Le plan de Johnson pour retenir l'Écosse

Boris Johnson veut littéralement bâtir un pont entre l'Ecosse et l'Irlande du Nord.

Après avoir refusé aux Écossais la possibilité d’organiser un second référendum sur l’indépendance, le Premier ministre britannique multiplie les initiatives directes ou indirectes pour inverser la tendance initiée par Nicola Sturgeon et le Scottish National Party (SNP).

En 2014, David Cameron avait multiplié les "cadeaux" à destination des Écossais pour les inciter à voter pour le maintien au sein du Royaume-Uni. La stratégie avait si bien fonctionné qu’il avait longtemps cru qu'une approche exactement inverse à l'égard de Bruxelles allait amener les Britanniques à voter "Remain" lors du référendum sur la sortie britannique de l’UE (qu'il ne souhaitait pas).

Boris Johnson a-t-il retenu la leçon? Il agit en tout cas beaucoup plus en amont pour empêcher l’Écosse d’aller au bout de ses velléités référendaires. La stratégie est limpide: envoyer des signaux forts vers la moitié nord de la Grande-Bretagne, déconnectée du sud du pays depuis la période Thatcher (1979-1990), et qu’aucun des Premiers ministres suivants (Major, Blair, Brown, Cameron) n’a su vraiment redynamiser.

Des ponts et des trains

Au-delà de sa volonté purement politique de ne pas laisser les anciens bastions travaillistes rebasculer vers la gauche dans les années à venir, Johnson espère recréer des ponts économiques et symboliques entre l’Angleterre et l’Écosse. Un autre pont, bien réel celui-là, est officiellement à l’étude, et vise également à piéger Nicola Sturgeon.

"En Europe, beaucoup de pays de taille similaire à l’Ecosse bénéficient d‘un prospérité supérieure."
Nicola Sturgeon
Première ministre d'Ecosse

Johnson vient de demander à plusieurs ministères d'étudier la faisabilité technique et économique d’un projet gargantuesque pour relier l’Écosse à l’Irlande du Nord. Le coût du projet (de 15 à 23 milliards de livres, soit 18 à 27 milliards d’euros), la présence de mines de la Seconde Guerre mondiale dans les bas-fonds de cette zone maritime, ou encore les forts vents, ont été signalés par des experts comme des obstacles majeurs.

Mais la distance de 20 miles (environ 35 kilomètres) est inférieure d'un tiers à celle du tunnel sous la Manche et une telle infrastructure ne serait pas anodine dans le Royaume-Uni post-Brexit, qui aura grandement besoin de retrouver l’esprit "One Nation", qui a été historiquement un élément central de l’idéologie conservatrice, depuis l’époque Benjamin Disraeli, dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Prévue depuis beaucoup plus longtemps, la ligne de TGV (HS2) vient d’être confirmée et reliera d’ici 2033 Londres au nord de la Grande-Bretagne. Elle ne concernera qu’indirectement Glasgow et Edimbourg, mais l’Écosse sera ainsi beaucoup mieux connectée à l’Angleterre. Cette ligne sera un élément de pression de Londres vis-à-vis des Écossais dans les années à venir.

Sturgeon en campagne pour l'indépendance

Sans surprise, la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, dont la campagne pour l’élection écossaise de 2021 sera essentiellement axée sur le second référendum, est insensible à ces volontés de rapprochement.

"L’indépendance ne garantit pas la prospérité mais elle donne la possibilité d’agir en fonction des intérêts premiers des citoyens."
Nicola Sturgeon
Première ministre écossaise

Elle estime qu’un Brexit dur reste toujours une possibilité, et que l’indépendance reste la voie la plus courte pour redonner une vraie qualité de vie aux citoyens: "L’indépendance ne garantit pas la prospérité mais elle donne la possibilité d’agir en fonction des intérêts premiers des citoyens. En Europe, beaucoup de pays de taille similaire à l’Écosse bénéficient d‘une prospérité supérieure. Le Brexit va provoquer des dégâts considérables sur le plan économique et social, et empêcher les gens de circuler librement.”

La leader du SNP balaie l’idée selon laquelle la logique indépendantiste écossaise serait comparable à celle du Brexit. "Cet argument serait recevable si le Royaume-Uni était de taille similaire à l’UE. Hors, l’UE est une agrégation de pays indépendants et le Royaume-Uni n’a jamais perdu son indépendance. L’Écosse, elle, est sortie de l’UE contre sa volonté.”

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