Les Tories s’interrogent sur le plan de Boris Johnson

Boris Johnson et Shinzo Abe au sommet du G7 à Biarritz en 2019. Le Royaume-Uni et le Japon ont signé ce vendredi le premier accord de libre-échange post-Brexit. ©AFP

Pour certains conservateurs, la violation de l’accord de retrait fait partie de la stratégie de négociation du Premier ministre avec l’Union européenne. Mais beaucoup redoutent les dommages collatéraux sur la crédibilité du Royaume-Uni à l’échelle internationale.

L’officialisation d’un accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et le Japon, ce vendredi, ne pouvait pas arriver à un meilleur moment pour Boris Johnson. Ce premier accord commercial de l’après-Brexit intervient en effet au lendemain des propos cinglants de la présidente de la chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, en réaction au projet de loi britannique sur le marché intérieur. Celui-ci élimine certains engagements de l’accord de retrait avec l’UE et fragilise selon elle l’Accord du vendredi Saint en Irlande du Nord. "A quoi ont-ils pensé? Dans tous les cas, j’espère qu’ils n’imaginent pas qu’un accord commercial bilatéral entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis va compenser ce qu’ils vont perdre", a-t-elle déclaré sans filtre, dans une conférence de presse filmée.

Les doutes sur un futur accord commercial entre le Royaume-Uni et l’Union européenne – ainsi que, désormais, entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis –, sont beaucoup plus forts qu’en début de semaine. Tout en laissant la porte ouverte aux négociations commerciales, Michel Barnier a annoncé que les préparations pour un no deal allaient s’accélérer.

La gêne des Tories est manifeste. Il ne s’agit plus d’accomplir un Brexit, avec ou sans accord, comme entre 2017 et 2019, mais bien de savoir jusqu’où ils sont prêts à sacrifier certains principes ancestraux pour réussir leur sortie de l’Union européenne.

"Comment pouvons-nous reprocher à la Russie, la Chine ou l’Iran de se comporter en dehors des standards internationalement reconnus, alors que nous montrons aussi peu d’égards pour les obligations liées aux traités que nous avons signés ?"
Lord Howard
Leader du parti conservateur entre 2003 et 2005

Plusieurs figures majeures du parti, celles qui n’ont plus de portefeuille à perdre, ont fait entendre leur voix de façon véhémente. "Comment pouvons-nous reprocher à la Russie, la Chine ou l’Iran de se comporter en dehors des standards internationalement reconnus, alors que nous montrons aussi peu d’égards pour les obligations liées aux traités que nous avons signés?" a lancé Lord Howard, leader du parti conservateur entre 2003 et 2005. Un autre ancien leader du parti (1997-2001), et ancien ministre de la diplomatie, William Hague, a émis des inquiétudes. Tout comme les deux anciens Premiers ministres John Major et Theresa May. Même certains membres de l’European Research Group, cheval de Troie des Eurosceptiques pendant l’ère Theresa May, hésitent sur la marche à suivre.

Contre les valeurs de Margaret Thatcher

"Malgré la majorité de Johnson, les dissensions sont inhabituellement intenses, estime Meg Russell, directrice de la Constitution Unit de l’University College London. Cela n’est pas surprenant au regard du fait que, comme beaucoup l’ont récemment mentionné, la plus iconique des Premiers ministres Margaret Thatcher a constamment fait du respect de la loi le cœur des valeurs conservatrices."

Une trentaine de rebelles vont essayer de déposer un amendement pour obtenir un véto. Dans tous les cas, les chances de validation de la loi à la Chambre des Lords, dans un deuxième temps, seront nettement plus réduites.

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