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Les 5 scénarios après la démission de Theresa May

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Tout est encore possible, surtout le pire.

Le changement de Premier ministre ne modifie en rien la réalité complexe du processus du Brexit, telle qu’elle apparaît depuis près de six mois: aucune solution de sortie de crise ne se dégage, mais tous les scénarios sont encore possibles. Les hypothèses du divorce à l’amiable, voire de la réconciliation, semblent toutefois remises à plus tard. Beaucoup plus tard…

Dossier Brexit

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D’ici le 31 octobre, date de la deadline fixée par l’UE pour la sortie britannique de l’UE, un accord semble très improbable et les tensions seront inévitables. Face à ce blocage, quelle seront les évolutions les plus logiques?

  • Brexit avec accord

Depuis l’accord de retrait conclu le 25 novembre, l’UE s’est montrée inflexible et n’a pas modifié une virgule. Les Brexiters durs sont les députés les plus viscéralement opposés à cet accord. L’intransigeance affichée par le président français Emmanuel Macron lors du dernier sommet de Bruxelles laisse peu d’espoirs à un compromis et à un effort, d’un côté comme de l’autre. Un meilleur accord que celui de Theresa May semble à ce jour utopique.

  • Second référendum

Toutes les options allant dans le sens d’une sortie douce de l’Union européenne ou d’une reconsultation du peuple ne seront pas possibles avant plusieurs années. Elles sont peut-être définitivement enterrées.

  • Elections générales 

Le futur Premier ministre héritera de la même courte majorité parlementaire que celle que Theresa May a constituée en 2017, et qui n’existe que grâce à 10 députés nord-irlandais incontrôlables. Déclencher de nouvelles élections générales – les troisièmes depuis 2015 – ne garantira absolument pas une victoire tory. Et une victoire du Labour, avec l’eurosceptique Jeremy Corbyn, ne rendra pas plus évidente la recherche de solution sur le Brexit.

  • Brexit sans accord

Bien que le Parlement ait voté une loi pour empêcher un no-deal le 29 mars, date originelle de la sortie britannique de l’UE, le futur Premier ministre aura la possibilité de passer outre le 31 octobre. À la différence de Theresa May, Boris Johnson assure que cette perspective ne l’effraie guère. Ce sera sa principale arme de négociation face à l’UE, s’il est désigné leader du parti tory fin juillet.

  • Temporisation/ pourrissement

Cette évolution était la plus probable et la moins dommageable lorsque Theresa May était encore au pouvoir et qu’elle avait affaire à des dirigeants européens (Merkel, Tusk, Juncker, Barnier) relativement maîtres de leurs émotions. Cette Europe du compromis et du flegme appartient peut-être définitivement au passé.

Boris Johnson, dans le sillon de Trump

L’ancien chef de la diplomatie britannique, partisan résolu du Brexit, est le grand favori pour succéder à Theresa May.

Coutumier des déclarations à l’emporte-pièce et de la politique à la hussarde, le grand favori à la succession de Theresa May sera partisan, par principe, d’une ligne dure dans les négociations. Lors de sa première conférence de presse après l’annonce de la démission de May, depuis la Suisse, Johnson a d’ailleurs confirmé que le Royaume-Uni allait quitter l’UE le 31 octobre. "Avec un accord ou sans accord." Le nouveau duel avec l’UE a déjà commencé…

Sa seule expérience gouvernementale a été aux affaires étrangères entre 2016 et 2018, durant la première phase du Brexit, et jusqu’au tournant de Chequers, où Theresa May a opté pour un accord de compromis avec l’Union européenne. Auparavant, Johnson avait été maire de Londres, un rôle de super-VRP taillé sur-mesure pour celui qui a su jouer de son image de bouffon sympathique, jusqu’à ce que son destin politique devienne sérieux.

Déjà, chacun de ses gestes et propos est scruté à la loupe. Son attitude entre le 3 et le 5 juin, pendant la visite d’Etat de Donald Trump, le sera particulièrement. Le mois dernier, l’organisation d’un dîner entre les deux hommes était à l’étude. Les deux parties hésitaient, soucieuses de ne pas humilier Theresa May, et à travers elle le gouvernement britannique. Leur poignée de mains publique pourrait finalement être l’occasion d’envoyer un message fort au monde occidental: les isolationnistes creusent l’écart.

L’occupant de la Maison-Blanche, qui a très souvent tweeté en faveur du Brexit, y compris pendant l’enlisement du processus, n’a pas fait mystère de ses faveurs à Boris Johnson, en affirmant bien avant la chute de May qu’il ferait "un grand Premier ministre".

De son côté, après avoir tenu dans un premier temps des propos très sévères vis-à-vis de Trump lorsque celui-ci n’était pas encore président des Etats-Unis, Boris Johnson a su tourner casaque à temps. L’ambassadeur américain à Londres a d’ailleurs assuré l’an dernier que "Boris Johnson est un ami du Président", et que les deux hommes entretiennent "une relation chaleureuse et étroite".

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