Les Vingt-Sept reportent le Brexit au 31 octobre

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Les Vingt-Sept ont accordé au Royaume-Uni un nouveau report de la date du Brexit au 31 octobre avec une étape intermédiaire en juin, alors que celui-ci était prévu pour le vendredi 12 avril. Par conséquent, les Britanniques participeront aux élections européennes.

Les dirigeants de l'Union européenne, réunis à Bruxelles lors d'un sommet extraordinaire sur le Brexit, ont proposé dans la nuit de mercredi à jeudi, peu avant minuit, de reporter le Brexit au 31 octobre. Vers 02 h, la Première ministre britannique Theresa May apportait - sans surprise - son accord. Il est également prévu de faire le point en juin, lors d'une étape intermédiaire.

"Pendant trois heures, nous avons élaboré une position commune entre les Etats européens", a confié la chancelière allemande Angela Merkel après le sommet, "ce fut une soirée intense, qui démontre l'unité des Européens".

La date du 31 octobre est un compromis entre la position de l'Allemagne, qui préconisait un report d'un an, et celle de la France, qui souhaitait un report le plus court possible. 

Le sommet extraordinaire a débuté vers 19 heures. Theresa May était venue demander un report du Brexit au 30 juin, mais la période a semblé trop courte pour la majorité d'états européens. Les élections européennes approchant, pas question d'encombrer le fonctionnement démocratique de l'Union et le renouvellement du Parlement par l'imminence d'un Brexit. Le Brexit est désormais fixé au 31 octobre, avec un point d'étape prévu en juin.

Dans cette date, "il y a une dimension de compromis entre une période longue et une courte", explique le Premier ministre belge Charles Michel, mais "il y a aussi un lien avec la question de la formation des institutions" après les élections. 

Un sommet intense

"Les Vingt-Sept ont écouté Theresa May durant une heure, puis la Première ministre britannique les a quittés", dit une source européenne. Ils sont ensuite passés au dîner pour délibérer sur les demandes de Mme May. Au menu, du dos de cabillaud et un parfait glacé en dessert. Les débats furent sereins. 

Lors du précédent sommet européen, le 21 mars dernier, les dirigeants européens avaient accepté un report du Brexit du 29 mars au 12 avril, afin de laisser le temps au Parlement britannique de se prononcer sur l'accord de sortie et éviter un Brexit dur. Entre-temps, les députés britanniques sont restés sans direction. La majorité comme l'opposition étant divisées sur le Brexit. Theresa May n'est parvenue ni à rassembler les siens ni à s'accorder avec le leader de l'opposition Jeremy Corbyn (Labour).

Mercredi soir, les Vingt-Sept étaient d'emblée tous d'accord pour octroyer un report au Royaume-Uni. Par contre, des divergences sont apparues sur la durée de la nouvelle période. Sur cette question, le camp des durs, composé de la France, de la Belgique et du Luxembourg, préconisait une courte période avant le Brexit. Un camp plus modéré, mené par l'Allemagne, proposait une période plus longue. La Chancelière allemande Angela Merkel s'était exprimée en faveur d'un report de "plusieurs mois".

Le sommet de ce soir ne sera pas court.
une source européenne

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, avait proposé avant le sommet un délai d'un an maximum, afin que les Britanniques puissent clarifier leur position et prendre une décision. Il y a "peu de raisons de croire que le processus de ratification pourra être achevé d'ici à la fin juin", avait écrit Donald Tusk dans la lettre d'invitation au Conseil européen. Au final, les dirigeants européens ont coupé la poire en deux, en reportant le Brexit de six mois.

Macron hausse le ton

Un report au-delà du 30 juin pourrait "mettre en danger l'Union européenne".
Emmanuel Macron
Président de la république française

Le président français Emmanuel Macron a maintenu la pression pour que ce report soit le plus court possible.

"Pour moi, rien n'est acquis, et en particulier quand j'entends les rumeurs, aucune extension longue", a-t-il dit à son arrivée. Alors que le sommet était bien entamé, le président français a affirmé qu'un report au-delà du 30 juin pourrait "mettre en danger l'Union européenne". Un diplomate européen s'agaçait de cette opposition estimant que "le président Macron se livre à un show" et que la France ne peut s'offrir le luxe de "précipiter à elle seule un Brexit dur"

La stratégie d'Emmanuel Macron était d'obtenir le plus de garanties possibles de la part du Royaume-Uni. "L'orientation va plutôt vers une extension longue (...) même si on n'est pas encore à fixer de date", avait expliqué un diplomate européen mercredi matin, "mais une chose est certaine, plus le délai accordé sera long, plus les conditions fixées au Royaume-Uni seront strictes".

"Pendant la période d'extension, le Royaume-Uni restera membre de l'Union européenne. Il faudra qu'il donne des garanties. Les 27 devront avoir la possibilité de continuer à se réunir, de même que Londres devra s'engager politiquement à ne pas mettre de veto aux décisions européennes", précise ce diplomate, "il faudra un engagement clair, pas question d'altérer le fonctionnement de l'Union".

Le Brexit étant reporté au-delà du 22 mai, le Royaume-Uni participera aux élections européennes. Les dirigeants européens devront régler plusieurs questions, comme le sort du prochain commissaire britannique. "Il pourrait être nommé et ne pas siéger, ou il pourrait ne pas être nommé", explique cette source.

Merkel et May détendues

©AFP

L'atmosphère du sommet fut, en tout cas, détendue. La Chancelière allemande Angela Merkel est apparue souriante aux côtés Theresa May, toutes deux habillées d'un tailleur de la même couleur et blaguant avec l'iPad de la Chancelière. 

"S'il vous plait, ne perdez pas votre temps", a conclu le président du Conseil Donald Tusk à l'adresse des Britanniques.

"Nous aurons un Brexit avec un accord. J'aurais préféré pas d'accord sans Brexit", a ironisé le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Lors d'un "mini-sommet" réuni mercredi après-midi à l'invitation de la Belgique, les états européens voisins du Royaume-Uni se sont entretenus sur les conséquences du Brexit sur les opérations de contrôles frontalières, les questions de pêches, les contrôles phytosanitaires, l'agence des médicaments.

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"Dommage que l'Union européenne soit si dure pour le Royaume-Uni et pour le Brexit" a tweeté le président américain. Il a ensuite tourné son attention sur le conflit commercial en cours entre Washington et l'Europe en disant: "L'UE est également un partenaire commercial brutal avec les Etats-Unis, ce qui va changer".

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