Londres se dit prête à livrer bataille pour la compétitivité

Le ministre britannique de l'Economie Philip Hammond ©EPA

Retrait du marché unique, de l'union douanière européenne et de la Cour européenne de justice : d'après les médias britanniques, la Première ministre Theresa May présentera mardi ses plans pour le divorce avec l'Europe, dont la procédure devrait démarrer en mars. De son côté, le ministre de l'Economie fait planer la possibilité d'une "changement de modèle économique", menaçant à demi-mot l'UE de recourir au dumping fiscal.

Theresa May entend lancer la procédure de divorce d'avec l'UE d'ici fin mars, en activant l'article 50 du Traité de Lisbonne, ce qui déclenchera un processus de négociations de deux ans. Mais elle devra compter sur la décision de la Cour suprême qui doit se prononcer sur la nécessité ou non de consulter le parlement avant. Sa décision est attendue d'ici la fin du mois de janvier.

Depuis des mois, Theresa May est pressée de révéler sa stratégie sur les négociations qui définiront la relation future entre le Royaume-Uni et l'Union européenne.

Dans son discours de mardi, elle appellera le Royaume-Uni à s'unir et soutenir le Brexit, plaidant pour la fin des "insultes" et de la rancoeur entre les pro- et anti-Brexit, ont indiqué ses services de Downing Street.

Un "Brexit dur"

Mais selon les journaux britanniques, elle posera les jalons d'un "Brexit dur" - retrait du marché unique, de l'union douanière européenne et de la Cour européenne de justice, dans le but de reprendre le contrôle de l'immigration européenne.

Citant ces trois points, le Sunday Times écrit ainsi que Mme May annoncera vouloir un "Brexit dur et dans les règles".

The Sun titre sur "La triple onde de choc de May sur le Brexit", indiquant que la Première ministre va "montrer qu'elle est sérieuse en annonçant une sortie en trois coups de l'UE".

Le Sunday Telegraph cite une source gouvernementale qui affirme que "les gens sauront que quand elle a dit +Le Brexit signifie le Brexit+, elle le pensait vraiment".

Downing Street s'est contenté de dire que le discours appelera le pays à "mettre de côté les vieilles divisions et s'unir pour faire du Brexit un succès".

Contrôle de l'immigration européenne

Alors que le référendum de juin sur le Brexit avait laissé le pays divisé (les pro-Brexit ont gagné à 52% seulement), la plupart des Britanniques partagent la vision d'un Royaume-Uni "sûr, prospère, tourné vers l'extérieur et tolérant", affirme Downing Street.

"En présentant le plan du gouvernement pour les négociations du Brexit, la Première ministre soulignera l'importance de bâtir sur des buts communs - comme la protection et l'amélioration des droits des travailleurs - et de se concentrer sur une vision positive de la Grande-Bretagne hors de l'UE".

May n'a pas dévoilé grand-chose jusqu'ici sur sa stratégie pour les négociations, mais a déjà laissé clairement entendre qu'elle donnerait la priorité au contrôle de l'immigration européenne - un des thèmes majeurs lors du débat sur le référendum - sur l'accès au marché commun européen, alors que ses partenaires européens lui ont clairement signifié qu'elle ne pourrait pas avoir l'un et l'autre.

La Première ministre, partisane timorée du maintien dans l'UE durant la campagne du référendum, devrait appeler toutes les parties à respecter le résultat du scrutin.

Quel qu'ait été leur choix au moment de voter, les Britanniques et le parlement veulent que le gouvernement "aille de l'avant" sur le sujet, tandis que le monde économique prévoit de faire au mieux avec le Brexit, devrait déclarer Mme May, selon Downing Street.

Parallèlement, le ministre chargé du Brexit, David Davis, a réitéré la proposition d'un accord de transition durant les négociations de sortie de l'UE.

"Si nécessaire, nous avons dit que nous envisagerons un délai pour la mise en place des nouvelles dispositions", a-t-il écrit dans le Sunday Times. "Nous ne voulons pas l'échec de l'UE, nous voulons qu'elle prospère politiquement et économiquement, et nous devons persuader nos alliés qu'un nouveau partenariat fort avec le Royaume-Uni aidera l'UE à cela".

Le négociateur en chef de l'UE sur le Brexit, le Français Michel Barnier, a prévenu samedi que les Européens devaient avoir conscience du risque qui pèsera sur la stabilité financière pendant les négociations du Brexit qui s'annoncent difficiles.l

Dumping fiscal?

Répétant quant à lui que "le message du référendum est que nous devons contrôler notre politique d'immigration", le ministre de l'Economie Philip Hammond a précisé que ce contrôle devra porter, pour les ressortissants de l'UE, "sur la liberté de voyager pour venir travailler, la liberté de s'installer et la liberté de créer une entreprise".

C'est que les 27 autres pays de l'Union européenne se sont montrés fermes depuis le résultat du référendum du 23 juin sur le futur accès au marché unique, s'opposant à ce que Londres puisse en bénéficier s'il ne respecte pas le principe de libre circulation des personnes, en particulier de la main d'oeuvre d'Europe de l'Est.Ils ont ainsi refusé de façon constante le choix par Londres d'un Brexit "à la carte".

Face à cette possible fin de non recevoir européenne, Philip Hammond a prévenu que si le Royaume-Uni "n'a aucun accès au marché européen", le pays pourrait "changer de modèle économique" pour "regagner de la compétitivité".

Il a ainsi laissé entendre la possibilité de se lancer dans un dumping fiscal en baissant les impôts des entreprises basées au Royaume-Uni afin qu'elles restent compétitives malgré les droits de douanes européens.

Le gouvernement a d'ailleurs déjà annoncé vouloir réduire d'ici 2020 l'impôt sur les sociétés de 20% actuellement à 17%, ce qui en fera le plus faible de tous les pays du G20. "La plupart d'entre nous qui avons voté pour rester (dans l'UE) aimeraient que le Royaume-Uni demeure une économie au style reconnaissable européen avec un système d'impôts de type européen, un système de régulation de type européen", a expliqué M. Hammond, qui avait fait campagne pour rester dans l'UE. "Mais vous pouvez avoir la certitude que nous ferons ce que nous avons à faire", a-t-il mis en garde.

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