Londres s'obstine à demander l'impossible à Michel Barnier

Le ministre britannique David Davis (à gauche) lors de son point presse avec Michel Barnier, le négociateur en chef de l'UE. ©AFP

Le 4e round de négociations sur le Brexit démarre sur un os. Londres veut parler de la facture du Brexit en même temps que d’une période de transition. Impossible, selon le mandat du négociateur européen…

C’est l’histoire d’un clou. Londres a beau taper dessus avec constance, il ne s’enfonce pas. Et pour cause: la planche qu’il pointe est d’acier… Le clou, c’est une idée simple, répétée à l’envi par le ministre britannique en charge du Brexit, David Davis: on négocie la facture de sortie de l’Union en même temps que l’avenir de la relation entre le Royaume-Uni et l’UE.

Mais la planche est d’acier car cette demande est impossible à satisfaire dans le cadre du mandat des négociateurs européens.

"Un accord sur [la facture] ne peut être réalisé que dans le contexte et en accord avec un nouveau partenariat spécial avec l’Union européenne."
David Davis
Ministre britannique en charge du Brexit

Lors d’un point presse d’ouverture du 4e round de négociations lundi soir, David Davis a indiqué ne pas vouloir "inquiéter" les Européens sur le fait que Londres entend respecter ses engagements financiers. "Mais, a-t-il immédiatement ajouté, il est évident qu’atteindre un accord sur cette question ne peut être réalisé que dans le contexte et en accord avec un nouveau partenariat spécial avec l’Union européenne."

Debout à ses côtés, le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, venait de dire – ou plutôt de répéter pour la énième fois – l’exact inverse. "Nous ne mélangerons pas la discussion sur les dettes et les engagements du passé avec une discussion sur la future relation." Il ne peut dire autre chose, et David Davis le sait très bien, puisque c’est un des principes de base du mandat qui lui a été confié par les Vingt-Sept chefs d’État et de gouvernement. Des progrès suffisants doivent être accomplis sur les questions de base du divorce (citoyenneté, facture, Irlande du Nord) avant d’entrer dans une deuxième phase de négociations portant sur l’avenir de la relation.

Mais Londres continue de taper sur son clou. En espérant – qui sait? – que les Vingt-Sept échangeront la planche d’acier contre une planche de bois tendre…

Vers un soft Brexit

Ce 4e round de négociation démarre donc plutôt mal, comme le précédent. La grande nouveauté cette fois tient essentiellement au fait que Londres a apporté une clarification déterminante sur sa position sur l’après-Brexit. Et même si la contribution est hors sujet du point de vue des Vingt-Sept, elle est écoutée avec attention. À Florence, la Première ministre britannique s’est fendue vendredi de quelques concessions aux tenants du "soft Brexit". Dans un discours trempé dans le champ lexical de la renaissance, elle a annoncé vouloir une période de transition de "deux ans environ" après le Brexit. Tout en précisant que Londres continuerait à contribuer au budget de l’Union pendant cette période.

Michel Barnier parle d’un "élément nouveau et fort", même s’il souligne encore et toujours que ce point n’est "pas pour l’instant dans son mandat".

Les vingt-sept chefs d’État et de gouvernement de l’Union ont déjà balisé ce scénario dans leurs "guidelines": la période de transition ne sera accordée que si l’Union considère que c’est dans son intérêt, et elle devra respecter le cadre juridique et financier du marché intérieur. En d’autres termes: si transition il y a, Londres devra continuer d’alimenter le budget de l’UE et d’accepter la libre circulation des personnes, notamment.

Pour le reste, Barnier attend que "l’état d’esprit constructif" de Theresa May se traduise en positions de négociation.

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