Marianne Thyssen à la manœuvre en cas de Brexit

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Si les Britanniques choisissent de rester dans l’Union lors du référendum du 23 juin, Marianne Thyssen sera chargée de mettre en œuvre l’accord entre l’UE et David Cameron.

Qu’arrivera-t-il si les Britanniques quittent l’Union européenne? À neuf jours du référendum sur le Brexit, les Européens, pour beaucoup les yeux rivés sur le ballon rond, ne se soucient guère de la réponse. Pourtant, un Brexit pourrait avoir de graves conséquences sur leur vie. "Ce serait une catastrophe", lance un diplomate.

En perdant le Royaume-Uni, l’Union européenne devrait se priver de la cinquième économie mondiale. Son budget serait amputé d’une contribution nette de plus de 11 milliards d’euros par an, soit 10% de ses ressources.

La Grande-Bretagne étant un des cinq membres du Conseil permanent de sécurité de l’ONU, l’Union lâcherait une grande partie de son influence sur l’échiquier mondial. "L’Europe devrait se priver de la plus forte diplomatie au monde, poursuit cette source. Elle serait affaiblie face à un Poutine de plus en plus agressif."

La Belgique paierait le prix fort. Selon une étude du Bureau du plan néerlandais, notre pays serait l’un des trois qui en pâtirait le plus, aux côtés des Pays-Bas et de l’Irlande.

Veillée d’armes dans les chancelleries

À trois semaines des vacances d’été, sous des dehors imperturbables, l’Europe politique est aux abois. Toutes les chancelleries et les institutions s’affairent, discrètement, à éviter ce scénario catastrophe.

Officiellement, la Commission Juncker ne prend parti pour aucun camp, celui du "remain" ou du "leave". La question elle-même irrite. "Le mot d’ordre est de ne plus parler de Brexit en réunion et où que ce soit dans les institutions. C’est tabou", note une source européenne.

De temps à autre, un dirigeant fait une sortie "spontanée", en réalité bien calculée. Fin mai, Martin Selmayr, le chef de cabinet du président de la Commission, s’est attaqué à Boris Johnson, l’ancien maire de Londres et initiateur du Brexit, en l’assimilant à Le Pen sur Twitter. Quelques jours avant, Johnson avait comparé l’Union européenne… à l’Europe nazie de Hitler.

Le "jour d’après"

Que se passera-t-il "le jour d’après"?

En coulisse, les scénarios sont prêts, bien rôdés. Des réunions entre l’Allemagne, la France et la Slovaquie, qui assurera la prochaine présidence de l’EU, ont lieu depuis fin mai sous le patronage de la Commission Juncker, pour affiner les rôles. Toutes les hypothèses sont passées au crible.

Peu d’informations filtrent. La peur de la presse europhobe est grande.Les documents sur les préparatifs sont rares. Des fonctionnaires et diplomates ont toutefois accepté de parler, sous couvert de l’anonymat.

"Il ne faut pas qu’un tabloïd tombe sur les écrits de Marianne Thyssen et accuse la Commission de préparer le maintien du Royaume-Uni."
un haut fonctionnaire européen

Premier scénario, le camp du "remain" l’emporte. Le Royaume-Uni restant dans l’UE, l’accord conclu en février dernier entre David Cameron et les 27 autres dirigeants européens doit s’appliquer.

Cet accord, en échange duquel Cameron a promis de faire campagne pour le maintien dans l’UE, comporte un volet social très important, axé sur la migration. C’est à ce moment que Marianne Thyssen (CD&V), la commissaire européenne aux Affaires sociales, prendra les commandes.

Thyssen "la star" se prépare en secret

"Si le Royaume-Uni reste dans l’Europe, Marianne Thyssen sera à la manœuvre. C’est elle qui sera la star, résume un haut fonctionnaire européen. Elle s’y prépare intelligemment, dans le plus grand secret." Aucun écrit, aucune trace. "Elle n’utilise pas de papier. Il ne faut pas qu’un tabloïd tombe sur ses écrits et accuse la Commission de préparer le maintien du Royaume-Uni."

Le cabinet de la commissaire belge confirme. "Nous travaillerons sur les points essentiels de cet accord, à savoir les allocations familiales et la suspension des aides sociales pour les nouveaux arrivants intra-européens", explique une porte-parole, qui refuse de dire si la commissaire y travaille déjà. Concrètement, les aides sociales de ces travailleurs, issus des anciens pays de l’Est, pourront être limitées pendant les quatre premières années de travail. Les allocations familiales devraient être indexées au niveau de vie du pays d’origine.

La commissaire Thyssen, quant à elle, n’apprécie que modérément d’être propulsée dans un rôle où elle devra détricoter des acquis sociaux.

Les Bourses menacées

Second scénario, le camp du "leave" l’emporte et c’est le Brexit. L’Europe entre en terre inconnue, le départ d’un pays de la grande famille européenne n’est jamais arrivé.

La phobie de la Commission? Voir les Bourses européennes s’écrouler. Des précautions ont été prises pour conjurer ce cataclysme. L’annonce du résultat du référendum du 23 juin aura lieu le vendredi 24 au matin, avant l’ouverture des Bourses européennes et après la fermeture de Wall Street. "Les marchés ne devraient pas bouger le vendredi. Par contre, on craint des mouvements le lundi", indique une source. Une déclaration, prévue pour le week-end, est en préparation pour apaiser les marchés. "Ce sera une déclaration de Jean-Claude Juncker, du président de la BCE Mario Draghi ou de celui du Conseil, Donald Tusk."

Messieurs les Anglais, tirez les premiers!

En cas de "leave", la balle sera dans le camp de David Cameron. Le Premier ministre britannique pourrait décider d’activer immédiatement la procédure de sortie prévue à l’article 50 du Traité de l’UE. Il pourrait, ensuite, démissionner et laisser les commandes au prochain gouvernement.

7 ans
La période de sortie du Royaume-Uni de l'Europe pourrait durer sept ans, selon Donald Tusk. Ces années de négociations risquent d’être infernales. D’autant plus que la Grande-Bretagne devra présider l’UE début 2017.

Les négociations de sortie s’ouvriraient pour une durée de deux ans. "Il faudra discuter de tout. Le budget, l’avenir des accords internationaux, le sort des fonctionnaires anglais, des députés européens, énumère une source européenne. Pour les fonctionnaires, il y a des chances qu’ils ne soient pas renvoyés. Mais ils n’auront plus de promotion interne." Après ces deux ans, le Royaume-Uni engagera le processus de sortie proprement dit.

Un deuxième front de négociations devra aussi s’ouvrir pour définir la nouvelle relation du pays avec le reste de l’UE, les désormais Vingt-Sept.

Une troisième négociation se mettra ensuite en place sur le statut de la Grande-Bretagne par rapport aux 52 pays de la planète qui ont un accord de libre-échange avec l’UE.

Au total, la période de sortie pourrait durer sept ans, selon Donald Tusk. Ces années de négociations risquent d’être infernales. D’autant plus que la Grande- Bretagne devra présider l’UE début 2017. "Il y a de forte chance qu’un autre Etat la remplace dans ce rôle", précise un diplomate.

Un autre scénario circule. David Cameron, essuyant un échec personnel, pourrait démissionner sans activer l’article 50 du Traité. Une période d’incertitude s’ouvrirait pour l’Union, car il n’est pas certain que si le Labour (gauche) arrive au pouvoir, il soit aussi enclin que les Tories à quitter l’Europe.

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