Les négociateurs du Brexit accélèrent la cadence, en pleine crise de confiance

©REUTERS

Après un 3e round de négociations pour presque rien, les négociateurs ont décidé d’avancer d’une semaine leur prochain tour de table. Sans être venus à bout de leur crise de confiance.

Ce devait être la semaine de la "clarification" pour les négociateurs du Brexit. Elle aura été courte: deux jours, si l’on excepte une rencontre d’une heure lundi soir et une raouette jeudi matin. Et elle n’aura pas clarifié grand-chose, à entendre le chef de l’équipe européenne, Michel Barnier: "Nous n’avons enregistré aucun progrès décisif sur les sujets principaux." Les négociations semblent enfermées dans un nœud gordien.

Les progrès dont parle Barnier consistent à trouver avec Londres un terrain d’entente sur la manière de répondre à une poignée de questions: comment assurer la continuité des droits des citoyens, comment maintenir la stabilité en Irlande du Nord, ou comment calculer la facture du Brexit. En y répondant, les négociateurs auront bâti assez de confiance réciproque pour se lancer dans des questions fondamentales sur l’avenir de la relation entre l’Union et le Royaume…

"Avec une telle incertitude, comment pouvons-nous construire de la confiance et commencer à construire la future relation?"
Michel Barnier
Négociateur en chef de l’UE

Le powerpoint de l’échec

Si l’on progresse un peu sur les droits des citoyens et l’Irlande, Londres se cabre lorsqu’il s’agit de ses engagements financiers. En juillet, le Royaume-Uni avait reconnu avoir des obligations financières envers l’Union au-delà de 2019. Les négociateurs de la Commission attendaient donc cette semaine une analyse juridique sur les contours de ces obligations.

Ils ont eu droit à une présentation Powerpoint expliquant en détail… que Londres ne se sentait tenu par aucun paiement à l’Union après mars 2019! Oubliés, les prêts de long terme accordés à l’Ukraine, les accords de développement passés en Afrique ou dans le Pacifique, les programmes de soutien à l’innovation et aux infrastructures qui courent jusqu’en 2020? "Les Britanniques nous ont expliqué que c’était leur analyse juridique stricto sensu, dans le cas où il n’y aurait pas d’accord, explique une source au sein de l’équipe de négociation européenne. Mais ils ne sont toujours pas en capacité aujourd’hui de nous dire quelle est leur position dans un scénario coopératif. Cela limite notre capacité à comprendre quelle est leur offre…" On patine. "Avec une telle incertitude, comment pouvons-nous construire de la confiance et commencer à construire la future relation?", a demandé Michel Barnier, au cours d’une conférence de presse conjointe avec son interlocuteur britannique, David Davis.

Ce dernier rappelle sa ligne: "Les questions relatives à notre retrait et à la future relation sont inextricablement liées." Londres a décidé de raconter à l’opinion britannique que quoi qu’aient pu en dire les Vingt-Sept en fixant le mandat de négociation de Michel Barnier, tout doit pouvoir se négocier en même temps.

4e round dans trois semaines

Pour ne rien arranger, Whitehall prétend ne pas connaître les règles européennes et demande l’impossible. En réclamant par exemple que ses futurs standards et régulations sur les produits soient reconnus automatiquement par l’Union européenne. Une énormité qui force Michel Barnier à exprimer l’évidence: "On ne peut pas être hors du marché unique et façonner son ordre légal."

Signe supplémentaire du climat de défiance qui règne, le négociateur de l’Union s’en est pris aux tentatives britanniques de briser l’unité des Vingt-Sept. "Ceux qui chercheraient la moindre différence entre ce que fait l’équipe européenne de négociation et ce que veulent les 27 États membres perdraient leur temps."

Au rythme qu’ont pris les négociations, "nous sommes loin" de pouvoir espérer passer à la deuxième phase de discussions, estime le négociateur européen. L’espoir était jusqu’ici de sceller un accord pour le conseil européen d’octobre. Les négociateurs ont décidé d’accélérer la cadence: le 4e round de négociations est dans trois semaines (du 18 au 21 septembre), alors que le cycle de négociations prévoyait un "round" toutes les quatre semaines.

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