.
Il s'agit de la première lourde défaite pour Boris Johnson, à peine six semaines après son arrivée à Downing Street, qui n'a pas réussi à convaincre la vingtaine de tory rebelles de le suivre, au moins jusqu'au conseil européen du 17-18 octobre.
Une défaite d'autant plus fâcheuse qu'elle était évitable. Elle découle directement de sa décision de suspendre le Parlement pour cinq semaines, du 9 septembre au 14 octobre, qu'il avait jugée nécessaire afin d'avoir plus de crédibilité face à l'Union européenne.
Cette suspension a galvanisé les remainers et les brexiters modérés, qui ont décidé d'accélérer leur calendrier, et de faire dès cette "fausse" rentrée parlementaire ce qu'ils comptaient faire dans la deuxième quinzaine d'octobre, dans un trou de souris, entre le conseil européen et la deadline du 31 octobre.
Selon le texte de loi qui sera très probablement voté ce mercredi la date de sortie britannique de l’Union européenne sera décalée du 31 octobre 2019 au 31 janvier 2020, si, d’ici le 19 octobre, aucun nouvel accord n’est conclu avec l’Union européenne ou si le Parlement britannique n’est pas consulté sur un Brexit sans accord.
Le leader des conservateurs à la Chambre des Communes, Jacob Rees-Mogg, a assuré que le gouvernement respecterait cette loi et demanderait à l'UE le report du Brexit si les conditions du texte sont réunies. "Ce pays est un pays qui respecte les règles du droit", a-t-il indiqué.
 
Les menaces d'exclusion ouvertes de Boris Johnson, accompagnées de la promesse de convoquer très vite de nouvelles élections semblent avoir eu raison de ces velléités.
Après avoir reçu les rebelles à Downing Street - parmi lesquels des poids lourds comme l'ancien ministre de l'économie Philip Hammond ou l'ancien candidat au leadership tory Rory Steward -, Boris Johnson a également répondu aux questions des députés pendans près de deux heures.
 
Il a insisté sur l'idée qu'une telle motion allait dangereusement fragiliser la position britannique dans les négociations avec l'Union européenne. "Cela n'a rien à voir avec une proposition de loi, au sens strict du terme. C'est sans précédent dans notre histoire. C'est une proposition de loi qui, si elle passe, va me forcer à aller à Bruxelles quémander une extension. Elle me forcerait à accepter tous les termes proposés. Elle détruirait toute chance de négociation ou de nouvel accord. Et elle permettrait à nos amis de Bruxelles de dicter les termes de notre négociation."
Des arguments qui n'ont pas convaincu. L'échec n'a surpris personne, puisque Boris Johnson avait perdu sa majorité le même jour, avec le départ spectaculaire de Phillip Lee dans le camp du LibDem.
Le Premier ministre va très probablement mettre sa menace à exécution et convoquer très rapidement de nouvelles élections, comme il l'a lui même affirmé après le résultat de ce vote. Il devra pour cela obtenir le vote des deux tiers du Parlement.
Une surprise n'est pas à exclure. Le Labour, dont le leader Jeremy Corbyn est officiellement favorable à un tel scrutin, a beaucoup à perdre.
Les sondages sont très défavorables, et dans le meilleur des cas, il limitera le pouvoir conservateur au Parlement. Or, un Parlement sans majorité nette, c'est-à-dire comparable à l'actuelle Parlement, aboutirait à un blocage total du processus du Brexit, voire de la politique gouvernementale.
Ce n'est pas un hasard si l'ancien Premier ministre travailliste Tony Blair a comparé ce scrutin à "un piège à éléphant". 
La date du scrutin - avant ou après le 31 octobre - sera déterminante. Le Labour souhaite voir ce scrutin organisé après le 31 octobre afin que Johnson n'essaie pas d'en profiter pour faire passer le no deal. Corbyn a d'ailleurs conditionné le vote censé déclencher de nouvelles élections à la promulgation préalable de la loi sur le report. 

Mais organiser ce scrutin avant la deadline serait très dangereux politiquement, puisque le nouveau pouvoir ne pourra plus utiliser cette botte magique des élections pour sortir de l'enlisement du processus du Brexit.
Cette motion pour reporter le Brexit, qui semble éloigner un danger - celui du no deal - en crée un autre : celui de la paralysie totale du pays.

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