Les négociateurs clés sur l'échiquier du Brexit

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Pendant deux ans, l’UE et le Royaume-Uni vont se livrer à une négociation sans pitié. Une partie d’échecs historique, dont l’enjeu touchera des millions de gens. Des dizaines d’acteurs, politiciens, diplomates et techniciens se retrouveront face à face pour régler le divorce. Au bout du chemin, une issue. Une vérité, inconnue aujourd’hui. Il y aura des surprises, des rebondissements, de la mise en scène. La transparence ne sera pas de mise, sinon pour écrire l’histoire. Chaque coup devra être joué avec finesse. Chaque camp se dira irréductible et gagnant. "La vérité n’est pas le contraire du mensonge", affirme le diplomate belge Francis Walder dans son roman "Saint-Germain ou la négociation". Voilà résumée toute la psychologie et l’ambiguïté du négociateur. Un personnage à découvrir si l’on veut comprendre la trame du Brexit lors des mois à venir. Dans ce jeu d’une stratégie inouïe, aux enjeux colossaux, huit négociateurs clés retiennent l’attention.

Michel Barnier ©EPA

Le Français Michel Barnier, chef négociateur de la Commission européenne, incarne la ligne dure du camp européen face au Royaume-Uni. Il en est la pièce maîtresse. Humble, empathique et d’une grande ouverture d’esprit, il cache une poigne de fer et un sang-froid indispensables pour diriger les négociations. Fédéraliste européen jusqu’au bout des ongles, deux fois commissaire, architecte de l’Union bancaire, ce gaulliste pur-sang ne fera pas de cadeau au Royaume-Uni. Spécialiste de la régulation bancaire et du marché intérieur, il sera indispensable pour contenir l’ambition des Britanniques qui est de mettre fin à la libre circulation tout en accédant au marché intérieur européen. M. Barnier négociera la facture du Brexit, entre 40 et 60 milliards d’euros, et fera tout pour que les négociations fassent passer l’envie à d’autres États de quitter l’Union.

Didier Seeuws ©BELGA

Le Belge Didier Seeuws a été choisi pour coordonner la "task force" du Conseil. Brillant diplomate, il fut chef de cabinet de l’ex-président du Conseil Herman Van Rompuy. Travailleur, créatif et anticipateur, il sera indispensable pour diriger l’armée de techniciens européens face au génie diplomatique britannique. Il vient de rédiger un document de dix pages fixant le cadre des négociations.

Guy Verhofstadt ©BELGA

Guy Verhofstadt, président des Libéraux, représente le Parlement européen dans les négociations. L’institution a peu de poids, une faiblesse compensée par l’instinct politique et les qualités de tribun de l’ancien Premier ministre belge. Imprévisible, passionné, il endossera le rôle de "dur" face au Royaume-Uni, où sa nomination a été vue comme une provocation. Il pourrait enflammer le jeu quand les Britanniques seront tentés de temporiser.

Michael Roth ©EPA

Michael Roth (SPD), le ministre d’État allemand aux Affaires européennes, sera la voix de Berlin. Il devrait se montrer plus souple avec le Royaume-Uni. Il travaillera sur la relation future de l’UE avec l’île.

Martin Selmayr ©AFP

Martin Selmayr, chef de cabinet du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. En authentique "Mazarin", il pèsera dans l’ombre sur la bataille grâce à un réseau très influent. Il voulait coordonner l’équipe de négociation du Conseil européen, mais le job est allé à Didier Seeuws. Qu’à cela ne tienne. Ce juriste allemand est un vrai bulldozer politique. Un habile communicateur qui officie dans les couloirs avec des journalistes triés sur le volet ou sur Twitter, quand il n’envoie pas son armée de porte-parole. Il sait rebattre les cartes et déstabiliser ses adversaires. Fédéraliste européen, il est partisan de la ligne dure contre les Britanniques. Son caractère bouillonnant pourrait réserver des surprises. Il veut aussi faire du Brexit une opportunité pour renforcer l’unité de l’UE.

Boris Johnson ©EPA

Boris Johnson, le ministre britannique des Affaires étrangères, surnommé "Boris le Bouffon". Imprévisible, excentrique, il était un des meneurs du camp du Brexit, mais son manque de capacité à rassembler lui a fait perdre son leadership chez les Tories après le référendum. Theresa May l’a désigné à la tête de la diplomatie britannique, à la surprise générale. La montée en puissance du Département à la Sortie de l’UE (le DfEEU) a relégué son équipe au second plan. Ses déclarations intempestives pourraient jeter de l’huile sur le feu des négociations. Il a récemment traité le président français François Hollande de "kapo nazi". Ancien journaliste auprès des institutions européennes dans les années 90, il était passé maître dans les fausses rumeurs à propos de l’UE.

David Davis ©REUTERS

David Davis, le secrétaire d’État à la sortie de l’Union européenne, incarne la ligne dure du Royaume-Uni. Il est la pièce maîtresse du camp britannique. Ce vétéran de la politique, à droite du parti conservateur de Tories, est un des plus anciens Eurosceptiques du pays. Durant le référendum, il s’est allié au clan pro-Brexit du leader d’extrême droite Nigel Farage. Il fera tout pour honorer la promesse du "Brexit dur" contenue dans le livre blanc de Theresa May. Pour cet ancien cadre dirigeant de Tate & Lyle, affecté lors de l’entrée du Royaume-Uni dans l’union douanière, le Brexit signifie que son pays va retrouver le contrôle de son commerce international. Ultralibéral, franc-tireur, pressé de quitter la "tyrannie" de Bruxelles, il est hostile à rétablir des relations avec l’UE sur le modèle norvégien ou suisse.

M. Davis a la réputation d’être un négociateur intraitable et compétent. Son point fort? Il sera épaulé par une des diplomaties les plus efficaces du monde. Sa faiblesse? Le clan britannique évolue en vase clos.

Oliver Robbins ©gov.uk

Oliver Robbins, le secrétaire permanent du Département à la Sortie de l’UE (DfEEU), est le fer de lance de la diplomatie britannique. Il est le vrai "Mr Brexit", selon certains observateurs. En tout cas, il est l’une des pièces maîtresses du camp britannique. Ce brillant négociateur fera office de "sherpa" des ministres britanniques. Son équipe a pris l’avantage sur celle de Boris Johnson. Il est proche de Theresa May et adopte une attitude dépassionnée à l’égard du Brexit, ce qui le rend audible auprès de l’UE.

Liam Fox ©AFP

Liam Fox, le secrétaire d’État au Commerce international, milite de longue date en faveur d’un rapprochement entre son pays et les Etats-Unis. Eurosceptique avant l’heure, il considère que le Brexit est la clé pour la prospérité du Royaume-Uni. Avant même le déclenchement du Brexit, il a commencé à négocier des accords bilatéraux avec 12 pays dans le monde.

©doc

Robin Walker, sous-secrétaire d’État, a fait campagne contre le Brexit. Il a été placé par Theresa May au DfEEU pour contrebalancer l’ardeur de David Davis.

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