analyse

Les députés britanniques ont dit 8 fois "NO"

Theresa May. ©EPA

La Chambre des communes a rejeté les huit options qui lui étaient proposées. Quant à la démission annoncée de Theresa May, elle ne semble pas vouée à débloquer la situation sur son accord de retrait, toujours rejeté par DUP.

Poussée à bout depuis des mois, et après avoir offert une résistance hors normes, Theresa May a finalement rendu les armes en annonçant au 1922 Committee qu’elle quitterait Downing Street en cas de vote favorable à son accord. La dimension sacrificielle de cette démission est relative, d’une part parce que la date n’est pas déterminée, ensuite parce qu’elle avait déjà annoncé qu’elle abandonnerait sa fonction avant les prochaines élections générales et enfin parce que les chances de succès de son accord restent encore réduites.

Il n’est même pas sûr qu’elle puisse le présenter une troisième fois, comme John Bercow l’a encore rappelé mercredi, en évoquant la nécessité de changements "substantiels".

Qui va succéder à May?

La curée est lancée au sein des Tories pour le leadership. Boris Johnson et Michael Gove sont favoris pour succéder à May, ce qui est ironique puisqu'ils avaient renoncé au dernier moment à Downing Street en juillet 2016, effrayés par l'ampleur de la tâche.

 

 

La démission programmée de Theresa May devrait convaincre une trentaine ou une quarantaine de conservateurs de voter pour son accord, mais 75 conversions sont nécessaires.

75 conservateurs ont rejeté cet accord la dernière fois, le 12 mars. Au moins 15 d’entre eux semblent décider à résister coûte que coûte à la discipline de parti, ce qui obligera May à faire de nouvelles concessions au DUP – peut-être sous la forme de nouvelles offrandes budgétaires à l’Irlande du Nord, comme après les élections générales de 2017. Un nouveau communiqué du DUP a toutefois confirmé mercredi soir le rejet de cet accord en raison de la "menace inacceptable" que fait peser le filet de sécurité à la frontière irlandaise.

Au bout du compte, à moins de voir une vingtaine de travaillistes se convertir miraculeusement au Brexit tel que le voit May, cet accord ne sera pas validé vendredi, jour potentiel du prochain vote. Comme elle a pris l’habitude de le faire ces derniers mois, Theresa May pourrait encore chercher à retarder l’échéance pour faire monter la pression sur les députés à l’approche du 12 avril, mais cette stratégie sera à double tranchant puisque d’autres options alternatives pourraient prendre corps parallèlement, à commencer par celle du second référendum.

Aucune option alternative n’a obtenu la majorité

Toutes les options alternatives présentées au vote ont été rejetées, ce qui n’est pas surprenant en raison du grand nombre de choix.

Les résultats de ces votes indicatifs, c’est-à-dire non contraignants pour le gouvernement, ont été les suivants :

→  Brexit sans accord, le 12 avril: 160 voix pour, 400 contre
→  Brexit sans accord " amorti " avec des accords commerciaux: 139 pour, 422 contre
→ Marché commun 2.0, c’est-à-dire intégration de l’Association européenne de libre-échange (avec la Norvège, le Liechtenstein, l’Islande et la Suisse) et maintien dans l’Espace économique européen. Maintien dans le marché unique et union douanière provisoire jusqu’à ce que des arrangements alternatifs soient trouvés: 188 pour, 283 contre
→  Marché commun 2.0, sans union douanière: 65 pour, 377 contre
→ Maintien dans l’union douanière: 264 pour, 272 contre
→ Maintien dans l’union douanière avec négociations d’accords commerciaux et alignement sur le marché unique et engagement de diverses négociations (programmes de finances, sécurité, etc…): 237 pour, 307 contre
→ Abrogation de l’article 50 et maintien dans l’Union européenne: 184 pour, 293 contre
→ Référendum de confirmation de tout accord de divorce: 268 pour, 295 contre

Huit rejets et quelques enseignements 

Bien qu’ils soient tous rejetés, ces résultats donnent quelques indications.

Les deux options qui ont failli être votées ont été le maintien dans l’union douanière, qui n’est pas prévu dans l’accord de May, et le référendum de confirmation de tout accord de divorce. Une cinquantaine de voix manqueraient pour obtenir une majorité sur ces deux points, soit approximativement le nombre de députés qui se sont abstenus.

Le Parlement devrait reprendre le contrôle lundi et de nouveau soumettre au vote ces options, ou d’autres options plus réalistes. Mais le rejet de ces huit pistes met Theresa May en position de force pour continuer de faire le forcing auprès des conservateurs récalcitrants et du DUP dans les jours à venir pour son accord fétiche.

Alors que le processus de votes indicatifs n’avait pas été utilisé depuis 2003, la grande leçon de cette journée historique n’est guère rassurante: le Parlement n’est décidément pas en mesure de réunir une majorité sur quoi que ce soit, en dehors du rejet du Brexit sans accord.

Le plus inquiétant est le caractère grotesque de certaines options proposées, après trois ans de réflexions et de débats.

L’enlisement se poursuit, et rien n’indique qu’il aura pris fin le 12 avril.

Ce jeudi sera consacré à la préparation du troisième vote sur l'accord de May, peut-être demain si elle veut laisser du temps aux autres options et éviter le pire à Bruxelles le 12 avril, peut-être la semaine prochaine si elle veut avoir le temps de convaincre les Tories récalcitrants et le DUP, peut-être jamais si Bercow lui oppose une fin de non-recevoir.

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