Londres n'envisage pas le no-deal

Boris Johnson a totalement abandonné la stratégie agressive qui était la sienne depuis son arrivée à Downing Street, à l’été 2019. ©REUTERS

Même si les négociations commerciales post-Brexit continuent de buter sur les quotas de pêche, Boris Johnson a radicalement changé de ton depuis quelques semaines et n’envisage absolument pas une sortie sans accord après le 31 décembre.

"Les discussions sont terminées." Cette déclaration de Downing Street remonte au 17 octobre dernier, date qui coïncidait avec le sommet européen et qui était alors considérée comme la toute dernière avant de préparer les deux blocs à la fin de la période de transition, le 31 décembre.

Les risques économiques de long terme, que la Banque d’Angleterre juge plus importants que ceux liés au Covid, sont mis sous le tapis.

Six semaines plus tard, beaucoup de choses ont changé, avec la défaite de Donald Trump, un second confinement, la découverte de plusieurs vaccins, et le départ de la tête pensante des Brexiters Dominic Cummings. Boris Johnson a totalement abandonné la stratégie agressive qui était la sienne depuis son arrivée à Downing Street, à l’été 2019. Le mot Brexit n’est quasiment plus évoqué. Le spectre du no-deal ne figurait même pas dans le discours de pré-budget de Rishi Sunak, et les risques économiques de long terme, que la Banque d’Angleterre juge plus importants que ceux liés au Covid, sont mis sous le tapis. Le no deal est devenu un non-problème. Même un no deal par accident ne semble effrayer personne à Downing Street. Mais au final, l'accord n'est toujours pas conclu.

Les trois points de blocages sur l’accord commercial post-Brexit – pêche, concurrence équitable et gouvernance – sont les mêmes, et les discussions se poursuivent languissamment. Johnson s’est contenté d’affirmer vendredi que des différences substantielles demeuraient entre les deux camps, alors que Michel Barnier venait d’arriver à Londres pour ce qui devrait être un long week-end de duel psychologique.

Vers une extension de la période de transition

Les quotas de pêche dans les eaux britanniques conditionnent tout le reste. Mais personne n’est vraiment dupe de la valeur essentiellement symbolique de ce point d’achoppement.

Les quotas de pêche dans les eaux britanniques conditionnent tout le reste.

Il y a quelques jours, l’ancien Premier ministre travailliste Tony Blair a mis en évidence le caractère insensé de ce blocage: "Nous avons passé plusieurs mois à placer tous nos efforts de négociations sur la protection de l'industrie halieutique, en négligeant presque totalement la protection des services financiers. La première représente environ 0,2% du PIB, et la seconde une part énorme de notre économie. Je ne dis pas que nous ne devons pas protéger l’industrie de la pêche, au contraire. Mais à un moment, la Grande-Bretagne doit revenir dans le monde réel."

"Mais à un moment, la Grande-Bretagne doit revenir dans le monde réel."
Tony Blair
Ancien premier ministre britannique

La solution potentielle est de s’accorder sur un délai avant la possible renégociation de l'accord sur la pêche. Le Royaume-Uni le souhaite à moyen terme (4 ans), l'Union européenne à plus long terme (10 ans).

Dans tous les cas, même avec un accord, une extension de la période de transition au-delà du 31 décembre semble inévitable, au moins pour l’Irlande du Nord. Pour l’accord de retrait, les précédentes dates butoirs (29 mars 2019, puis 12 avril 2019, puis 31 octobre 2019) n'avaient pas été respectées. À chaque fois, le report avait été formalisé les jours précédents.

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