Les musiciens britanniques pris au piège du Brexit

Liam Gallagher (Oasis) figure parmi les 110 signataires de la lettre des musiciens britanniques dans le Times. ©REUTERS

L’accord commercial conclu le mois dernier entre l'UE et le Royaume-Uni ne prévoit pas de liberté de circuler pour les artistes et leur personnel.

Le paradoxe est saisissant. Les deux industries britanniques les plus rayonnantes au niveau mondial – celle de la finance et celle de la musique – sont les deux grandes oubliées de l’accord commercial post-Brexit signé le mois dernier.

L’industrie musicale pèse vingt fois moins que la finance dans le PIB britannique, mais représente la quintessence de la culture du Royaume-Uni depuis l’après-guerre. Son rôle central dans l’organisation des concerts en Europe risque de souffrir des nouvelles restrictions de déplacements des artistes, de leur staff et du matériel des concerts.

L’Union européenne et le Royaume-Uni n’ont, en effet, pas réussi à s’entendre sur l’octroi de dérogations, permettant aux professionnels de l’industrie d’exercer leur métier librement dans les pays de l’Union européenne, sans visa ni permis de travail, après la pandémie.

Lettre ouverte

110 grands noms de l’industrie, parmi lesquels Elton John, Sting, les Sex Pistols, Bob Geldof, Brian May, Roger Taylor, Radiohead, Liam Gallagher, Joss Stone, Iron Maiden ou Simon Rattle, ont signé une lettre dans le Times dénonçant cette situation. On trouve également parmi les signataires le leader des Who, Roger Daltrey, un Brexiter.

"Tous ceux qui prennent part à des tournées musicales européennes auront maintenant besoin de permis de travail coûteux."
Lettre signée par 110 grands noms de la musique

Initiée par l’Incorporated Society of Musicians (ISM), cette lettre affirme que "les musiciens, danseurs, acteurs britanniques, ainsi que leur personnel, ont été honteusement oubliés par leur gouvernement." Elle regrette les engagements non tenus. "L’accord trouvé avec l’Union européenne présente un grand vide au niveau de la liberté de mouvement qui était promise. Tous ceux qui prennent part à des tournées musicales européennes auront maintenant besoin d'un permis de travail coûteux pour les nombreux pays qu’ils visiteront, avec une montagne de paperasserie pour leur équipement."

90
jours
La Belgique autorise les artistes de renommée internationale à rester 90 jours sans permis de travail.

Selon cette association, près de quatre musiciens sur cinq se produisent au moins une fois par an en Europe. La durée autorisée de séjour diffère selon les pays membres, mais ne dépasse pas 30 jours dans la moyenne basse. La Belgique autorise les artistes de renommée internationale à rester 90 jours sans permis de travail. L’Italie exige un permis de travail pour tout artiste renommé souhaitant se produire pendant un maximum de 90 jours.

Le Royaume-Uni et l’UE se rejettent la faute. En réponse à cette lettre, un porte-parole du Number 10 a affirmé que "le gouvernement britannique [avait] formulé une proposition, à partir des souhaits du secteur de la musique, qui auraient permis aux musiciens d’accomplir leurs tournées. Mais l’Union européenne l’a rejetée à plusieurs reprises."

La version européenne, rapportée par le Guardian, diverge sensiblement. Le Royaume-Uni aurait ainsi refusé une proposition de 90 jours de travail autorisés dans les pays membres de l’UE par période de 180 jours, valable pour tous les musiciens et les sportifs, ainsi que leur staff technique. Selon cette version, les Britanniques ont refusé toute négociation.

Passeport pour musiciens

Ces derniers affirment que la porte est ouverte pour de nouvelles discussions portant sur la simplification des conditions de déplacement, mais ne demanderont pas d’autorisation spéciale, telle que celle qu’a demandé la Musicians’ Union, à savoir un "passeport pour musiciens" d’une durée de deux ans, couvrant toutes les questions juridiques dans tous les pays membres.

"Les musiciens connaissent déjà des difficultés avec les systèmes de visas."
Musicians' Union

"Les musiciens connaissent déjà des difficultés avec les systèmes de visas", explique l’association dans sa pétition, qui a rassemblé 115.000 signatures. "Emmener un groupe aux États-Unis peut coûter des milliers de livres, et les tarifs peuvent monter de 15% avec un processus accéléré. Quelque chose de similaire pourrait se produire avec l’Union européenne, avec des effets dévastateurs."

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