analyse

Le temps presse pour Boris Johnson

Boris Johnson, Premier ministre britannique ©AFP

Le Premier ministre britannique espère faire voter lundi une nouvelle motion pour organiser le 15 octobre des élections qui, en cas de victoire, lui donneraient plus de chances pour faire passer le Brexit en force le 31 octobre. Il n’y parviendra pas sans les votes du Labour.

Dominic Cummings avait-il prévu pareil retour de boomerang? Le principal conseiller de Boris Johnson, partisan de méthodes fortes à la limite de la légalité pour faire passer un Brexit dur, doit en tout cas composer avec le pire des scénarios, trois jours seulement après la rentrée parlementaire.

Après avoir suivi à la lettre un plan machiavélique mais astucieux pendant ses six premières semaines à Downing Street, Boris Johnson a subi en une semaine ce que Theresa May n’avait pas subi en six mois, lors de la phase aiguë du Brexit. La démission de son frère cadet, Jo, de ses fonctions de secrétaire d’État et de député tory en dit long sur l’effondrement de la confiance autour du Premier ministre. Tenace, il dit toujours pouvoir obtenir un accord avec l’UE, sans filet de sécurité à la frontière irlandaise et affirme préférer "être mort dans un fossé" plutôt que demander une extension.

La Justice considère que la suspension du Parlement est légale 

La Haute Cour de Londres a rejeté la demande d'annuler la suspension du Parlement. Le Premier ministre Boris Johnson avait demandé de suspendre la Chambre des communes pour un mois à partir de la mi-septembre. 

L'ex-Premier ministre conservateur John Major, opposant au retrait de l'UE, s'est joint à cette action en justice intentée par la militante anti-Brexit Gina Miller. Cette dernière avait déjà gagné en 2017 une bataille judiciaire pour forcer le gouvernement, alors dirigé par Theresa May, à consulter le Parlement sur le processus de retrait.

Mercredi, une autre action en justice contre cette suspension, intentée par 75 parlementaires pro-européens, a été également rejetée par la plus haute instance civile d'Ecosse.


Un scrutin avant le 30 octobre?

Le gouvernement a perdu trois votes cruciaux, du jamais vu pour un nouveau Premier ministre. La loi sur le report du Brexit, qui sera validée ce vendredi soir par la Chambre des Lords, oblige Boris Johnson à demander à l’UE une extension de l’article 50 s’il ne conclut pas un accord sur le Brexit d’ici le Conseil européen, les 17-18 octobre. Quant au rejet de sa motion, il l’empêche d’organiser des élections générales anticipées le 15 octobre.

Si le Labour accepte une élection maintenant, il rendra un service historiquement mauvais au pays. Nous permettrions un Brexit et sauverions la peau de Boris Johnson.
Owen Smith
Député travailliste

La dernière option réaliste consiste à demander au Parlement de voter sur une seconde motion, sans doute lundi. Si son vœu est exaucé lundi, Boris Johnson pourra espérer remporter largement les élections à la mi-octobre et trouver une forme de légitimité face à l’UE et aux Communes pour faire passer en catastrophe un Brexit avec ou sans accord.

Encore faut-il que le Labour lui fasse ce cadeau. Après avoir réclamé depuis des mois des élections générales, Jeremy Corbyn est sous pression d’une part grandissante de ses députés pour ne pas accepter de déclencher un scrutin national avant le 31 octobre.

"Piège à éléphant"

L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair. ©Photo News

Plusieurs personnalités du parti l’ont publiquement interpellé sur le "piège à éléphant" – expression employée par l’ancien Premier ministre Tony Blair en début de semaine – que constitueraient des élections organisées aussi tôt.

L’influent député travailliste Owen Smith reflète un sentiment assez commun dans les rangs du parti de gauche: "Si le Labour accepte une élection maintenant, il rendra un service historiquement mauvais au pays. Nous permettrions un Brexit et sauverions la peau de Boris Johnson. Nous devons refuser toute élection avant le 31 octobre, avec un Brexit sans accord définitivement rejeté."

Stratégiquement, le Labour a intérêt à voir les électeurs eurosceptiques voter en faveur du parti du Brexit plutôt qu’en faveur du parti conservateur.

Nigel Farage sera clairement gagnant si Johnson en est réduit à quémander une extension à l’Union européenne fin octobre.

Selon les sondages actuels, le Labour compte une dizaine de points de retard sur le Parti conservateur, largement en tête, mais avec des intentions de vote nettement inférieures à celles du parti sous la présidence de Theresa May quelques jours avant les élections générales gagnées de justesse en 2017.

Quelle stratégie?

Le principal risque à moyen terme n’est donc plus le Brexit brutal, ni même le Brexit tout court, mais bien un chaos démocratique et une paralysie politique à Londres.

Même si l’UE laisse planer le doute sur son acceptation de la demande d’extension, les probabilités de la voir opter pour un no deal qui mettrait le feu à la frontière irlandaise et trahirait les souhaits du Premier ministre Leo Varadkar sont extrêmement réduites.

Le principal risque à moyen terme n’est donc plus le Brexit brutal, ni même le Brexit tout court, mais bien un chaos démocratique et une paralysie politique à Londres.

Reste à connaître le début du commencement de la stratégie de négociations des Britanniques. Mardi, dans l’étroite Chambre des communes, le principal intérêt des joutes consistait à observer Theresa May, silencieuse, sereine, droite et impassible, pendant que Boris Johnson, voûté et à bout de souffle, ne réussissait pas à répondre à cette question posée par un député de son propre camp: "Quelles sont vos solutions alternatives au filet de sécurité?"


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