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Le petit Brexit, ou quand l'UE se fait déjà sans les Anglais

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Depuis lundi, les fonctionnaires et ministres britanniques sont "émancipés" de toutes les réunions européennes qui ne touchent pas directement aux intérêts du Royaume-Uni. Une sorte de petit Brexit avant l’heure qui se fait sans mode d’emploi, au cas par cas.

La date du Brexit a beau être fixée au 31 octobre, le désamarrage du Royaume-Uni a déjà commencé. Depuis lundi, ses administrations sont censées pratiquer la politique de la chaise vide à Bruxelles. Le département britannique pour le départ de l’UE l’avait annoncé fin août: au 1er septembre, les fonctionnaires et ministres arrêtent de participer "à la plupart des réunions européennes".

"Il est logique d’émanciper les fonctionnaires de ces réunions."

Du point de vue du gouvernement de Boris Johnson, "il est logique d’émanciper les fonctionnaires de ces réunions" pour qu’ils se concentrent sur les priorités nationales, en particulier la "future relation avec l’UE et d’autres partenaires à travers le monde". La décision a fait grand bruit de l’autre côté de la Manche – elle a notamment été dénoncée comme un geste "acerbe et futile" par trois anciens ambassadeurs britanniques auprès de l’UE.

Mais elle a été reçue sans effusion à Bruxelles. Dans les couloirs du Conseil de l’Union, où les États membres accordent leurs violons sur les législations européennes, on rappelle simplement que les futures règles sur lesquelles Londres se prive de peser auront un impact sur le Royaume-Uni, quelle que soit la forme du Brexit.

Le règne du cas par cas

Deux jours après le début du retrait opérationnel britannique, il est trop tôt pour en mesurer l’ampleur et en évaluer les effets. Personne ne sait, au juste, quelles réunions ministres et fonctionnaires britanniques bifferont dans leur agenda. Car comme un élève libre, Londres s’offre toute la latitude de choisir les réunions auxquelles il enverra un représentant. Les émissaires du gouvernement sont priés de ne participer qu’aux réunions européennes pour l’issue desquelles "le Royaume-Uni a un intérêt national significatif". Sécurité, défense, pêche, sécurité sociale? La notion d’intérêt national peut être très variable.

"Nous travaillerons pour assurer que la décision du Royaume-Uni de réévaluer la participation aux réunions de l’UE n’obstruera pas les procédures de votes européennes."
un porte-parole du gouvernement britannique

Londres assure en tout cas son intention de respecter son devoir de sincère coopération. "Nous travaillerons étroitement avec la présidence finlandaise pour assurer que la décision du Royaume-Uni de réévaluer la participation aux réunions de l’UE n’obstruera pas les procédures de votes européennes", indique un porte-parole du gouvernement britannique. Si l’absence britannique aux réunions ministérielles posait problème, la voix britanniques serait déléguée à la Finlande avec instruction de vote qui oscillerait entre abstention et approbation selon les situations.

Un œil où ça compte

En attendant, si Londres a l’intention de délaisser l’essentiel des innombrables réunions de préparation technique qu’organise le Conseil au sein de ses "groupes de travail", les Britanniques garderont leur siège dans les réunions structurantes. Ainsi apprend-on auprès de deux sources qu’ils entendent maintenir leur participation aux "Coreper II", ces réunions hebdomadaires au cours desquelles les ambassadeurs auprès de l’UE se penchent sur les sujets les plus politiques – l’instance fait sa rentrée mercredi.

"Nous ne pensons pas que cela influencera le travail du Conseil."

Les Britanniques devraient en outre participer aux réunions préparatoires stratégiques: ils restent au sein du groupe des "Antici", fonctionnaires qui préparent le travail du Coreper II. Mais aussi à celui des "Nicolaïdis" qui préparent les réunions sur la sécurité et la défense (COPS). Et ils prévoient même de participer à celles des "Mertens", qui réunissent des hauts fonctionnaires pour préparer les réunions des diplomates sur les questions techniques, les Coreper I.

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"Nous ne pensons pas que cela influencera le travail du Conseil", indique-t-on à la présidence finlandaise de l’institution. Une autre source diplomatique se montre plus prudente – on verra comment le nouveau système fonctionne et s’il y a lieu de craindre des interférences. Jusqu’ici, en tout cas, tout va bien. Ce mardi, le Conseil de l’UE a pris sa première décision de la rentrée en arrêtant sa position sur le budget européen pour 2020. La décision a été prise avec le Royaume-Uni. Mais par procédure écrite…

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