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May ouvre la porte du second référendum

Theresa May ©EPA

Theresa May a présenté ce mardi un nouveau compromis pour tenter de sortir de l'impasse sur le Brexit, offrant des concessions à l'opposition dont la possibilité d'un second référendum sur la sortie de l'Union européenne.

Pour la première fois en trois ans, la Première ministre propose aux députés de voter directement sur la possibilité d’une nouvelle consultation du peuple pour valider le Brexit. Ils se décideront dans deux semaines, en amont de leur quatrième vote sur l’accord de retrait.

Encore une fois, Theresa May prend de vitesse ses nombreux opposants, qui ne pensaient pas qu’elle aurait l’audace de proposer un second référendum après avoir martelé depuis le début du processus qu’elle y était fermement opposée.

Cette annonce, formulée à 48 heures du scrutin britannique des élections européennes, n’est pourtant guère surprenante au regard du blocage total du processus du Brexit. Si rien ne garantit que la manœuvre fonctionne, elle semble bien être la seule solution de sortie de crise à moyen terme. Et peut-être la dernière chance d’éviter une détérioration sensible du climat politique.

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L’information qui change tout

Concrètement, Theresa May a confirmé que les députés vont de nouveau devoir se prononcer sur l’accord du retrait, dans la semaine du 3 au 7 juin. Ils voteront cette fois directement sur la loi, bien qu’ils aient rejeté massivement cet accord à trois reprises depuis cet hiver.

"Je reconnais qu’il y a une demande authentique et sincère à la chambre des Communes."
Theresa May
Première ministre britannique

Ensuite, après avoir longuement détaillé des changements cosmétiques (notamment sur l’union douanière) dans ce qu’elle présente comme un "nouvel accord", Theresa May a délivré l’information qui change tout: "J’ai écouté attentivement ceux qui ont argumenté en faveur d’un second référendum. J’ai été très claire à de nombreuses reprises. Je ne crois pas que nous devons emprunter cette voie, car je pense que nous devons appliquer le résultat du premier référendum, et non pas demander au peuple de voter dans un second. Mais je reconnais qu’il y a une demande authentique et sincère à la chambre des Communes sur cette donnée importante. Le gouvernement va, par conséquent, inclure dans l’introduction de la loi de l’Accord de retrait une obligation de voter sur l’organisation d’un second référendum. Cela devra être fait avant que l’accord puisse être ratifié."

L’initiative du gouvernement

Le principe d’un second référendum pour valider l’accord a déjà été rejeté à deux reprises aux Communes lors des votes indicatifs. Mais l’initiative venait des travaillistes, pas encore du gouvernement.

Le principe d’un second référendum pour valider l’accord a déjà été rejeté à deux reprises aux Communes lors des votes indicatifs.

27 voix avaient manqué le 27 mars (295 contre 268), seulement 12 le 1er avril (292 contre 280). Après plusieurs semaines de négociations avec le Labour, qui ont officiellement échoué mais qui ont, tout de même, abouti à ce changement de position majeur de Theresa May, les chances de vote favorable de l’ensemble des députés sont plus importantes.

Ce principe du second référendum pourrait également leur donner une raison supplémentaire de voter pour cet accord. Celui-ci n’avait été rejeté "que" de 58 voix le 29 mars, un progrès sensible par rapport aux deux précédents votes solennels.

Les réactions épidermiques des deux parties suggèrent toutefois que les deux semaines à venir ne seront pas de trop pour assister à des évolutions substantielles.

La lettre de May à Corbyn

La Première ministre britannique Theresa May a adressé une lettre à Jeremy Corbyn, chef de file du Parti travailliste, pour l'inviter à soutenir la nouvelle mouture de son plan de sortie de l'Union européenne, qui n'exclut pas la tenue d'un second référendum. "J'ai démontré aujourd'hui que je suis prête à faire descompromis pour mener le Brexit à bien au nom du peuple britannique", a écrit-elle dans cette lettre datée du 21 mai. 

Le projet de loi de retrait de l'UE "est notre dernière chance d'y parvenir. Je vous demande également de faire des compromis pour que nous puissions tenir les engagements que nos deux partis ont pris dans leurs manifestes et pour rétablir la confiance en nos programmes." Jeremy Corbyn avait exclu la veille d'approuver la nouvelle offre de Theresa May, qu'il considère comme une "resucée" de celle que son parti a rejetée la semaine dernière.

Keir Starmer, porte-parole du Labour pour le Brexit, a quantà lui dissuadé Theresa May de soumettre son projet une quatrièmefois à la Chambre des communes. "Je pense sincèrement qu'il serait judicieux que la Première ministre renonce à mettre ce plan aux voix", a-t-il déclaré au micro de la BBC.
Selon Laura Kuenssberg, chef du service politique de la BBC, certains membres du Parti conservateur souhaitent la pousser à la démission avant ce quatrième vote.

"Une nouvelle initiative, lancée par Nigel Evans, a pour butde pour faire tomber la Première ministre pour qu'elle ne puissepas présenter le projet de loi (...) La situation s'estdétériorée dans la nuit pour May", écrit Laura Kuenssberg surTwitter.

 

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