Les unionistes irlandais poursuivent leur logique de blocage

Arlene Foster, leader du DUP ©BELGAIMAGE

Le parti unioniste démocrate nord-irlandais (DUP) a indiqué qu’il ne signerait pas le deal conclu par Downing Street avec l’Union européenne, samedi, lors du vote au Parlement.

Dix députés peuvent-ils influer sur le cours d’un Parlement constitué de 650 représentants du peuple? Oui, si l’on analyse froidement les rapports de force aux Communes, où Boris Johnson ne dispose plus de majorité depuis le mois dernier. Quelques dizaines de conservateurs durs, surnommés "les spartiates", sont en outre, très sensibles à la cause unioniste, et sont prêts à voter avec le cœur plutôt qu’avec la raison. Le Democratic Unionist Party (DUP) avait déjà entraîné beaucoup de Brexiters durs avec lui l’hiver dernier, en rejetant le backstop de l’accord conclu par Theresa May.

Conséquence fatale

Arithmétiquement, la persistance du blocage du DUP peut donc avoir une conséquence fatale pour l’accord de Johnson et de l’UE. Cela pourrait se jouer à deux ou trois voix. Par exemple, une petite vingtaine de travaillistes devraient voter pour cet accord, contre la ligne de leur parti. Au regard des positions actuelles, Il suffit qu’il y en ait quinze pour que les chances de vote favorable soient nettement réduites. Seuls cinq travaillistes avaient voté pour l’accord de Theresa May l’hiver dernier.

"Ces propositions ne contribuent pas, selon nous, au bien-être économique de l’Irlande du Nord et elles nuisent à l’intégrité du Royaume-Uni."
DUP

Ce blocage ultime est complètement logique au regard d’un certain nombre d’éléments. Dans son communiqué, le DUP a justifié ainsi sa décision de ne pas voter pour l’accord: "Nous avons constamment indiqué que nous ne soutiendrions que des arrangements qui correspondraient aux intérêts économiques et constitutionnels de long terme, et qui protégeraient l’intégrité du Royaume-Uni. Ces propositions ne contribuent pas, selon nous, au bien-être économique de l’Irlande du Nord et elles nuisent à l’intégrité du Royaume-Uni."

Une analyse de la situation guère contestable, surtout à la lumière des propos de la précédente Première ministre Theresa May , en mars 2018, qui indiquait qu’"aucun Premier ministre ne (pourrait) jamais accepter de nuire au marché commun britannique et à son intégrité constitutionnelle en créant une frontière réglementaire et douanière en mer d’Irlande". Derrière un grossier maquillage juridique, les concessions de Johnson séparent de fait l’Irlande du Nord du Royaume-Uni et le font sortir du giron de Londres pour le rapprocher de celui de Dublin.

L’Irlande du Nord serait également forcée de respecter les réglementations et normes européennes pour au moins quatre ans après la période de transition, avec une mécanisme de consentement qui ne se fera pas à l’avantage du DUP. Ce mécanisme prévoit que l’Assemblée irlandaise décide elle-même du type de vote – soit à la majorité simple de chaque parti unioniste et nationaliste, soit à la majorité double de 60% pour chaque communauté représentant au moins 40% du total pour chaque parti unioniste et nationaliste.

Affaiblissement chronique

Le parti dirigé par Arlene Foster est déjà sujet à un affaiblissement chronique. Il n’a pas remporté les élections nord-irlandaises de 2017 avec une majorité, une première. Le risque d’être mis en minorité face au Sinn Féin (qui est en faveur de l’unification irlandaise et pro-européen) est réel, voire inévitable. La façon assez cavalière avec laquelle Johnson a négocié avec le Premier ministre irlandais Leo Varadkar, puis les négociateurs européens, puis en dernier lieu avec le DUP (sans succès), a également été mal vécue par les Nord-Irlandais.

Dossier Brexit

Comment s'y retrouver dans l'imbroglio du Brexit? Toutes les infos et analyses dans notre dossier spécial >

Le numéro 2 du DUP, Nigel Dodds, a affirmé ce jeudi soir que Boris Johnson "a trop voulu obtenir un accord à n’importe quel prix". Dodds considère également que la question du consentement prévue dans l’accord constitue "une réécriture majeure de l’accord de Belfast" de 1998. Le fait que l’assemblée nord-irlandaise soient suspendue depuis 2017, et qu’il n’y ait plus de gouvernement actif depuis cette date, en dit long sur les difficultés à s’entendre entre nationalistes et unionistes, sur des questions basiques de gouvernance. Ce deuxième accord conclu entre Downing Street et l’Union européenne va les forcer à trouver des compromis sur des questions beaucoup plus complexes.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité