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Les députés se prononcent sur l'accord de May

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Sauf surprise, le Parlement britannique va rejeter une seconde fois les modalités du Brexit élaborées par la Première ministre depuis juillet 2016, et qu’elle a tenté d’améliorer jusqu’à la dernière heure.

Malgré les pressions des Brexiters de son parti, Theresa May a confirmé lundi que le vote sur l’accord aurait bien lieu ce mardi, avec ou sans geste ultime de l’Union européenne. Elle s’est rendue en soirée à Strasbourg pour une négociation de la dernière chance avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. L’enjeu était d’obtenir de l’attorney general Geoffrey Cox une révision de son avis juridique, précisant que le Royaume-Uni aurait bien la possibilité de lever le filet de sécurité à la frontière irlandaise. Le détail de la motion pour le vote de mardi devait être publié dans la foulée.

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Les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont réfléchi sur les futures négociations concernant la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Les dirigeants s'engageant à aller vite et à rester unis pour éviter que Londres n'arrache un accord trop favorable susceptible d'inspirer d'autres départs. Suivez toute l'actualité sur le Brexit dans notre dossier spécial >

L’UE n’a cédé que des miettes. Le négociateur en chef Michel Barnier a confirmé lundi à l’AFP que "désormais, les discussions, les négociations, sont entre le gouvernement à Londres et le Parlement à Londres".

Theresa May a besoin de 116 voix supplémentaires, en plus de celles déjà obtenues à la mi-janvier sur l’accord quasiment identique, et qui lui sont naturellement acquises. Quelques dizaines de députés pourraient changer d’avis pour mettre fin à ce cauchemar parlementaire qui dure depuis près de trois ans, et qui reviendra au point zéro si les trois votes potentiels de cette semaine le décident.

Mais l’affaire semble très compromise, puisqu’elle devrait pour cela compter sur ses 10 députés nord-irlandais, sur 60 à 70 Brexiters conservateurs modérés, sur une vingtaine de conservateurs qui ne croient plus à un second référendum ou qui craignent le vide, et sur 20 à 30 travaillistes favorables à la sortie de l’Union européenne, ou qui n’écoutent plus Jeremy Corbyn.

À la mi-janvier, les députés avaient rejeté l’accord avec une majorité de 200 voix car ils savaient qu’il restait encore du temps pour mettre la pression sur l’Union européenne. Le calendrier n’est plus le même et le timing est beaucoup plus serré. À seulement dix-sept jours du Brexit effectif, le gouvernement ne peut plus se permettre de manœuvres dilatoires.

Recherche éperdue d’alternatives

Pour les Tories, toute la difficulté est d’accepter un accord qui ne correspond pas à l’esprit du référendum de 2016… ou bien de perdre le contrôle sur le processus. Le ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt a lui-même averti des risques de voir le processus du Brexit "échapper" au gouvernement. C’est la raison pour laquelle des membres du parti tory veulent programmer des motions avec des voies alternatives, afin que Theresa May reste à l’initiative et ne subisse pas les pressions d’une chambre des Communes qui a déjà commencé à renverser la vapeur depuis la mi-janvier et son rejet historique de l’accord conclu le 25 novembre par Downing Street avec Bruxelles.

Au cours du week-end, les Brexiters tory ont fait pression pour repousser ce vote une nouvelle fois. L’idée était de revenir vers les négociateurs européens avec l’image d’un Parlement renforcé, autour de nouvelles propositions. Manœuvre de dernière minute vouée à l’échec, puisque Theresa May s’est solennellement engagée devant ce même Parlement à organiser un vote sur l’éventualité d’un Brexit sans accord, mercredi, puis sur un report du Brexit, soit dans la foulée, soit jeudi.

Reste à déterminer la suite des événements, si comme probable, un report est voté et que l’Union européenne accorde ce délai. À ce jour, les pistes de développement sont minimes, voire inexistantes. Le Parti travailliste ne compte pas demander l’organisation d’un second référendum dès cette semaine. Il est trop divisé pour être en mesure de réclamer et remporter des élections générales anticipées. Quant à Theresa May, elle a repoussé deux votes de défiance cet hiver et est donc en théorie en mesure de rester à Downing Street jusqu’en fin d’année minimum. Une éventuelle démission mettrait les Brexiters durs (Jacob Bees-Mogg et Boris Johnson) en position de force, mais pas au point d’avoir une majorité aux Communes, nécessaire pour faire passer un éventuel Brexit dur.

Plus personne ne semble croire à une autre issue que le report.

Les deux partis semblent s’accorder sur un report de trois mois, qui permettrait notamment d’éviter aux citoyens britanniques la mascarade d’élections européennes les forçant à élire des députés européens de très courte durée.

Plus personne ne semble croire à une autre issue que le report. Une chronique de David Davis, l’ancien ministre du Brexit, parue dans le Times ce lundi, a semblé signaler aux eurosceptiques que la joute était finie et qu’ils devaient se rallier à une position commune. Cette chronique était consacrée… à la protection des données personnelles face aux Gafa.

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