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Un Brexit dur coûterait 42.000 emplois à la Belgique

le choc provoqué par le Brexit sera comparable à celui qui a suivi la fermeture d’Opel Anvers ©Lieven Van Assche

Pour la première fois, on connaît les secteurs qui seraient les plus touchés en cas de Brexit "dur": le textile et l'alimentation perdraient respectivement 4.500 et 3.440 postes. Au total, la Belgique verrait 42.000 emplois et 2,4% de croissance partir en fumée.

C’était un fait connu que l’Irlande, les Pays-Bas et la Belgique seraient les pays les plus touchés en cas de Brexit "dur". Mais aujourd’hui, on connaît avec précision les secteurs les plus concernés, y compris dans les autres pays européens. Hylke Vandenbussche (KULeuven) présente ce mercredi les résultats de son analyse à l’occasion d’une journée d’étude organisée par le gouvernement flamand au Résidence Palace à Bruxelles.

Comparable à Opel Anvers et Ford Genk

Une première conclusion, c’est que dans certains secteurs, le choc provoqué par le Brexit sera comparable à celui qui a suivi la fermeture d’Opel Anvers (3.800 emplois en janvier 2010) et de Ford Genk (4.300 emplois en 2012). Dans le secteur belge de l'alimentation et des boissons, il s’agit de 4.500 postes, soit un emploi sur 20. Dans l’industrie textile, d’un poste sur sept ou 3.440 au total. Dans les services administratifs, plus de 4.300 emplois devraient disparaître, tandis que les secteurs belges de la pétrochimie et de la pharmacie doivent s’attendre à perdre 1,3 milliard d’euros de valeur ajoutée.

Pour l’ensemble de la Belgique, un Brexit sans accord provoquerait la disparition de 42.000 emplois et coûterait 2,4% de croissance.

La comparaison entre le Brexit et la fermeture des usines automobiles est pertinente, étant donné que le gouvernement flamand a, lors de chaque fermeture, mis en place des mesures pour assurer la reconversion et l’accompagnement du personnel licencié. Et il insiste pour que la Commission européenne crée un fonds de transition pour soutenir les économies qui seront les plus touchées par le Brexit.

Si ce fonds est créé, les moyens dégagés ne devraient pas être alloués uniquement à l’Irlande, aux Pays-Bas et à la Belgique. L’étude de la KULeuven démontre également qu’il est simpliste de prétendre que seuls ces trois pays seront fortement touchés par le Brexit. Les éleveurs roumains en ressentiront eux aussi l’impact. Idem pour les constructeurs de machines hongrois et les constructeurs automobiles espagnols. En Pologne et en République tchèque, 7% des emplois du secteur électronique devraient disparaître en cas de sortie du Royaume-Uni sans accord. Dans les entreprises textiles italiennes et portugaises, il faut s’attendre à une réduction de 5% de l’emploi. Le secteur pharmaceutique allemand et les fabricants de boissons danois devront réduire leur personnel de 4%.

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Avec ou sans accord

Une troisième conclusion, c’est qu’un Brexit "dur" et un Brexit avec accord ne toucheront pas les secteurs de manière identique. Un Brexit "dur" signifie que le Royaume-Uni quittera l’Europe sans accord et qu’il se retrouvera ainsi sous le statut de pays "tiers" auquel s’appliquent les taux les plus élevés de l’Organisation mondiale du Commerce. En cas de Brexit avec accord, le Royaume-Uni continuera à appliquer les mêmes droits de douane, mais mènera ses propres contrôles sur les médicaments ou produits alimentaires et pourrait imposer d’autres réglementations techniques ou financières.

Pour les entreprises pharmaceutiques, ce dernier point représente en soi une nouvelle barrière importante. Dans ce secteur, 1% des emplois devraient disparaître en cas de Brexit avec accord, contre -3,7% pour un Brexit "dur". Dans le secteur des équipements et le domaine juridique, un Brexit "dur" frapperait 3,5 fois plus durement qu’un Brexit négocié. Dans les secteurs du textile et des boissons, la différence est beaucoup plus marquée: un Brexit "dur" provoquerait six fois plus de pertes.

Pour l’ensemble de la Belgique, un Brexit avec accord provoquerait la disparition de 10.000 emplois et une perte de 0,6% de croissance. En l’absence d’accord, les pertes d’emplois exploseraient à 42.000 et la croissance perdrait 2,4%.

©Mediafin


L’étude a également calculé l’impact d’un Brexit "dur" sur l’économie irlandaise. Dans l’industrie textile, un emploi sur quatre serait voué à disparaître, un emploi sur cinq dans le secteur des boissons et un emploi sur six dans le secteur agricole.

Dossier Brexit

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Cela fait aujourd’hui près de trois ans que les Britanniques ont décidé de sortir de l’Union européenne par référendum. Le Brexit a déjà coûté la carrière à deux Premiers ministres britanniques – David Cameron et Theresa May – et personne aujourd’hui à Londres ne dispose d’un mandat pour continuer à préparer la sortie. Le 23 juillet prochain, les conservateurs éliront un nouveau Premier ministre, avec comme favori l’ancien ministre des Affaires étrangères Boris Johnson. Lequel a déjà laissé entendre qu’il n’excluait pas un Brexit "dur" en octobre, mais est revenu mardi sur ses propos. Il a reconnu qu’il estimait important de conclure avec l’UE un accord qui permettrait d’éviter le retour des taxes douanières.


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