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Après la démission de May, les Brexiters durs sont face à leurs responsabilités

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Theresa May a annoncé sa démission de la direction du parti conservateur. Elle quittera cette fonction le 7 juin. Boris Johnson est le grand favori pour lui succéder après les élections du parti conservateur, en juillet. Les Brexiters durs sont plus que jamais au cœur du pouvoir britannique.

Après des mois d’insistance et de résistance, Theresa May a donc fini par céder. Terrassée par la machinerie bipartisane, par ce survivalisme politicien qui relativise l’intérêt supérieur d’une nation, elle a élégamment assumé sa part de responsabilité: "Je n’ai pas été capable de convaincre les députés britanniques de voter l’accord de Brexit."

Elle a aussi glissé une phrase qui restera à la fois comme le symbole de ses trois ans à Downing Street, comme l’expression d’une certaine idée des relations avec l’Union européenne, et comme sa signature personnelle: "N’oubliez jamais que ‘compromis’ n’est pas un gros mot. La vie dépend du compromis".

Risque suicidaire

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Le pari de Theresa May était de rassembler les europhiles et eurosceptiques modérés du parti conservateur et de l’opposition travailliste pour voter un Brexit doux. Elle a cassé les codes, et pris le risque suicidaire de rompre avec l’aile droite de son parti – celle de Jacob Rees-Mogg et de Boris Johnson –, pour mieux négocier un compromis avec le Labour.

Après tout, entre deux tiers et trois quarts des députés du Parlement étaient en faveur du maintien de l’Union européenne, le matin du 23 juin 2016. Le renouvellement de 2017 ayant été limité, elle a cru que cette majorité invisible existait encore.

La véritable erreur de May

Beaucoup d’erreurs ont été reprochées à Theresa May, avec l’omniscience qu’offre la patine du temps et le statut d’observateur. Peut-être que la seule véritable erreur de la Première ministre a été de sous-estimer à quel point les vieux partis conservateur et travailliste subsistent avant tout par ce qui les divise.

L’Europe médusée

Le système bipartisan britannique a dangereusement dérivé vers un éclatement à la française ces derniers mois. L’exemple d’En Marche hante les Communes. Maintenir ce rapport de forces sur l’Europe est une question de convictions profondes, mais aussi de survie pour ces deux principaux partis, plus que les rapports au capitalisme, à l’environnement, aux questions sociétales ou religieuses.

La mielleuse volonté avec laquelle le leader travailliste Jeremy Corbyn a fait semblant de négocier avec le gouvernement pendant six semaines sur un compromis n’a trompé personne sur ses réelles intentions, qui étaient avant tout d’avoir à éviter de soutenir un second référendum, pourtant souhaité par un grand nombre de travaillistes.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker ne s’y est pas trompé: "Ce que je n’aime pas dans le débat britannique, c’est que le remplacement de la Première ministre semble plus important que la conclusion d’un accord collectif", a-t-il affirmé sur la chaîne américaine CNN, avant l’officialistion de la démission.

Une porte-parole de la Commission a ensuite indiqué que la position de l’UE sur l’accord restait "inchangée". Les réactions européennes, très prudentes et mesurées, traduisent incontestablement une inquiétude sur la suite du processus. Un communiqué de l’Elysée a indiqué qu’il était "trop tôt pour spéculer sur les conséquences de cette décision". Même prudence du côté d’Angela Merkel.

Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a manifesté ses craintes par rapport à cette "nouvelle phase", dont il a estimé qu’elle "pourrait être très dangereuse pour l’Irlande".

La ligne va se durcir

Une bonne dizaine de candidats pourraient se présenter à l’élection pour le leadership du parti conservateur, dont certains modérés. Mais il ne fait de doute pour personne que la ligne va se durcir.

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