Les négociations post-Brexit vont s'intensifier

La réunion entre Européens et Britanniques s'est tenue par vidéoconférence. ©AFP

Boris Johnson et les Européens ont fait un point sur les négociations commerciales, qui n'ont guère avancé depuis le début du printemps. Un compromis est espéré fin juillet. Mais le "no deal" reste dans l'air.

À l'approche du quatrième anniversaire du référendum sur le Brexit, quelques expressions à la fois spontanées sur la forme et hautement stratégiques sur le fond viennent parfois rappeler aux négociateurs le devoir d'être vigilants, dans une partie de poker où aucune attitude n'est anodine.

En 2017, Theresa May avait marqué les esprits en affirmant, sans vraiment le penser, qu'"un non-accord vaut mieux qu'un mauvais accord".L'automne dernier, Boris Johnson avait imprudemment assuré qu'il préférerait "être mort dans un fossé plutôt que demander une extension".

Charles Michel s'est lui-même laissé aller à une petite phrase pleine de sens, ce lundi, à l'issue d'un meeting virtuel prévu de longue date aux côtés de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Parlement David Sassoli, face au Premier ministre britannique. "Ready to put a tiger in the tank but not to buy a pig in a poke. Level playing field is essential", a indiqué le président du conseil européen.

La traduction littérale est impossible, mais le message de l'UE a été reçu cinq sur cinq par les Britanniques: dans le cadre des futures relations commerciales, où les principes de saine concurrence devront être respectés, l'UE est prête à mettre un tigre dans le moteur, mais pas à acheter un chat dans un sac. Dit encore plus clairement, le Royaume-Uni ne pourra pas s'octroyer une liberté totale en matière de normes fiscales, sociales, environnementales ou sanitaires, tout en continuant de bénéficier du libre-échange avec les 27.

L'UE est prête à mettre un tigre dans le moteur, mais pas à acheter un chat dans un sac.

Contrôles douaniers

Rien de nouveau par rapport à ce que les deux parties se disent déjà depuis des mois. Mais une confirmation: l'UE ne fera guère de concession face au refus obstiné du Royaume-Uni de prolonger la période de transition au-delà du 31 décembre 2020 et d'être moins gourmand sur la pêche, l'industrie financière ou la Cour de justice. "Nous avons remporté une élection sur ces idées, notre manifeste était très clair", a affirmé Johnson après le meeting. "Je ne veux vraiment pas voir cela durer jusqu'à l'automne ou l'hiver, comme Bruxelles semble le souhaiter."

"Je ne veux vraiment pas voir cela durer jusqu'à l'automne ou l'hiver."
Boris Johnson
Premier ministre britannique

À l'image du communiqué, le ton de Johnson s'est voulu relativement conciliant, en affirmant que les positions ne sont "pas si éloignées que cela. Ce que nous avons dit aujourd'hui, c'est que le plus vite sera le mieux."

Les prochaines sessions de négociations commenceront le 29 juin et s'étaleront sur cinq semaines. Johnson insiste pour les conclure d'ici la fin juillet, alors que le négociateur en chef de l'UE Michel Barnier a fixé la limite à octobre.

Le renoncement britannique à appliquer des contrôles aux frontières sur certains produits dès le 1er janvier, annoncé la semaine dernière, ressemble à un premier pas en direction des Européens, même si la raison invoquée est l'impact du coronavirus sur les entreprises britanniques et la difficulté pour elles à être prêtes à temps. Les contrôles de tous les produits européens ne seront effectués qu'à partir de juillet 2021.

L'autre raison potentielle de ce report est l'inquiétude des entreprises nord-irlandaises, qui sont censées contrôler les produits venant du Royaume-Uni, en vertu du complexe accord de retrait conclu l'automne dernier. Problème: l'UE refuse pour l'instant de reporter le contrôle des biens britanniques à ses différentes frontières. Cette problématique risque de s'inviter dans les prochaines négociations, et les compliquer davantage. 

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