portrait

Michel Barnier, un montagnard pour affronter Londres

Le Français Michel Barnier a reçu des 27 dirigeants européens le mandat pour négocier le Brexit au nom de l’Union.

Les Vingt-Sept ont confié hier au Français Michel Barnier la direction des négociations du Brexit. Les pourparlers devraient commencer "dans la semaine du 19 juin", espère-t-il, après les élections britanniques.

Difficile de trouver mieux dans le sérail européen pour mener à bien cette tâche. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker l’avait nommé à ce poste en juillet dernier, au lendemain des résultats du Brexit. Il a fallu attendre plus de dix mois pour qu’il reçoive son mandat. Le temps que Londres notifie sa décision de quitter l’UE et que chaque camp prenne ses marques.

Le profil
  • Né en janvier 1951, Michel Barnier est diplômé de l’École supérieure de Paris. Il est élu conseiller général de la Savoie en 1973. Cinq ans plus tard, il devient député RPR puis sénateur.
  • Ministre de l’Environnement (93-95), aux Affaires européennes (95-97), des Affaires étrangères (2004-2005), de l’Agriculture et la Pêche (2007-2009).
  • Il est nommé commissaire européen à la Politique régionale (1999-2004), puis au Marché intérieur et aux Services financiers (2010-2014).

Celui que Jean Quatremer, le correspondant de Libération, a baptisé "le petit chou de Bruxelles", est un marathonien de la politique. Sportif, élégant malgré ses 65 ans, Michel Barnier dégage une prestance qui tranche avec les silhouettes habituelles que l’on croise aux réunions européennes.

Savoyard "monté" à Paris, il a gravi les échelons comme on monte la face abrupte d’un pic. Député à 30 ans, quatre fois ministre et deux fois commissaire européen, il a connu des générations de politiciens, de Hollande à Sarkozy, en passant par Chirac, Villepin et Douste-Blazy, qu’il laisse derrière lui pour continuer son ascension.

Sobre, au risque de paraître un peu raide, il partage avec les Britanniques un flegme qui ne laisse en rien deviner son prochain coup. Il ne cultive en rien l’art de disserter à toute heure propre au politicien français sorti du moule de l’ENA. Sa poignée de main est franche. Il aime prendre le temps de saluer son entourage, sans donner l’impression de descendre de l’Olympe. Son verbe est clair et mesuré.

©EPA

"Je recommande calmement qu’on explique aux citoyens britanniques ce que veut dire le Brexit. Il faut dire la vérité aux citoyens, ce que ça veut dire être ou non dans l’Union européenne", a-t-il dit. Là est la clé du problème, celle d’un référendum gagné sur les mensonges d’une classe politique populiste relayée sans état d’âme par les tabloïds anglais. Comme ceux d’un Nigel Farage bouffi de suffisance, qui martelait durant la campagne du Brexit le montant fallacieux de "350 millions de livres sterling" de dotation hebdomadaire du Royaume-Uni à l’Europe et reconnaissait après le vote qu’il avait menti.

Vers un Brexit ordonné

Le mandat de Michel Barnier contient trois objectifs pour arriver à un Brexit "ordonné". Les négociateurs devront se fixer sur les droits des citoyens, les nouvelles frontières extérieures de l’UE et le règlement des questions financières, dont le montant que le Royaume-Uni devra verser à l’UE (environ 60 milliards d’euros). Avec une attention particulière portée à l’Écosse et l’Irlande du Nord, désireuses de rester dans le giron de l’UE.

Lorsque Bruxelles et Londres se seront mis d’accord sur ces points, les négociations d’un accord de libre-échange pourront commencer.

Le plus délicat sera d’éviter un Brexit sans accord. Les négociations pourraient buter sur le montant à payer par Londres pour honorer ses engagements conclus dans le cadre des politiques européennes.

Avant de commencer les négociations, Michel Barnier devra attendre le résultat des élections du 8 juin. Une échéance qu’il juge officiellement utile pour avoir face à lui un gouvernement britannique doté d’un mandat clair, renouvelé par les urnes. Officieusement, Barnier est moins optimiste sur les capacités de Londres à aboutir à un accord d’ici mars 2019, date prévue pour le retrait britannique.

Ennemi de la City

Michel Barnier est surnommé "l’homme le plus dangereux d’Europe" par The Telegraph. Commissaire européen à la réglementation bancaire et financière, il a mené de nombreuses réformes bancaires après la crise de 2008, mis en place la supervision des banques et limité les bonus des banquiers. De quoi provoquer l’ire de la City.

Européen convaincu

Gaulliste et patriote, Michel Barnier ne voit aucune contradiction entre la défense des intérêts de son pays et la construction de l’UE. Il est membre du PPE (centre-droit) comme le président de la Commission Jean-Claude Juncker, celui du Conseil européen Donald Tusk et du Parlement Antonio Tajani.

Sportif

Né en Savoie, Michel Barnier est un passionné de sport et de montagne. Il boit peu, vit sainement. Deux impératifs lorsqu’on veut mener à bien des négociations de deux ans.

 

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