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Les travaillistes remettent en cause les contrats zéro heure

Des manifestants dénoncent, devant les magasins Sportsdirect.com, les abus de contrats précaires, très fréquents dans la distribution. ©IMAGEGLOBE

Ed Miliband promet de limiter ce contrat qui n’en est pas vraiment un en cas de victoire travailliste aux élections générales.

1,8 million de personnes sont concernées par ces emplois très répandus dans la restauration et la distribution, où ils bénéficient des mêmes droits que les salariés classiques (congés payés, congés maladie, tickets repas, etc.) à la différence près que leur employeur n’est pas tenu de les faire travailler une heure de plus. D’un moment à l’autre, un travailleur peut ainsi perdre son emploi sans "parachute", même s’il occupe son poste depuis plusieurs années, ce qui est fréquent (58% sont employés depuis plus d’un an et travaillent plus de 23 heures par semaine en moyenne, selon l’Office for National Statistics, ONS).

Arguant de la baisse générale des salaires réels depuis 2007, le Labour promet d’obliger les employeurs à embaucher les salariés au bout de trois mois de "zero hour". Il s’était auparavant engagé sur un délai d’un an, mais les difficultés d’Ed Miliband à imposer ses visions économiques ont amené le parti de centre-gauche, soutenu par les syndicats, à accélérer.

Zero economy

Au Labour, on évoque volontiers l’expression "zero economy" pour décrire les conséquences de ces emplois sans filet. Le bilan du gouvernement sortant est clairement positif, mais la question de la solidité de cette reprise se pose de nouveau, avec des indicateurs d’activités inquiétants dans les services au premier trimestre, une spirale déflationniste qui guette et un recul spectaculaire de la productivité.

Un retournement de l’économie serait potentiellement catastrophique, puisque beaucoup de munitions ont déjà été utilisées par les deux gouvernements successifs (Brown 2007-2010 et Cameron 2010-2015) et par la banque centrale.

Le Labour n’est pas forcément le mieux placé pour remettre en cause ces contrats zero heure, après les révélations du "Daily Mail" selon lesquelles certains de ses parlementaires (notamment son shadow chancellor Ed Balls, qui pourrait diriger l’économie britannique en cas de victoire du centre-gauche) ont utilisé ce type de contrats dans leurs affaires personnelles.

Le principal organe de financement du parti, le syndicat Unite, a lui-même perdu de sa crédibilité en dénonçant ces contrats… tout en y ayant recours dans ses activités.

De son côté, le parti conservateur n’est pas prêt à remettre en question ce qui a été l’un des tickets gagnants de la reprise économique constatée depuis son arrivée au pouvoir en 2010, avec le LibDem (2,8% de croissance du PIB britannique en 2014, au premier rang des pays développés). Il s’engage simplement à interdire les contrats exclusifs, par lesquels des employeurs contraignent leurs salariés à ne pas chercher de travail ailleurs dès lors qu’ils acceptent ne serait-ce qu’une heure de travail chez eux…

Précarité ou flexibilité?

Interrogé à ce sujet dans une interview télévisée très suivie avec Jeremy Paxman, le Premier ministre David Cameron a simplement reconnu qu’il ne pourrait pas vivre personnellement avec un contrat zéro heure. Il martèle l’idéal du zéro chômage, à tout le moins du plein-emploi, dont l’économie britannique se rapproche au fil des mois (5,7% de chômeurs en mars).

"Les contrats zéro heure peuvent bien fonctionner dans le cadre des études."
Toni Pearce
Président de la National Union of Students

Dans un pays qui compte par ailleurs 4 millions d’auto-entrepreneurs, un niveau inégalé, cette précarité est surtout considérée à droite comme de la flexibilité, un atout à la fois pour les travailleurs souhaitant être indépendants et libres de s’organiser comme ils le souhaitent, et pour les entreprises. Les principaux concernés, les jeunes, souvent des étudiants, sont plutôt favorables à ces contrats, surtout dans un contexte général de forte augmentation des droits universitaires et des loyers dans les grandes villes. "Les contrats zéro heure peuvent bien fonctionner dans le cadre des études, mais les jeunes doivent pouvoir travailler de façon flexible tout en étant protégés de l’exploitation par leurs employeurs", a indiqué Toni Pearce, président de la National Union of Students.

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