Le Parlement britannique sera suspendu dès ce lundi soir

Boris Johnson a rencontré son homologue irlandais ce lundi matin à Dublin. ©REUTERS

Boris Johnson va tenter d'obtenir ce lundi au Parlement britannique la tenue d'élections législatives anticipées pour le 15 octobre. L'assemblée sera ensuite suspendue jusqu'à la mi-octobre, une décision controversée prise par le chef du gouvernement conservateur.

Le Parlement britannique sera suspendu pour cinq semaines dès la fin des débats ce lundi soir, indique le porte-parole du Premier ministre Boris Johnson. Cette suspension jusqu'au 14 octobre avait suscité une vague d'indignation au Royaume-Uni lorsqu'elle avait été annoncée fin août par Boris Johnson. Le Premier ministre avait alors été accusé de manœuvrer pour précipiter le Royaume-Uni vers un Brexit sans accord de sortie le 31 octobre.  

L'Europe n'a reçu aucune proposition "réaliste" de Londres à ce jour  

Boris Johnson a débuté la journée à Dublin pour y prendre la température du côté du chef du gouvernement irlandais Leo Varadkar. Ce dernier avait fait savoir dimanche qu'il ne s'attendait à aucune percée dans les discussions sur l'épineuse question de la frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord et, plus particulièrement, sur le filet de sécurité censé empêcher le rétablissement de contrôles à la frontière (voir encadré ci-dessous).

©EPA

Et de fait, la rencontre entre les deux chefs de gouvernement n'a pas permis d'avancer sur le sujet. Pour Leo Varadkar, le "filet de sécurité" irlandais "reste un élément essentiel de l'accord de retrait jusqu'à ce qu'une alternative soit trouvée".

C'est le statu quo donc, d'autant plus que Boris Johnson serait venu à Dublin les mains vides. "Nous sommes ouverts à des alternatives mais elles doivent être réalistes. (...) Nous n'avons reçu aucune proposition en ce sens à ce jour", a ajouté le Premier ministre irlandais. Et "en l'absence d'arrangements alternatifs, pas de backstop signifie pas d'accord pour nous", a encore rappelé Leo Varadkar.

Qu'est-ce que le backstop, ou "filet de sécurité irlandais"?

C'est la disposition de l'accord de Brexit que veut éliminer le Premier ministre britannique Boris Johnson. Le "filet de sécurité", ou "backstop", est censé éviter le retour d'une frontière physique entre la République d'Irlande (Etat membre de l'UE) et l'Irlande du Nord voisine (province britannique). En empêchant le retour d'une frontière physique, cette disposition vise à préserver les accords de paix de 1998, qui mirent fin à trois décennies de violences entre communautés, et l'intégrité du marché unique européen

Cette disposition figure dans l'accord de divorce conclu en novembre 2018 entre la Commission européenne et l'ex-Première ministre britannique Theresa May, mais rejeté à trois reprises par les députés de Westminster.

Il s'agit d'une solution de dernier recours qui n'entrerait en vigueur qu'après une période de transition si aucune autre solution n'est trouvée entre Londres et les Européens.

Concrètement, ce mécanisme consiste à créer un "territoire douanier unique", englobant l'UE et le Royaume-Uni, ce qui limiterait la capacité de Londres à négocier des traités commerciaux avec des pays tiers. Inimaginable pour les partisans d'un divorce sans concession qui estiment que cela arrimerait leur pays indéfiniment à l'Union européenne.

Vers un nouveau rejet pour des élections à la mi-octobre

Après cette visite en Irlande, Boris Johnson est attendu de pied ferme au Parlement à Londres. Il va de nouveau tenter d'y obtenir la tenue d'élections législatives anticipées dès le 15 octobre, ce que l'opposition lui refuse sans avoir au préalable l'assurance d'un Brexit ordonné. L'initiative du Premier ministre semble donc une nouvelle fois mathématiquement vouée à l'échec.  

Les règles en vigueur au Royaume-Uni exigent que la motion du gouvernement proposant la tenue d'un scrutin législatif soit approuvée par les deux tiers de l'assemblée, soit 434 voix. Or, le Labour représentant à lui seul 247 des 650 élus, sans les voix de ses députés, ce seuil est hors de portée.

Mercredi dernier déjà, une première tentative avait échoué, seuls 298 députés s'y étant déclarés favorables. Les partis d'opposition redoutent que des élections à la mi-octobre puissent permettre à Boris Johnson de réussir tout de même à faire sortir le Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) sans accord.

Report du Brexit à fin janvier 2020

Votée la semaine dernière avec l'appui d'une vingtaine de conservateurs "dissidents", la proposition de loi des députés de l'opposition obligeant le Premier ministre à solliciter auprès de l'UE, en l'absence d'accord sur les termes du divorce d'ici au 19 octobre, un report de trois mois du Brexit jusqu'à fin janvier 2020, devrait, par contre, être promulguée ce lundi par la reine Elizabeth.

Mais Boris Johnson martèle qu'il ne demandera aucun report du Brexit. Le Premier ministre et plusieurs ministres de son gouvernement affirment qu'ils présentent de nouvelles propositions à l'UE et que les négociations progressent avec les Européens. Le ministre des Finances Sajid Javid a déclaré que Boris Johnson se rendrait au conseil européen des 17 et 18 octobre avec l'ambition de conclure un accord. "Il ne demandera certainement pas un report lors de cette réunion", a ajouté Javid sur les ondes de la BBC.

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