Les entreprises britanniques en Belgique ne veulent pas du "Brexit"

Glenn Vaughan, de la "British Chamber of Commerce in Belgium".

Les entreprises anglaises basées en Belgique redoutent la sortie de leur pays de l’Union européenne à l’issue du référendum du 23 juin prochain. Pour les hommes d’affaires, habitués au marché intérieur européen, cela signerait le retour de charges tarifaires et de lourdes formalités.

"Messieurs, l’Angleterre est une île, et je devrais m’arrêter là", disait le politologue André Siegfried en ouvrant son cours à la Sorbonne. L’expression résume bien la singularité du Royaume-Uni. Alors qu’une grande partie des insulaires sera tentée par les sirènes du divorce lors du référendum du 23 juin, les hommes d’affaires britanniques basés sur le continent refusent de voir leur pays larguer les amarres.

"Ils ignorent quel sera l’effet du Brexit sur leur pension ou les soins médicaux."

Presque toutes les entreprises anglaises installées en Belgique sont en faveur du "remain". "Il est clair que faire partie de l’Union européenne est essentiel pour le Royaume-Uni et inversement", dit Glenn Vaughan, CEO de la British Chamber of Commerce in Belgium, "97% de nos membres veulent rester dans l’Union. Il pensent que si le Royaume-Uni s’en va, cela affectera leur business".

L’association représente 250 entreprises actives en Belgique, dont le géant pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK). "Nous voyons beaucoup d’avantages à ce que le Royaume-Uni reste dans la grande famille européenne. Cela lui permet d’avoir accès à un bloc communautaire important et à un système régulatoire qui facilite l’accès au marché", dit Pascal Lizin, directeur des affaires gouvernementales de GSK. Avec un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros en Belgique, GSK est de loin le premier opérateur britannique du pays. Elle y investira plus de 850 millions d’euros cette année. Ses exportations représentent 12% de celles de la Wallonie.

"Les secteurs les plus intégrés, comme l'automobile et le ‘food and drink', vont souffrir du Brexit."
glenn Vaughan
CEO de la british chamber of commerce in belgium

Cambre, un bureau de consultants anglais basé à Bruxelles, n’apprécie pas le référendum. "Notre société doit être cotée en Bourse dans quelques semaines. En cas de Brexit, c’est clair, nous devrons aller ailleurs", dit Thomas Parker, le CEO de Cambre. "Le Brexit n’est pas une bonne chose du tout. Cela crée de l’incertitude, on en voit déjà l’impact négatif sur l’économie anglaise. Le Royaume-Uni gagne à être dans un marché intégré."

Hausse des charges, chute de la livre

La grande crainte des patrons britanniques est de voir le volume des affaires ralentir en raison de la complexité des règles qui s’imposeront si le Royaume-Uni quitte l’UE.

Les Britanniques employés en Belgique craignent un impact négatif du "Brexit" sur leur statut professionnel, qu’ils soient fonctionnaires dans les institutions européennes ou qu’ils travaillent pour une firme de leur pays.

Pour éviter de se retrouver "un peu plus étranger" au lendemain du référendum du 23 juin que lors de leur arrivée sur le sol belge, de plus en plus de sujets de Sa Gracieuse Majesté installés dans notre pays réclament la nationalité belge.

"Je connais des compatriotes qui ont lancé la procédure de naturalisation belge", confirme Glenn Vaughan, le patron de la British Chamber of Commerce in Belgium. "C’est parce qu’ils ne savent pas quel sera l’impact d’un Brexit sur leur vie. Ils ignorent quel sera l’effet sur leur pension, sur les soins médicaux. Ces gens ont de la famille en Belgique, des responsabilités. Les choses ont été rendues plus simples par le fait que le Royaume-Uni était membre de l’UE. Tout changement crée une incertitude".

L’observation est aussi valable pour les fonctionnaires européens. Ceux-ci ne risquent pas d’être licenciés en cas de "Brexit". Mais leur statut pourrait se fragiliser, ne fût-ce que pour obtenir des promotions internes.

"Nous assistons, ces derniers temps, à une recrudescence des demandes de naturalisation en Belgique", confirme une source européenne. "Leur motivation? Ils craignent, à tort ou a raison qu’une sortie de l’Union européenne mette en péril certains de leurs avantages".

Retour des tarifs douaniers, alourdissement des procédures d’exportation… Tout cela pourrait virer au cauchemar pour des entreprises anglaises s’approvisionnant dans plusieurs États.

"Les secteurs les plus intégrés, comme l’automobile et le ‘food and drink’, vont souffrir du Brexit", poursuit Glenn Vaughan. "Songez aux documents nécessaires à l’exportation. Aujourd’hui, un seul papier suffit pour envoyer un bien en Espagne. Avant que le Royaume-Uni ne soit dans l’UE, il en fallait plus de dix".

L’autre risque est lié à la chute de la livre sterling. "La plupart des entreprises se sont préparées à un recul de la livre. Ils ont conclu des arrangements avec les banquiers pour acheter à un taux forward", ajoute M. Vaughan.

Des mesures ont été prises pour parer aux effets du départ du Royaume-Uni. "Des mesures ont été mises en œuvre pour parer à toute éventualité. De telle sorte que nous ne craignons pas d’impact majeur d’un Brexit sur notre chiffre d’affaires", rassure Pascal Lizin. Mais ces préparatif coûtent du temps et de l’argent. Une charge dont ces firmes se seraient bien passées.

"Quoi qu’il arrive à la fin, nos entreprises vont le gérer", résume Glenn Vaughan. "Mais s’il y a un vote pour rester dans l’UE, il restera beaucoup de choses à faire, comme rendre le marché intérieur européen plus effectif et réaliser le digital single market".

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