analyse

Londres vers un accord minimaliste avec Washington

Le Premier ministre britannique Boris Johnson. ©ZUMAPRESS.com

Le gouvernement britannique a présenté ses objectifs de négociations pour le futur accord commercial avec les Etats-Unis. Sans cacher que ses retombées seront relativement basses.

Entre 0,07% et 0,16%. Selon le Department for International Trade britannique, cette fourchette correspond à l’augmentation potentielle du produit intérieur brut britannique en cas d’accords commerciaux avec les Etats-Unis, qui permettraient d’abaisser, ou de supprimer complètement, les tarifs douaniers dans certains secteurs.

A l’échelle de la sixième puissance économique du monde, quelques dixièmes de points de PIB représentent évidemment des volumes substantiels. En l’occurrence, dans le meilleur scénario, la richesse produite par le Royaume-Uni augmentera de 3,4 milliards de livres (3,9 milliards d’euros) sur une année.

Mais ce boost économique sera ridiculement bas au regard des enjeux post-Brexit. Ce 0,16% d’augmentation du PIB est en effet à comparer aux 7,6% de baisse du PIB, d’ici quinze ans, en cas de Brexit sans accord avec l’Union européenne, selon les projections réalisées par le gouvernement de Theresa May en novembre 2018.

Le NHS et les poulets protégés

Le Royaume-Uni a-t-il volontairement minoré ses ambitions pour l’accord avec les Etats-Unis, afin de mieux montrer sa bonne volonté dans le cadre des négociations commerciales avec l’Union européenne?

C’est plutôt le réalisme et la nécessité d’être crédible qui ont dicté son approche mesurée. Dans les détails, il se montre plutôt optimiste et volontaire, en retenant l’hypothèse d’une croissance de 7,7% des exportations vers les Etats-Unis et de 8,6% des importations.

Il annonce une dynamisation de l’emploi et des salaires dans les entreprises présentes dans les deux pays, notamment pour les 30.000 PME britanniques actives sur le marché américain.

Le développement des partenariats sur l’intelligence artificielle – une obsession du conseiller spécial de Downing Street, Dominic Cummings – sera également facilité.

Le poulet nettoyé au chlore, l’abus de pesticides et le bœuf dopé aux hormones font partie des lignes rouges.

Dans ce document de 184 pages, intitulé UK-US Free Trade Agreement, et qui montre le Golden Gate de San Francisco en couverture, Londres s’engage par ailleurs à ne pas mettre les services de santé britanniques (National Health Service, NHS) sur la table des négociations, et à maintenir les normes alimentaires actuelles, calées sur les exigences de l’Union européenne. Le poulet nettoyé au chlore, l’abus de pesticides, le bœuf dopé aux hormones, font partie des lignes rouges.

Au-delà des intérêts supérieurs des Britanniques, la volonté de protéger le NHS est un impératif politique pour Boris Johnson, sachant que le rejet de "la mise en vente" de ce service public a été le seul véritable argument efficace du Labour lors de la dernière campagne électorale.

La volonté d’assurer un statu quo sur certaines normes alimentaires et environnementales peut également être considérée comme un message d’ouverture vers les Européens, dans le cadre des négociations commerciales (voir ci-contre).

La publication de ce rapport, au moment même du lancement formel des négociations avec l’UE, révèle davantage les faiblesses des raisonnements des Brexiters, qui étaient notamment basés sur l’idée que le pays pourrait largement compenser économiquement la sortie de l’Union européenne avec une multitude d’accords bilatéraux.

La volonté d’assurer un statu quo sur certaines normes alimentaires et environnementales peut être considérée comme un message d’ouverture vers les Européens.

Les Etats-Unis sont déjà le premier partenaire commercial du Royaume-Uni, avec 20% des exportations, devant l’Allemagne, les Pays-Bas et la France. La modestie des retombées annoncées avec un "bon accord" n’impressionnera donc personne chez les 27.

Ce minuscule +0,16% pourrait même devenir un argument de négociation chez les négociateurs européens.

Les négociations commerciales post-Brexit formellement lancées

A maintenant dix mois de la fin de la période de transition post-Brexit, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont officiellement commencé, ce lundi, les discussions sur les accords commerciaux.

Le négociateur en chef du Royaume-Uni, David Frost, est arrivé à Bruxelles dans l’après-midi, accompagné d’une centaine de conseillers et de hauts fonctionnaires, répartis dans dix groupes de travail. Les négociations "en direct" auront lieu toutes les deux ou trois semaines jusqu’au sommet spécial du mois de juin, à l’issue duquel les deux parties décideront de la marche à suivre.

Le Royaume-Uni affirme être prêt à sortir de l’UE sans accord commercial.

Le Royaume-Uni a fait de ce mois de juin une première date butoir, et a insisté sur la nécessité de signer des accords commerciaux d’ici le 31 décembre 2020. Il affirme être prêt à sortir de l’UE sans accord commercial. Le sommet du mois de juin avait été initialement été fixé afin de décider du report éventuel de la date de la fin de la période de transition, afin d’avoir plus de temps pour négocier des accords.

L’Union européenne souhaite un accord englobant tous les aspects de la future relation, y compris la politique étrangère ou la coopération en matière de sécurité, et est prête à repousser la fin de la période de transition. La pêche, le secteur financier et les transports sont les questions les plus importantes, de même que le maintien d’un certain nombre de normes. L’une des principales pierres d’achoppement concerne la volonté européenne de continuer d’avoir recours à la Cour de justice européenne pour régler les litiges, ce qui est fermement rejeté par les Brexiters.

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