Le scénario chahuté d'un report du Brexit au-delà des élections

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Le président du Conseil européen plaide pour permettre aux Britanniques, s'ils le souhaitent, de reporter le Brexit au-delà des élections européennes. Une telle décision devrait être prise à l'unanimité. "Impensable", selon le ministre luxembourgeois des Finances. Charles Michel ne se prononce pas.

Reporter le Brexit au-delà du 29 mars est devenu inévitable si une sortie sans accord doit être évitée. Mais de combien de temps? Jeudi matin, le président du Conseil européen a plaidé pour que l'Union puisse octroyer un "long report" si Londres en faisait la demande. Une proposition qui promet d'être âprement discutée si Londres avançait vers ce scénario.

"Ce dont il y a besoin, ce n'est pas plus de temps, mais plus de clarté de la part du parlement britannique."
Charles Michel
Premier ministre

"J'appellerai à ce que les Vingt-Sept soient ouverts à une longue extension si le Royaume-Uni pense nécessaire de repenser sa stratégie sur le Brexit et construire un consensus autour d'elle", a écrit Donald Tusk sur le réseau Twitter. L'idée a été en vogue il y a quelque temps: on pourrait imaginer une prolongation longue, voire de remplacer la période de transition de deux ans prévue dans l’accord de retrait par une prolongation des négociations. Pour peu que le Royaume-Uni revoie ses lignes rouges, cela permettrait de préciser un accord plus ambitieux sur la future relation, et de désamorcer ainsi les crispations sur le backstop.

Dans un discours devant le Comité des Régions à Bucharest, le négociateur en chef de l'Union, Michel Barnier, n'a pas souhaité se prononcer sur une prolongation quelle qu'elle soit - "ce n'est pas ma responsabilité" -, mais a rappelé que  le projet de traité sur la table "est le seul possible et disponible", même s'il n'est "pas la fin de l'histoire".

"Impensable"

Pour Pierre Gramegna, ministre luxembourgeois des Finances, il est impensable de reporter le Brexit au-delà des élections européennes de mai. ©EPA

En tout état de cause, c'est aux Vingt-Sept qu'il appartiendra de décider s'ils acceptent une extension et, le cas échéant, la forme qu'elle pourrait prendre. L'unanimité en la matière est nécessaire. Or si les messages envoyés jusqu'à présent laissent peu de place au doute sur la possibilité d'un report, rien n'indique qu'une unanimité pourrait se dégager en faveur d'une prolongation de la période de négociations au-delà des élections. Il est "impensable" que le Royaume-Uni repousse son départ au-delà des Européennes, a ainsi déclaré le ministre luxembourgeois des Finances Pierre Gramegna, rapporte le "Luxembourg Times".

Rien d'aussi tranché côté belge: le Premier ministre a indiqué à la Chambre jeudi que la position du gouvernement sur ce point serait prise en concertation avec les partenaires européens. Tout en soulignant que "ce dont il y a besoin, ce n'est pas plus de temps, mais plus de clarté de la part du parlement britannique". Pour le Premier ministre, une prolongation est possible, mais n'a de sens "que si nous avons une motivation, un nouvel élément, une clarification de la part du Royaume-Uni".

Alors que le Conseil européen se réunit dans moins d'une semaine, rien de tel n'est en vue pour l'heure: les députés britanniques sont clairs sur ce dont ils ne veulent pas - l'accord conclu par Theresa May et un Brexit sans accord - pas sur ce qu'ils souhaitent.

Brexit

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Pour l'heure, la recherche d'un consensus à Westminster, que Donald Tusk appelle de ses voeux, n'est pas l'option défendue par la Première ministre Theresa May, qui espère faire passer son accord tel quel par sa majorité avant le 20 mars. Ce qui lui permettrait, estime-t-elle, de demander un report technique du Brexit jusqu'au 30 juin. Un bémol à son plan: si le scénario d'une extension de courte durée devait se réaliser, Londres devrait compter sur un mois de moins, à croire le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker: dans une lettre publiée lundi, il a indiqué que le retrait du Royaume-Uni devrait avoir lieu avant les élections européennes du 23 au 26 mai. Sans quoi, Londres serait légalement tenu d'organiser les élections européennes, comme chaque État membre.

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