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May file à l'anglaise d'un sommet Brexit pour rien

©BELGA

On est à un fil de la rupture, restons calme et continuons de travailler. Après une présentation de quinze minutes de Theresa May, les Vingt-Sept ont convenu de maintenir le statu quo : les négociations restent sur les rails, mais le train fonce dangereusement vers un "no deal".

Le sosie europhile de Boris Johnson manifestait ce mercredi au rond-point Schuman avec un petit groupe de Britanniques europhiles et un immuable mot d’ordre arboré aux calicots: "Keep calm and carry on." Pour eux, la négociation du Brexit va dans le mur et les Anglais doivent pouvoir appuyer sur le bouton "stop" grâce au second référendum qu’ils réclament à cor et à cri. À des années lumières de ces considérations, leur Première ministre Theresa May était elle aussi venue faire une immersion au coeur du quartier européen où s'ouvrait le Conseil européen. Elle se sera livrée à une allocution à huis clos de quinze minutes pour donner à ses vingt-sept collègues des gages de sa bonne volonté et leur expliquer (au cas où ils l’ignoreraient) que plus de temps est nécessaire pour conclure.

L'assurance d'une assurance

Les négociateurs du Brexit tentent de sceller un accord mutuellement acceptable sur les modalités du divorce, et ils semblaient y être quasiment parvenus ce weekend. Ils avaient en effet fait sauter au niveau technique le principal point de blocage : le "backstop" irlandais. Qu’est-ce à dire? Il s’agit d'une assurance, bétonnée juridiquement, qu'après la période de transition, il n’y aura pas de frontière physique entre l’Irlande européenne et l’Irlande du Nord.

Dans l’esprit de la Commission, le "backstop" est donc le maintien de la plus petite des nations du Royaume-Uni au sein du marché unique européen. Londres avait accepté le principe en décembre dernier, mais est revenu sur sa position au moment de préciser la chose : un "backstop", oui, mais il doit être temporaire – pas question pour le gouvernement de Theresa May d’ouvrir la porte à la création d’une frontière permanente sur son propre territoire.

Le serpent commence à se mordre la queue... Et l’objection est d’autant moins bien vécue côté européen qu’on considère que ce n’est pas la mer à boire : certains des États membres de l’Union font déjà de facto cohabiter plusieurs zones douanières – la métropole espagnole et les Canaries, par exemple.

"Étendre la période de transition ne fait sens que s'il y a un appétit pour un backstop à deux niveaux."

Une piste avait pourtant émergé vendredi pour sortir de l'ornière : on créerait une sorte de mécanisme de réassurance – tenez-vous bien : un "backstop du backstop". Les Européens acceptent de travailler sur l'idée d'une union douanière avec les Britanniques, mais vu l'issue incertaine de ce projet ils insistent pour que leur première idée soit appliquée en dernier ressort. Le problème, c'est que le joli montage est politiquement imbuvable pour Londres: le ministre du Brexit Dominic Raab était venu le signifier dimanche à Michel Barnier.

Prolonger la période de transition? 

Voilà donc, à peu de choses près, où on en était toujours mercredi soir. À ceci près, pour être précis : mercredi, le négociateur en chef de l’Union a proposé de prolonger la période de transition durant laquelle le Royaume-Uni resterait arrimé à l’Union malgré le divorce. Les négociateurs européens avaient décidé qu’elle durerait deux ans, Michel Barnier est à présent prêt à se donner un an de plus.

De son côté, Theresa May s'est dit prête à discuter de cette extension de la période de transition. Elle a reconnu que l'idée d'étendre la période de transition de quelques mois était sur la table, tout en estimant qu'il n'y aurait pas besoin d'y recourir.  

Point de non-retour

Et maintenant ? La convocation d'un sommet extraordinaire en novembre avait été envisagée le mois dernier : après un accord cette semaine, on aurait besoin d'une ultime réunion pour atterrir, peaufiner les détails. Le scénario est en cours de réécriture. Les Vingt-Sept se donnent désormais du temps. Ils se "tiennent prêts" à convoquer une réunion extraordinaire "si et quand le négociateur de l'Union rapporte que des progrès décisifs ont été réalisés", indique une autre source diplomatique européenne. Statu quo.

©AFP

Une autre source diplomatique dit s'attendre à ce que le sommet exceptionnel soit bientôt confirmé. Pour conclure, qui sait. Ou pour faire monter d’un cran supplémentaire la pression. Dans les couloirs du Conseil, on situe désormais le point de non-retour à décembre : trois mois avant la date fatidique - inscrite dans une loi britannique - 29 mars, c'est le grand minimum pour ratifier l'accord. Sans issue positive avant la fin de l’année, les Européens devraient prendre acte de l'échec et enclencher la machine d’un Brexit sans accord – "désordonné", pour parler Barnier.

Si l'accord intervient, encore faudra-t-il que Theresa May parvienne à réunir une majorité du Parlement britannique pour le confirmer. Sera-t-elle en mesure d'ici décembre de réunir la Chambre des communes autour d'un "deal", quel qu'il soit ? Rien n'est moins sûr. "Elle a dit qu’en cas de rejet, ce serait au Parlement de prendre ses responsabilités, observe une source européenne. Est-ce que cela veut dire que Westminster peut prévoir un second référendum ? Who knows ?"

Reste le scénario noir d'un échec complet en décembre, pour lequel les Européens se préparent activement - c'était notamment l'objet d'une intervention du Président de la Commission Jean-Claude Juncker devant les Vingt-Sept, mercredi soir. Qui peut dire dans cette hypothèse si les Britanniques ne seront pas consultés sur l’alternative entre le terrible "cliff edge" (littéralement, la chute de la falaise) et un maintien dans l’Union, comme l’espèrent le faux Boris Johnson et ses amis ? On n’en est pas là : pour l’heure, les Européens ne partagent avec ces joyeux drilles que ce mot d’ordre: "Keep calm and carry on."

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