Le premier round de la négociation sur l'après-Brexit met les divergences à nu

Le négociateur européen Michel Barnier a souligné des divergences "très sérieuses" entre les positions européennes et britanniques en ce début de négociation. ©EPA

Au terme de quatre jours d'un premier round de négociation qui a mobilisé deux cent personnes, l'heure était jeudi à l'évaluation de la hauteur des obstacles.

Le premier round de négociation sur l'avenir de la relation entre le Royaume-Uni et l'Union a souligné "des zones de divergences graves", selon le négociateur en chef européen Michel Barnier. La partie britannique est tout aussi claire sur le gouffre qui sépare les deux côtés de la table, qui mobilise environ deux cents personnes avec le défi de conclure un accord pour l'automne. 

Quatre grands obstacles

Parmi les grands nœuds identifiés, la pêche est particulièrement sensible. Les Européens veulent lier ce sujet à l'accord commercial alors que Londres entend renégocier l'accès des pêcheurs aux eaux territoriales chaque année. C'est "impraticable" selon Michel Barnier. "Ce que nous pouvons faire avec la Norvège sur cinq espèces n'est pas possible sur une centaine d'espèces", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse à laquelle n'a pas participé son homologue David Frost.

"Si nous sommes d'accord pour partager des standards élevés, pourquoi ne pas nous y engager formellement? C'est aussi une question de confiance."
Michel Barnier
Négociateur en chef de l'Union européenne

Un deuxième point de divergence majeur porte sur le respect de règles du jeu commun comme condition à un accord commercial. Les Européens veulent voir ce respect de standards sociaux et environnementaux acté noir sur blanc, le Royaume-Uni le refuse, arguant que ses normes sont généralement plus élevées que celles de l'Union. Un engagement formel à partager des standards élevés est "aussi une question de confiance", a souligné Barnier.

Le troisième obstacle clé est le refus par Londres de respecter la Convention européenne des droits de l'Homme: en rejetant l'autorité de la Cour éponyme du Conseil de l'Europe (47 pays), les Britanniques ne pourraient pas garantir la protection des droits fondamentaux des Européens, notamment lors de l'échange d'informations judiciaires. Londres refuse en outre de laisser la Cour de Justice de l'UE jouer "pleinement son rôle pour l'interprétation du droit européen", a indiqué le négociateur européen.

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La partie britannique s'oppose encore à la volonté de l'Union de créer un accord global cohérent. Elle demanderait, selon Michel Barnier, "une multitude d'accords particuliers, au cas par cas" – ce que l'Union a fait avec la Suisse et s'emploie à corriger.

Par ailleurs, ce n'est pas un nœud mais un sujet évacué, Londres ne souhaite pas négocier d'accord en matière de politique étrangère et de défense, comme l'aurait souhaité l'Union.

Michel Barnier estime qu'un "bon accord" reste possible. Le gouvernement de Boris Johnson s'est donné jusqu'en juin pour évaluer si poursuivre la négociation était utile.

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