Le Royaume-Uni est condamné à une croissance molle et toxique

Boris Johnson (Tory) et Jeremy Corbyn (Labour) ©REUTERS

En cas de large victoire du parti tory lors de l’élection générale de jeudi, la validation du Brexit aux Communes sera quasiment acquise. Mais les longues négociations commerciales ne garantiront pas l’avènement d’une économie robuste ou durable.

Populisme de gauche contre populisme de droite. Ce résumé de l’élection générale de jeudi n’est pas caricatural au regard des analyses économiques réalisées à partir des programmes de chaque parti.

Celui du Labour, qui prévoit notamment une vague de renationalisations, peut-être considéré comme une volonté de revanche tardive sur le thatchérisme des années 1980. À cette époque, Jeremy Corbyn livrait une bataille interne contre l’autre jeune loup qui allait révolutionner le parti travailliste lors de la décennie suivante: Tony Blair.

"L’économie britannique sera réduite de 3,5% si l’actuel accord du Brexit est validé."
Rapport de l’institut NIESR

Le National institute of economic and social research (NIESR), le plus ancien institut de recherche économique britannique, dresse un tableau effrayant de l’éventuelle arrivée au pouvoir du parti corbyniste. "Les programmes fiscaux et de dépenses du Labour peuvent réduire la taille du secteur privé de 1,3% du PIB, les exportations peuvent chuter de 1,3% et la consommation chuter de 1%, avec une hausse des dépenses de l’État de 4,5%. Tout cela sans tenir compte des projets de nationalisations, qui réaffecteraient encore davantage une demande du secteur privé vers le secteur public", décrit l’institut.

Le tableau est presque aussi catastrophiste pour l’hypothèse – très probable – d’une victoire du parti tory qui entraînerait presque automatiquement la validation du Brexit. "L’économie britannique sera réduite de 3,5% si l’actuel accord du Brexit est validé", estime le NIESR. "Depuis le référendum, l’impact a déjà été de 2,5% par rapport à une économie qui n’aurait pas connu le Brexit."

En conséquence de ces incertitudes et aussi de la léthargie économique des voisins de l’eurozone, la croissance britannique restera molle en 2020, à 1,4%.

Impact social et écologique considérable

L’issue des négociations commerciales avec l’Union européenne, censées se conclure avant le 31 décembre 2020, sera déterminante. La volonté de Boris Johnson de transformer le Royaume-Uni en "pays global", aussi ouvert sur les Amériques et l’Asie qu’il a pu l’être avec l’Union européenne depuis quarante ans, représente une transformation radicale du modèle économique.

Huit des dix premiers partenaires commerciaux sont en effet des voisins géographiques (dans l’ordre des volumes d’échanges: Allemagne, Pays-Bas, France, Irlande, Espagne, Belgique, Italie, Suisse).

Les exportations vers la Chine sont importantes (légèrement supérieures à celles vers la Belgique ou l’Italie), mais modestes au regard des défis d’une économie post-Brexit.

Il en va de même pour les échanges avec les Etats-Unis d’Amérique. Ceux-ci représentent déjà le premier partenaire commercial mondial du Royaume-Uni, avec des exportations près de deux fois supérieures à celles de l’Allemagne et trois fois à celles de la France. Le potentiel d’accords commerciaux bilatéraux est réel. Mais un long chemin reste à faire avant d’atteindre le volume d’échanges réalisé avec d’autres Etats unis, ceux de l’Europe, qui es 2,5 fois supérieur.

Un accord majeur sur les services de santé – deuxième marché britannique potentiel après les automobiles – est entré dans une phase de négociations préliminaires. Mais voir les données relatives au corps et à l’esprit de chacun être mise au service de l’intérêt économique supérieur du pays crée, déjà, un certain malaise.

Surtout, l’augmentation de la dépendance de l’économie britannique aux échanges avec des pays situés aux quatre coins du monde va clairement dans le mauvais sens d’un point de vue environnemental.

Boris Johnson s’est de nouveau engagé, dans la campagne, à réduire à zéro les émissions de carbone, au Royaume-Uni, d’ici 2050.

Or, cet engagement ne tient pas compte du fret maritime et aérien, ni des smartphones fabriqués dans les usines enfumées au Bangladesh ou en Chine. Des pays partenaires qui sont aussi, et surtout, les cheminées de l’économie britanniques.

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