Publicité

"Le Royaume-Uni va devenir une destination de grande exportation"

©AFP

L'accord sur le Brexit semble satisfaire les entrepreneurs. Mais personne n'oublie qu'une frontière va se dresser et que cela causera du tracas.

Petite satisfaction teintée d'une grande prudence, tel semble être le sentiment des entrepreneurs contactés vendredi afin de voir comment ils réagissaient à l'accord entourant le Brexit. "Par rapport à ce que l'on sait, cela a l'air positif. En tout état de cause, nous sommes contents qu'il n'y a pas de Brexit dur", nous a expliqué Clarisse Ramakers, en charge du lobby auprès de l'Union des Classes Moyennes (UCM). Cependant, il faudra encore prendre le temps d'analyser cet accord en profondeur avant de voir quel sera son impact sur les PME. "Il n'y a pas de droits de douane, c'était essentiel", ajoute Clarisse Ramakers, avant d'avouer sa surprise quant au dénouement des négociations. "On a été un peu surpris quand on a vu qu'il y avait un accord, nous étions plutôt sur l'optique d'un Brexit dur."

Accord à minima

"L'accord signé est relativement basique. Il n'a rien à voir avec les accords de libre-échange comme ceux qui ont été signés avec la Suisse et le Canada", estime, pour sa part Alexis Brouhns, senior executive vice-president chez Solvay. "Ce qui est positif, c'est qu'on a un accord qui est une plateforme sur laquelle on va pouvoir reconstruire la relation après le divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne."

Solvay dispose de neuf sites au Royaume-Uni où travaillent environ 800 personnes. Et le problème majeur de ce Brexit porte sur l'absence d'harmonisation pour l'évaluation des normes chimiques. Jusqu'à présent, il y avait la réglementation Reach, chargée de recenser, évaluer et contrôler les substances chimiques mises sur le marché européen. "Dorénavant, nous aurons un système européen et un système britannique non reliés, cela va entraîner des coûts", précise notre interlocuteur, qui rappelle que le patron de la fédération de l'industrie chimique britannique a estimé ce surcoût à un milliard de pounds.

1
milliard de pounds
Le surcoût potentiel causé par le Brexit à l'industrie chimique britannique.

Solvay, qui avait mis une task force en place, a bien préparé son entrée dans cette nouvelle dimension qui, dès le 1er janvier, fera (ré) apparaître une frontière avec des contrôles. La société craint des ralentissements et des tracas administratifs, un changement qui pourrait, dans le pire des cas, interrompre la chaîne d'approvisionnement. "Le Royaume-Uni va devenir une destination de grande exportation, comme les Etats-Unis, par exemple et ça c'est nouveau", conclut notre interlocuteur.

Marcolini était prêt à produire au Royaume-Uni

Le chocolatier Pierre Marcolini et son associé Olivier Coene avaient étudié tous les scénarios, n'éludant évidemment pas celui d'un Brexit sans accord. Entre la possibilité de prendre à sa charge des coûts supplémentaires, produire dans un atelier sur place ou quitter le marché anglais, tout a été étudié. Même si le chocolatier ne voulait pas quitter la Grande-Bretagne où il est aujourd'hui reconnu comme un de ceux qui comptent. Près de 40 personnes travaillent pour le groupe au Royaume-Uni où Marcolini dispose de quatre points de vente. Il y réalise un chiffre d'affaires de 3,5 millions d'euros. "Je salue l'accord, mais c'est encore trop tôt pour dire si ce sera fluide", nous a expliqué Pierre Marcolini, qui, comme Solvay, redoute des ralentissements à la frontière. Et dans le cas du transport de chocolat, chaque minute compte.

"On ne va pas dire que ce Brexit est une bonne chose. De telles initiatives bloquent le commerce libre mondial."
Marc Van Herreweghe
CEO Mydibel

Déception pour Marc Van Herreweghe, le CEO du producteur de pommes de terre Mydibel, même s'il tente de rester positif. "On ne va pas dire que ce Brexit est une bonne chose. De telles initiatives bloquent le commerce libre mondial", nous a-t-il expliqué. S'il reconnaît que faire du commerce comporte toujours une part de risques, cela se fait en général dans un environnement connu et réglementé. Or, le Brexit vient briser ce cadre. Mydibel réalise 10% de son chiffre d'affaires au Royaume-Uni. "Nous voulons pouvoir continuer à vendre nos produits correctement dans le monde, on a investi pour cela", conclut-il.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité