Les Belges et l'Europe, ou l'amour à la machine

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Seul un Belge sur quatre pense que l’Union européenne présente plus d’avantages que d’inconvénients. Le désamour s’est amorcé avec la crise et ne cesse de s’accentuer.

La Belgique et l’Europe, ce vieux couple qui a laissé son affection se ternir. Aujourd’hui les Belges sont nombreux à vouloir un référendum sur l’appartenance du royaume à l’Union et ils sont près d’un tiers (29%) à assurer que si ce scrutin avait lieu, ils voteraient pour un "Belxit". C’est plus qu’en Espagne ou en Pologne, révélait en mai un sondage Ipsos Public Affairs. Si la question leur est posée de manière moins radicale, les Belges expriment plus massivement encore leur rejet de l’Union. Selon des chiffres du bureau d’étude Elabe révélés par "L’Echo" en mars dernier, 38% d’entre eux estiment que la présence de la Belgique dans l’UE "a plus d’inconvénients que d’avantages". Passer notre amour à la machine…

29%
Selon un sondage, 42% des Belges veulent un référendum sur l’appartenance de la Belgique à l’Union. 29% voteraient pour une sortie de l’UE.

Pourtant, notre pays est un membre fondateur de l’Union. Qui y a occupé à plusieurs reprises des fonctions clés – de Paul-Henri Spaak à Herman van Rompuy. Qui accueille les institutions en sa capitale. Et dont l’économie ouverte est parmi celles qui tirent le mieux parti du marché unique. Mais comment ravoir à l’eau de javel les sentiments?

Le tournant N-VA

Le scepticisme des Belges ne s’exprime pas uniquement dans les sondages. La montée au gouvernement fédéral de la N-VA a tourné la page d’une Belgique inconditionnellement fédéraliste, systématiquement enthousiaste à l’égard de la construction européenne. À l’Europe, le parti séparatiste flamand s’est allié avec les Tories, dont le chef, un certain David Cameron, a longtemps entretenu le mystère sur la position qu’il allait adopter dans le débat sur le "Brexit".

La N-VA réfute l’étiquette eurosceptique, mais se positionne comme "euroréaliste". "Il ne faut pas des grands projets, il faut des projets concrets", résume Sander Loones. Le vice-président du parti, qui est député européen, est ravi de voir un Donald Tusk se dresser contre "l’utopie" d’une Europe intégrée. Et considère que l’Europe se mêle beaucoup trop de ce qui ne la regarde pas lorsqu’elle insiste pour que la Belgique supprime l’indexation automatique des salaires, par exemple.

Côté francophone aussi l’Europe irrite, même si les grands partis suivent traditionnellement une ligne fédéraliste. Le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) s’interroge ouvertement: "J’ai été le premier des fédéralistes européens, je suis en train de me demander si je ne serai pas le premier des eurosceptiques socialistes", lâchait-il le mois dernier. De la part d’un ancien professeur d’études européennes, cette déclaration, qui donne le change à un électorat tenté par l’extrême gauche, a de quoi marquer les esprits.

Du Nord au Sud

Il ne faut pas chercher loin les causes de ce désamour. "On observe que le niveau de confiance en l’UE baisse quand la croissance économique décline. Et aujourd’hui, les crispations sur les questions sociales, budgétaires, migratoires amplifient cette tendance", explique le politologue de l’Université libre de Bruxelles Pascal Delwit. De gauche à droite, chacun a des boulets rouges à tirer sur cette Europe si puissante, alors que la crise migratoire favorise le repli national, et que l’encéphalogramme plat de l’économie nourrit les tensions sociales.

L’euroscepticisme augmente partout en Belgique, mais pour des raisons différentes au nord et au sud, considère Hendrik Vos, professeur à l’Université de Gand: "En Wallonie, on reproche beaucoup à l’Europe d’être trop néolibérale, trop à droite. En Flandre, c’est exactement le contraire: on lui reproche d’être trop solidaire, trop à gauche."

L’opposition à la politique du gouvernement belge ne se traduit pas en rejet des institutions fédérales belges. Mais quand on parle de l’Europe, au contraire, "beaucoup de gens ne font pas de distinction entre la politique menée et les institutions", constate Hendrik Vos. Cela tient selon lui au manque de pédagogie sur le fonctionnement de la prise de décision européenne. "Plus fondamentalement, il y a un problème de structure", estime pour sa part Pascal Delwit: "Il est extrêmement complexe de comprendre le processus décisionnel européen, et cela rend le jugement rétrospectif impossible pour le citoyen."

La Belgique reste plus favorable à l’Union que beaucoup d’autres, mais le mouvement de défiance semble devoir durer. "On sent bien que se développe un questionnement sur l’essence et le sens de l’Union, et à politique inchangée, je ne vois pas ce qui va inverser la situation", conclut Pascal Delwit. Allez, à la machine?

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