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Le parti du Brexit de Nigel Farage trouble à nouveau le jeu

©REUTERS

La poussée du parti de Nigel Farage dans les sondages pour les européennes inquiète le pouvoir tory et le Labour, qui ont repris leurs négociations pour un compromis sur le Brexit. Avec très peu d’espoirs d’y parvenir avant le scrutin du 23 mai.

Dans un mois jour pour jour, les Européens mettront un nom britannique sur les 73 sièges de députés britanniques qu’ils croyaient voir disparaître à partir de ces élections européennes.

Après deux semaines de coupure, la perspective d’un scrutin européen, le 23 mai, est en effet plus nette que jamais, et semble inévitable.

Le gouvernement et le parti travailliste ont certes repris leurs négociations, avec les poids lourds du cabinet de Theresa May d’un côté, ceux de la garde rapprochée de Jeremy Corbyn de l’autre. Mais trois semaines après le coup de théâtre de la Première ministre, qui a tourné le dos aux Brexiters durs pour négocier un Brexit plus soft avec l’opposition de gauche, le contenu des discussions sonne toujours aussi creux.

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Les deux parties pourraient pourtant avoir intérêt à accélérer le processus. Le parti du Brexit, créé à la va-vite par un revenant, l’eurosceptique Nigel Farage, a en effet fait une entrée fracassante dans les sondages, propulsant en un temps record son nouveau parti en tête des intentions de vote. L’ancien leader de Ukip, le parti vainqueur des élections européennes de 2014 convaincrait près des deux tiers des électeurs tory traditionnels, selon un sondage réalisé sur le site du parti conservateur. La sœur du leader eurosceptique tory, Jacob Rees-Mogg, Annunziata, a même annoncé qu’elle rejoignait les rangs de ce nouveau parti.

Une victoire du parti du Brexit aux élections ne serait pas une révolution en soi puisque les Britanniques ont déjà envoyé une majorité d’eurosceptiques à Strasbourg en 2014. Mais elle redéfinirait la donne des prochains mois.

Réduire les probabilités de second référendum

Dans une conférence de presse tenue mardi, Nigel Farage a indiqué que le résultat des élections européennes aurait un impact sur la possibilité d’un second référendum, et qu’une victoire de son parti réduirait les probabilités d’un second appel au peuple.

Des propos qui confirment que ce scrutin semble parti pour être transformé en mini-référendum, même si la campagne n’a pas encore vraiment démarré. Le coup d’envoi sera indirectement donné par Jeremy Corbyn, au moment de la fin des négociations avec le gouvernement.

Theresa May et le parti tory ont intérêt à retarder au maximum le début de la campagne, celle-ci s’annonçant comme l’une des plus cauchemardesques de l’histoire du parti.

Ce n’est qu’après le verdict du 23 mai que Theresa May pourrait donner une nouvelle impulsion. Une victoire du Labour signifiera essentiellement une orientation pro-européenne des électeurs britanniques, même si le leader Jeremy Corbyn n’est pas exactement un Européen convaincu. La Première ministre aurait alors du champ pour laisser le Parlement se saisir de la possibilité d’un second référendum. Une forte participation enverrait également un signal fort.

Une victoire du parti du Brexit, surtout avec un score supérieur aux 26,6% obtenus par Ukip en 2014, bloquerait encore davantage le processus du Brexit, qui serait voué à rester encalminé pendant encore une longue période, peut-être plusieurs années, jusqu’aux prochaines élections générales. À moins que des Brexiters durs obtiennent d’ici décembre le départ de Theresa May, la remplacent par Boris Johnson – qui s’envole dans les sondages internes au parti tory – et engagent des négociations dures avec l’UE. Une victoire du parti du Brexit leur donnerait indirectement une forme de mandat pour un Brexit dur, voire un Brexit sans accord.

Reste à savoir si cette poussée du parti de Nigel Farage est un simple effet de souffle provoqué par une entrée en campagne tonitruante, ou la confirmation, cinq ans après le précédent scrutin, que le rapport britannique à l’Union européenne est avant tout sceptique. Le 23 mai pourrait livrer sur ce point une vérité définitive.

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