Les tories pour un Brexit coûte que coûte

Boris Johnson, candidat le plus souvent cité pour succéder à May. ©AFP

Cinq jours après l’annonce de la démission de Theresa May, le débat sur son bilan persiste, et ne sera pas tranché avant la fin du processus du Brexit. A-t-elle été l’un des pires Premiers ministres de l’histoire du Royaume-Uni, ou bien a-t-elle tout simplement échoué à remplir une mission impossible?

Les conservateurs, qui doivent élire un nouveau leader et Premier ministre d’ici fin juillet parmi une quinzaine de candidats, n’ont pas retrouvé miraculeusement la sérénité et la confiance, et se trouvent dans une situation plus périlleuse que jamais. Pire, peut-être, que si Theresa May était restée faire de la figuration à Downing Street jusqu’en 2022. Ils n’ont pas de temps à perdre, alors qu'elle pouvait se permettre de jouer le jeu de la temporisation et des reports à la faveur de ses relations en bonne intelligence avec les Vingt-Sept.

Le parti Brexit, invité surprise

Tout a beaucoup changé depuis le 11 avril, date du "sursis" accordé par l’UE jusqu’au 31 octobre. La percée éclair du parti du Brexit, créé cet hiver par le leader eurosceptique Nigel Farage, au scrutin européen n’était pas anticipée par la grande majorité des députés tory. Lorsqu’ils ont rejeté pour la troisième fois l’accord sur le Brexit négocié par May avec l’Union européenne (UE), en mars, ils n’imaginaient pas qu’un parti né sur les cendres d’Ukip remporterait le scrutin européen avec plus de voix encore qu’en 2014 (31,6%).

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L’émergence de ce parti les met face à leurs responsabilités: si le Royaume-Uni ne sort pas de l’UE le 31 octobre, les élections générales anticipées pourraient être inévitables. Et ce qui s’est passé jeudi dernier aux européennes – transfert massif des voix du parti tory vers le parti du Brexit –, pourrait se reproduire avec des effets beaucoup plus graves pour l’historique parti de droite. Le spectre d’une décomposition similaire à la droite française est réel. Lors de ce scrutin, le parti tory n’a obtenu que 9,1% de voix, à peine plus que Le Rassemblement, en France, qui est descendu à 8,5% des suffrages exprimés.

 

Le Parlement restera maître

Pour brutal qu’il ait pu paraître, le positionnement du favori à la course au leadership Boris Johnson – "sortir de l’UE le 31 octobre, avec ou sans accord" – est donc en phase avec les intérêts primaires du parti. En cas de non-Brexit, le vide laissé à droite sera béant.

Cette idée selon laquelle le Parlement fera table rase au moment du débat sur le Brexit est tout simplement inimaginable.
John Bercow
Speaker du Parlement britannique

Le pouvoir du prochain occupant de Downing Street sera dans tous les cas limité, et des élections générales pourraient être déclenchées avant même que des négociations avec l’UE aient repris. Le prochain Premier ministre devra en effet remporter le vote de confiance des Communes dans la foulée de son élection, un vote qui n’est absolument pas acquis avec une si courte majorité tory (elle repose sur dix députés nord-irlandais).

Crédibilité limitée à Bruxelles

La crédibilité du successeur de May par rapport à Bruxelles sera très relative puisque les Communes ont clairement voté contre le Brexit sans accord en début d’année. Le speaker John Bercow a par ailleurs confirmé hier que le parlement aurait encore son mot à dire si ce spectre du Brexit sans accord réapparaît. "Cette idée selon laquelle le Parlement fera table rase au moment du débat sur le Brexit est tout simplement inimaginable", a-t-il affirmé.

Les deux prochains mois seront déterminants, et tout est possible, y compris l’intervention officielle de la Reine si le nouveau Premier ministre n’obtient pas la confiance du Parlement.

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