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Le Royaume-Uni se redonne de l'air

©REUTERS

Au lendemain du rejet de l’accord conclu entre Theresa May et l’Union européenne, les députés britanniques ont évacué le spectre d’un Brexit sans accord, par 321 voix contre 278.

Theresa May n’a pas encore retrouvé toute sa voix. Ni la confiance des députés. Ceux-ci ont devancé le vote de son amendement sur le rejet du Brexit sans accord pour voter celui présenté par la conservatrice Caroline Spelman, non contraignant, mais qui exprimait le même rejet du no-deal.

Le scénario de la temporisation est le plus probable, ne serait-ce que parce que Theresa May a maintes fois démontré qu’elle savait résister sur la durée aux pressions les plus fortes.

Le "vrai" vote sur le Brexit sans accord, demandé par le gouvernement et rendu inutile par l’amendement Spelman, s’est tenu quelques minutes plus tard dans une grande nervosité. Plusieurs ministres, se sentant humiliés, ont refusé de prendre part à ce vote. Certains ont menacé de démissionner. L’amendement a toutefois été voté (321 voix contre 278).

Le spectre d’une sortie désordonnée de l’UE le 29 mars n’est pas encore tout à fait écarté. L’extension de l’article 50 doit être votée ce jeudi soir. Les députés devront voter sur une motion fixant à mercredi prochain la date limite pour la validation d’un nouvel accord sur le Brexit. Si par miracle cet accord impossible est voté, le Brexit sera repoussé au 30 juin. S’il est rejeté, le Brexit sera repoussé à une date beaucoup plus éloignée, à définir avec l’UE. Le Royaume-Uni devra alors élire de nouveaux représentants aux élections européennes, fin mai, comme Theresa May l’a elle-même affirmé ce mercredi soir.

L'Europe maintient la pression 

Définir le nouveau délai et le motiver auprès de Bruxelles pour que cette extension soit acceptée par les Européens ne sera pas si aisé.

Dans un discours au Parlement européen, le négociateur en chef de l’Union européenne Michel Barnier a mis la pression sur les Communes: "Quel sera leur choix? Quel cheminement vont-ils prendre? Nous avons maintenant besoin d’une réponse à cette question. Nous en aurons besoin avant une décision sur une possible extension."

L’engagement à réfléchir à un autre Brexit, plus soft que celui de May, pourrait suffire à convaincre les Européens de la bonne volonté britannique. Ou plus exactement, à donner aux Européens la possibilité de faire semblant qu’ils sont convaincus. La motion présentée ce jeudi indique aux députés qu’ils devront fournir une motivation à l’Union européenne d’ici le 20 mars pour obtenir une extension de longue durée de l’article 50.

Plusieurs scénarios semblent être possibles sur le court ou le moyen terme (un mois à un an). Certains sont plus réalistes que d’autres, mais aucun n’offre une garantie de sortie de crise, ni ne prémunit contre une aggravation de la situation.

1. Nouveau Brexit soft

Le modèle norvégien reste difficile à calquer en raison du fait que le pays scandinave ne fait pas partie de l’Union douanière, à la différence de l’Irlande du Nord. Ce modèle avec liberté de circulation reviendrait quasiment à annuler le Brexit, puisque le contrôle de l’immigration était la première motivation des tenants du "Leave".

D’autres modèles, du type canadien par exemple, pourraient intéresser le Royaume-Uni mais fragiliser l’Union européenne. Le pire scénario pour Bruxelles serait de voir d’autres pays vouloir eux aussi quitter l’Union européenne pour ne bénéficier que des avantages, en mode "self-service".

2. Élections générales

Aucune majorité claire, ni conservatrice ni travailliste, ne semble pouvoir se dégager à court terme, à peine deux ans après les précédentes élections. Et cela ne réglera pas la question du "futur Brexit", si futur Brexit il doit y avoir.

3. Démission de May et arrivée d’un Brexiter dur à Downing Street

La stratégie de la confrontation avec l’UE était plus ou moins celle choisie par May au début du Brexit. Cela a abouti à une série d’humiliations des négociateurs britanniques face à une UE ragaillardie.

Les Brexiters durs, avec leur stratégie à la hussarde, ne devraient pas pouvoir faire mieux, d’autant plus qu’ils auront toujours besoin du soutien du Parlement, loin d’être acquis. Un autre remainer au pouvoir s’exposera aux mêmes obstacles que Theresa May, dont le Brexit était, jusqu’à preuve du contraire, le seul à pouvoir être accepté par l’UE.

4. Second référendum

Brexit

Les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont réfléchi sur les futures négociations concernant la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Les dirigeants s'engageant à aller vite et à rester unis pour éviter que Londres n'arrache un accord trop favorable susceptible d'inspirer d'autres départs. Suivez toute l'actualité sur le Brexit dans notre dossier spécial >

Cela semble à première vue être la solution la plus réaliste. Problème: l’initiative vient essentiellement de l’opposition travailliste, surtout depuis que Jeremy Corbyn a indiqué être prêt à soutenir cette motion. Le danger est réel, puisque ce nouveau référendum pourrait provoquer un "split" des deux principaux partis en leur sein, tout particulièrement celui de la majorité conservatrice, dont la massive aile eurosceptique est à l’origine de la demande du référendum sur le Brexit.

Ce nouveau référendum ne garantirait pas une victoire du maintien dans l’UE, et pourrait avoir des conséquences collatérales très dommageables sur l’équilibre parlementaire historique. Avec le risque de voir le pays plus ingouvernable qu’il ne l’est déjà, et une partie des citoyens se sentir trahis par le non-respect de leur vote de 2016.

5. Pourrissement

Cette stratégie machiavélique, qui serait présentée politiquement comme une simple temporisation, pourrait paradoxalement être la solution la plus tenable. Toutes les voies étant bouchées, ou accidentées, le statu quo provisoire peut être en soi une voie. La durée du report, qui dépendra de la motion votée ce jeudi sur le vote du nouvel accord mercredi prochain, sera donc absolument primordiale. Tout indique désormais que le délai sera long.

Ce scénario de la temporisation est le plus probable, ne serait-ce que parce que Theresa May a maintes fois démontré qu’elle savait résister sur la durée aux pressions les plus fortes. Celles-ci ont toutefois atteint un niveau inédit depuis lundi.

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